ÉTHIOPIE / ÉLECTIONS 2010 / RÉSULTATS
EPRDF 535 sièges, Medrek 1 siège
Éthiopie, élections législatives : Real politik ou politique de lautruche ?
Selon les premiers résultats officiels (1) des élections législatives du 23 mai, portant sur 536 des 547 circonscriptions, lEPRDF, la coalition au pouvoir et ses alliés remporterait 535 sièges, un seul revenant au Medrek, la coalition dopposition regroupant huit partis.
Les nouvelles dAddis
COLETTE DELSOL
27 mai 2010
Le raz-de-marée annoncé de lEPRDF soulève de vives protestations de lopposition qui réclame un nouveau scrutin.
Le Premier ministre, Mélès Zénawi, estime que « sils [les partis dopposition, ndlr] peuvent prouver que 50 % ou 100 % des sièges ont été gagnés de façon illicite, alors ils ont leur chance devant un tribunal » ; ajoutant quils peuvent manifester ou contester les résultats, à condition de ne pas enfreindre la loi. En 2005, la répression des manifestations suivant les élections, avait fait 200 morts, selon une commission parlementaire.
Concernant la régularité de ce dernier scrutin, les observateurs américains et européens sont assez réservés, à tous les sens du terme
Les États-Unis, par la voix du secrétaire dÉtat adjoint aux Affaires africaines, Johnnie Carson, ont estimé que « les élections ne présentaient pas les normes internationales » requises.
« Le processus électoral na pas été à la hauteur dun certain nombre de normes internationales, en particulier en matière de transparence et en raison de labsence de conditions équitables pour toutes les parties », daprès un rapport intermédiaire de la mission de lUnion européenne.
Mais cela ne semble pas émouvoir outre mesure les autorités américaines et européennes. Les Etats-Unis, malgré les préoccupations exprimées, vont « continuer à tendre la main à ce gouvernement, tout en lui faisant clairement comprendre qu'il doit prendre des mesures pour améliorer les institutions démocratiques » (Philip Crowley, porte-parole du département d'Etat américain). Autrement dit, on passe pour cette fois, mais il faudra faire mieux la prochaine fois, dans cinq ans peut-être.
La haute représentante de lUnion européenne pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, sest, pour sa part, félicitée du « déroulement pacifique » du scrutin.
Mélès Zénawi na donc pas à sinquiéter. Il a le soutien de la communauté internationale, si ce nest celui (aussi flagrant que les chiffres le laisseraient penser) de son peuple. Les Etats-Unis voient en lui un allié dans le combat contre lislamisme radical. Mais le risque est une explosion de violence en Ethiopie. Les partis dopposition ont respecté la loi électorale et ont été, malgré cela, entravés dans leur campagne et pendant le scrutin lui-même. Le sentiment dinjustice, à lannonce des premiers résultats, nen est que plus grand. Leurs militants et les Ethiopiens qui ont voté pour eux nont que faire de la lutte contre lislamisme dans la sous-région. Et cet abandon de la part de la communauté internationale risque dexacerber ce sentiment dinjustice. A moins que la menace de répression, annoncée par le Premier ministre lui-même, ne conduise les leaders dopposition à éviter les manifestations, par peur de bains de sang.
Dans tous les cas, la démocratie, brandie comme un étendard par les pays occidentaux, naura pas encore droit de cité en Ethiopie. Pas plus quau Soudan voisin, où la réélection dOmar al-Béchir na pas provoqué de contestations très virulentes de la communauté internationale.
Une politique de lautruche qui peut savérer dangereuse dans cette région où les intérêts politiques, économiques, énergétiques et géostratégiques de tous ordres créent un climat potentiellement explosif. CD
(1) Résultats officiels provisoires. Les résultats définitifs seront publiés le 21 juin. |