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Coopération / France-Éthiopie

Dictionnaire français-amharique
Ce qu’en disent les rédacteurs

« Il nous arrive d’avoir des discussions amicales et byzantines pour savoir si “il en avait plein les mirettes” peut être gardé comme un exemple de registre familier pour “être ébloui” »

          


Dictionnaire français-amharique
BERHANOU (Abebe) et FICQUET (Éloi) [sous la direction de]
20.000 entrées, format 15 x 21 cm, 524 p.
éd. Shama Books, Addis-Abeba (Éthiopie)
© SCAC, ambassade de France en Éthiopie
Diffusion Moulin du pont

 


PROPOS RECUEILLIS PAR
NOËL TAMINI
 


Berhanou Abebe et Éloi Ficquet
co-directeurs du Dictionnaire
[extrait de l’avant-propos]

À l’initiative de…

« L’initiative de ce projet revient à William Domingo, directeur de l’unité linguistique du Service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France. Thomas Tschiggfrey, son successeur, en a été le coordinateur patient et avisé. Alain Zorzutti, attaché de coopération pour le français, a accompli les démarches qui ont porté cette coopération au grand jour, et il s’attache à ouvrir des perspectives toutes nouvelles à la poursuite de notre tâche.

« Le lancement du projet a bénéficié des conseils préliminaires de Daniel Reig, grand lexicographe de la langue arabe. La poursuite des travaux a profité des encouragements constants de Éric Lavertu et de Jean-Baptiste Chauvin, conseillers de Coopération et d’Action culturelle. Le Centre français des études éthiopiennes, sous la direction de Bernard Hirsch puis de Gérard Prunier, a mis ses locaux et du matériel informatique à la disposition du projet. Yerdaw Anteneh a contribué très activement à la rédaction, mais n’a malheureusement pas pu prendre part à la phase de finalisation.

« L’orthographe amharique a été révisée par un lettré éthiopien, ato (monsieur) Mälakou Dägäfou. La patience infinie de Tiguist Asfaw a permis de venir à bout de l’immense travail de saisie et des corrections successives. » – BA & EF

       


François Morand
professeur de lettres modernes

Un préalable : l’apprentissage de l’alphabet

« Aucun dictionnaire français-amharique n’était disponible actuellement. L’ouvrage de Bæteman, publié en 1929, et que l’on peut difficilement se procurer aujourd’hui, est un dictionnaire amharique-français. Il est certes enrichi d’un lexique français-amharique substantiel (env. 400 p.) ; mais les exemples y sont peu nombreux, et l’on y cherche en vain les nombreux néologismes dont s’est enrichie la langue amharique au XXème siècle.

« Ce nouveau dictionnaire français-amharique sera donc très utile aux nombreux étudiants éthiopiens apprenant le français à l’Alliance, dans les écoles secondaires, à l’université ou au lycée Guébré Mariam, ainsi qu’à tous les amharophones qui souhaitent approfondir leur connaissance du français.

« Mais il sera tout aussi indispensable aux francophones qui, en Éthiopie ou en France, se sont lancés dans l’apprentissage et l’étude de l’amharique. Et si ces amharisants, débutants ou confirmés, sont encore relativement peu nombreux, nous pouvons espérer que la publication de ce dictionnaire donnera à d’autres le désir d’apprendre cette langue, et d’abord son alphabet. Car le choix a été fait de ne pas transcrire phonétiquement les mots amhariques. Cela rend évidemment la consultation de ce dictionnaire difficile à ceux qui ne lisent pas ces caractères. Mais l’apprentissage de l’alphabet, qui peut rebuter au premier abord, est en réalité assez facile, et ne nécessite que quelques semaines de travail. Et c’est, de toute manière, un préalable indispensable à l’apprentissage de la langue.

« Les nombreux exemples sont empruntés à la langue quotidienne. Ce sont des phrases courtes qui permettent à l’apprenant de mémoriser du vocabulaire, mais aussi des constructions syntaxiques. Ainsi, au sujet de la préposition “en” : “On peut y aller en cinq minutes”. On note çà et là des exemples littéraires, tel le cas de la préposition “pour” : “Il faut manger pour vivre, et non vivre pour manger”, aphorisme du bon sens populaire, tiré de Molière. Etc. » – FM

        


Gérard Leroy
professeur de français

Le résultat d’un travail polyphonique

« Notre dictionnaire n’a pas à proprement parler une vocation “littéraire”, puisque, lors du choix d’un exemple, nous ne puisons pas dans les citations tirées d’œuvres d’écrivains éthiopiens ou français. En revanche, sa dimension culturelle et interculturelle est évidente. Une langue n’est pas seulement un “stock” de mots et une syntaxe pour les mettre en relation, mais bien plus le véhicule d’une histoire, d’une culture, et même d’un rapport au monde particulier. C’est donc une aventure passionnante de tenter d’établir des équivalences ou des ponts entre ces deux univers si différents et si riches que sont la France et l’Éthiopie. Un seul exemple : en français, le champ métaphorique des sentiments tourne autour du “cœur”; en amharique, ce serait le “ventre” qui donne naissance à une série d’expressions idiomatiques, d’images complexes.

« Par ailleurs, dans les deux langues nous sommes confrontés au problème des registres et niveaux de langue. Il nous arrive d’avoir des discussions amicales et byzantines pour savoir si “il en avait plein les mirettes” peut être gardé comme un exemple de registre familier pour “être ébloui”, mais ne témoigne pas aussi d’un argot des années 1960, aujourd’hui un peu “ringard”. Chaque membre de l’équipe apporte aussi son histoire personnelle, sa culture, ses rencontres linguistiques et ses goûts. On peut donc parler de travail polyphonique.

« Il faut souligner que cette aventure linguistique n’a été rendue possible que grâce à et autour de la personnalité charismatique du professeur Berhanou. Ce grand lettré et érudit est aussi le seul d’entre nous parfaitement bilingue, dont la connaissance de la langue et de la culture françaises en remontrerait à plus d’un Français. Nos séances du dictionnaire relèvent souvent de la maïeutique platonicienne lorsque le professeur, après nous avoir glosé un terme amharique, nous presse, nous sollicite (et lui avec nous) jusqu’à ce qu’apparaisse, dans un “accouchement” difficile et ludique, le mot ou l’expression française équivalent. » – GL

         


Annick Armand-Francke
enseignante de grec et de latin

Maintenant je serais encline à apprendre l’amharique

« Comment travailler à ce dictionnaire sans connaître l’une des deux langues ? On peut se le demander, en ce qui me concerne. Premièrement, c’est avec le professeur Berhanou, parfait bilingue. D’autre part, on peut très bien travailler à un dictionnaire à condition d’avoir l’expérience de la pratique des langues. Or, j’ai fait des lettres classiques, et j’ai enseigné durant vingt-trois ans le latin et, jusqu’il y a dix ans, le grec aussi. La pratique des dictionnaires, et de la traduction dans les deux langues, cela donne une connaissance du fonctionnement des langues, de la fabrication des mots (racines, préfixes, suffixes, etc.), et donc du mécanisme de leur formation. Ainsi quand le professeur propose un sens, dans un certain contexte (par exemple, religieux), nous sommes à même d’en proposer d’autres, qui élargissent le champ, en fonction de notre propre vécu, de nos lectures, etc. Autrement dit, en tant que praticienne, j’ai l’habitude de faire le tour des mots, de les situer à tous les contextes.

« J’admets, bien sûr, que la langue est une entrée privilégiée dans une culture. Et maintenant, je serais encline à apprendre l’amharique. Mais voilà que je dois m’en aller… » – AAF

         


Éloi Ficquet
co-directeur du Dictionnaire

Une montagne à gravir

« Le travail d’élaboration de ce dictionnaire a été une expérience exaltante et haletante, que je pourrais comparer à celle de gravir une montagne. Montagne de mots formée à l’image des phénomènes tectoniques par la rencontre entre deux mondes, entre deux langues.

« Il nous aura fallu travailler en équipe, en cordée, pour parcourir les sentiers de significations, longer avec prudence les ravins des contresens, escalader les falaises de traduction, ne pas nous égarer dans des forêts de polysémie et finir par tailler un chemin lisible à travers les broussailles de typographie. Ce parcours n’aurait pu être entrepris et achevé sans suivre les traces, à moitié effacées par le temps, des grands lexicographes qui nous ont précédés. Tout au long de cette aventure, de A à Z, de Ha à Po, nous avons eu le souci de donner un outil fiable, fidèle et actuel à ceux qui voudront approfondir par leurs démarches, personnelles ou collectives, le dialogue entre l’amharique et le français. » – EF

Dictionnaire français-amharique sur www.lesnouvelles.org
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