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Djibouti : Aden Robleh Awaleh, président du PND (opposition) arrêté et incarcéré à Gabode
Il avait refusé de se rendre à une convocation du juge, pour interrogatoire dans le cadre de l'enquête sur l' « affaire du Café de Paris » (1990)


DÉPÊCHE MOULIN DU PONT

PARIS, 8/04/2001 (9h00). -- Aden Robleh Awaleh, président du Parti national démocratique djiboutien (PND, opposition) a été arrêté à son domicile mercredi 4 avril à 12h10 et il a immédiatement été transféré à la terrible prison de Gabode, sans même être entendu par un officier de policier judiciaire ou par un juge.

Mardi, M. Robleh avait reçu une convocation du président de la chambre criminelle près la cour d'Appel de Djibouti, Mohamed Warsama, lui demandant de se présenter devant lui pour interrogatoire, « dans le cadre de l'affaire Café de Paris », mercredi 4 avril à 10 heures.
M. Robleh avait refusé de se rendre à cette convocation, déclarant : « Je n'ai pas l'intention de m'y rendre. C'est ce que j'avais toujours fait lorsque le régime me convoquait pour une raison ou pour une autre. Il envoyait toujours une section de sbires armés jusqu'aux dents [...]
« La raison pour laquelle je ne réponds pas aux convocations du régime est fondée sur le principe suivant : il n'y a pas d'Etat de droit à Djibouti et toute arrestation qui me vise n'est qu'un enlèvement ou un kidnapping. »

UNE PERSONNALITÉ DE L'OPPOSITION. -- Membre du Haut Conseil de l'Opposition djiboutienne unifiée (ODU), le président du PND avait soutenu l'accord-cadre signé en février 2000 entre le pouvoir et son opposition armée, le Frud de M. Dini. S'il s'était toujours montré réservé depuis, quant à l'issue des négociations Frud-gouvernement en cours, M. Robleh avait souligné l'obligation d'un processus démocratique.

À l’occasion de la fête de l’Aïd al-Adha (fête du sacrifice), le 5 mars dernier, Aden Robleh avait déclaré : « L’opposition ne demande pas la lune, elle ne réclame pas autre chose que l’engagement du pays sur la voie de la démocratie. Il faut savoir que le régime en place chez nous est le seul au monde à croire dur comme fer que le parti unique est le meilleur système politique […]
« La vérité est que notre pays ne sortira de la situation catastrophique dans laquelle il se trouve que si celui-ci emprunte la voie démocratique. Les maux comme l’ethnocentrisme, le tribalisme, la misère matérielle et morale, la corruption, les tortures physiques et morales, la falsification de notre Histoire, l’infantilisation de notre peuple ne disparaitront qu’avec l’avénement de la démocratie. Notre pays ne connaitra ni paix ni développement sans la voie démocratique. Il n’y a point de salut pour la personne humaine en dehors de la démocratie. »

L'AFFAIRE DU « CAFÉ DE PARIS ». -- Le 27 septembre 1990, un attentat à la grenade contre le "Café de Paris", situé en plein centre de Djibouti-ville et fréquenté par la communauté française, avait causé la mort d'un jeune Français et fait 17 blessés.
Suite à cet attentat, 300 personnes auraient été torturées.
Plusieurs personnes accusées dans ce cadre sont en prison depuis des années : Mohamed Hassan Farah, Abdi Bouh Aden, Mohamed Ali Arreyteh ; un autre inculpé, Awaleh Guelleh, s'est curieusement évadé en 1997.

Selon l'Agence djiboutienne d'information (ADI, gouvernementale), « le procès de l’attentat du Café de Paris s’inscrit dans le cadre d’une session de la cour criminelle qui se tiendra du 7 au 12 avril ». Toujours selon l'ADI, reprenant une déclaration du procureur général, M. Ali Mohamed Abdo, faite à la Radiodiffusion télévision de Djibouti (RTD) : M. Aden Robleh Awaleh « devrait passer le plus normalement du monde devant les jurés et les membres de la cour criminelle », lundi 9 avril.
Faisant observer que l’affaire du Café de Paris « a connu des complications de procédure qui ont fait que cette affaire a beaucoup duré », M. Ali Mohamed Abdo a ajouté qu’ « il existe comme un sport national à Djibouti que d’accuser les autorités politiques à chaque fois que la justice suit son cours normal. »

L'HYPOTHÈSE POLITIQUE. -- Il semble cependant difficile de ne pas voir une marque politique "contextuelle" dans l'arrestation de M. Robleh. Cet homme vit à Djibouti et n'a pas quitté son pays depuis longtemps ; il pouvait être interrogé depuis plusieurs années, si la justice djiboutienne l'avait souhaité.

Le président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh s'est embourbé dans les négociations avec son opposition. Les négociations faisant suite à "l'accord de Paris" semblent en effet achopper depuis plus d'un an sur l'exigence démocratique du président du Frud, M. Ahmed Dini Ahmed.
Dans ces conditions, l'arrestation d'un membre important de l'opposition pourrait engendrer des réactions violentes plus ou moins incontrôlées.


MDP/AL/010408/9:00


Pour en savoir plus :
Dépêche de l'Agence djiboutienne d'information, 5 avril 2001
Site du Parti national démocratique de Djibouti (PND)
Site de l'ARDHD, Association pour le respect des droits de l'homme à Djibouti
Lettres et communiqués de M. Aden Robleh Awaleh


Aden Robleh Awaleh condamné à 6 ans de prison avec sursis.
Des questions demeurent après le procès express de l'attentat du Café de Paris

« La Cour Criminelle de Djibouti a condamné lundi [9 avril, ndlr] M. Aden Robleh Awaleh à une peine de 6 ans d’emprisonnement avec sursis pour complicité, assassinat et tentative d’assassinat dans l’attentat du Café de Paris qui avait fait un mort et plus d’une dizaine de blessés le 27 septembre 1990, annonce l’Agence Djiboutienne d’Information.

« Deux autres co-accusés, Abdi Bouh Aden et Mohamed Hassan Farah ont été condamnés à 8 ans d’emprisonnement pour des motifs similaires. Un troisième co-accusé, Mohamed Ali Arreyteh a, pour sa part, été condamné à une peine de privation de liberté de 6 ans.

« Ces 3 co-accusés, qui avaient déjà purgé une détention préventive de près de 8 ans à la Maison d’Arrêt de Gabode, devaient être remis en liberté à l’issue du procès qui s’était déroulé pendant 6 heures dans la salle principale du Tribunal de Djibouti. » [Agence djiboutienne de presse, dépêche ADI/DJIB/903, 9 avril 2001]

L'ORDONNANCE DE PRISE DE CORPS. -- Nous avons vérifié auprès d'un juriste spécialiste du droit djiboutien le sens d'une déclaration à la radio-télévision de M. Ali Mohamed Abdo, procureur général de Djibouti, rapportée par l'agence djiboutienne de presse [dépêche ADI/DJIB/914/, 4 avril 2001].

« C'est en vertu des dispositions légales en vigueur à Djibouti que nous avons fait incarcérer Aden Robleh Awaleh, qui devra passer le plus normalement du monde devant les jurés et les membres de la cour criminelle », avait déclaré M. Abdo.
Le juriste interrogé par les Nouvelles d'Addis est formel : selon le code djiboutien, un prévenu doit être emprisonné avant de comparaître : c'est l'ordonnance de "prise de corps".

Dont acte concernant les dispositions légales.
Concernant le jugement (étonnamment "clément" si les accusés étaient coupables), des questions demeurent :

1) Pourquoi avoir bouclé aujourd'hui, aussi rapidement, un procès concernant une affaire à l'instruction depuis plus de dix ans ?
« L'annonce de ce procès, il y a moins d'une semaine, et sa rapidité semblent avoir surpris aussi bien à la fois les avocats de la partie civile et de l'État français que celui commis d'office pour défendre les accusés, qui n'ont eu que huit jours pour se préparer. » [AFP, dépêche kh-jhl/rmb, 10 avril 2001]

2) N'aurait-on pas condamné sans preuves ?
« L'avocat de la défense, Me Mohamed Omar, a souligné qu'il n'existe aucune preuve matérielle tangible et invoqué la présomption d'innocence.
« Il a insisté sur le fait que les armes utilisées, notamment un pistolet ayant servi à tirer sur un militaire français, n'ont pas été récupérées. Aucune empreinte digitale n'a été relevée sur le véhicule volé par les quatre membres du commando qui ont commis l'agression, a-t-il ajouté.
« Selon lui, tout l'acte d'accusation ne repose que sur des "ouï-dire", des "rapports d'agents du renseignement" ou des "dépositions de personnes qui se sont souvent rétractées ou contredites". » [AFP, dépêche kh-jhl/rmb, 10 avril 2001]

3) Les auteurs de l'attentat et son commanditaire étaient-ils bien dans le box des accusés ?


MDP/AL/010408/15:00


Pour en savoir plus :
De l'attentat du Café de Paris au procès, un article bien documenté, publié par l'hebdomadaire du Parti du renouveau démocratique (PRD). Voir "Ensemble", jeudi 12 avril 2001, sur le site du PRD


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