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Djibouti : Signature samedi 12 mai d’un « accord final » entre M. Dini et le Président Guelleh
• Le multipartisme intégral ne serait pas effectif avant septembre 2002
• La réduction des pouvoirs du chef de l’État et la redéfinition des fonctions ministérielles ne sont pas à l'ordre du jour
• La décentralisation administrative verrait le pays divisé en cinq régions dotées d’un exécutif et d’une administration autonomes.


DÉPÊCHE MOULIN DU PONT

PARIS, 10/05/2001 (20h00). -- Ahmed Dini Ahmed, président du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie (Frud) a confirmé aux Nouvelles d’Addis la signature, samedi 12 mai au Palais du peuple, de « l’accord final » entre son mouvement et la présidence djiboutienne.

Les négociations duraient depuis plus d’un an. Elles faisaient suite : d’une part, à un « accord-cadre de concorde et de réforme civile », signé à Paris en février 2000, entre le Frud-armé et le représentant du président de la République ; et, d’autre part, au retour triomphal à Djibouti en juillet 2000 de M. Dini à la tête d’une délégation du Frud.

Les premiers éléments de l’« accord final » qui sera signé samedi laissent apparaître trois grandes lignes :

1) Le multipartisme intégral ne serait pas effectif avant septembre 2002. Le nombre des partis politiques autorisés restant au nombre de quatre et les activités du mouvement de M. Dini n’étant que tolérées.

2) La réduction des pouvoirs du chef de l’État et la redéfinition des fonctions ministérielles, revendication forte du mouvement de M. Dini au titre de la démocratisation des institutions et de la vie publique djiboutiennes, n’auront pas lieu. Le régime resterait présidentiel.

3) La décentralisation administrative, cheval de bataille de M. Dini, mais ne faisant pas consensus au sein du mouvement, verrait le pays divisé en cinq régions dotées d’un exécutif et d’une administration autonomes.

Sous réserve d’approfondissement texte en main, l’« accord final » tel qu’il est présenté semble limité. Au chapitre « démocratisation », il pourrait même constituer un recul par rapport à l’accord-cadre signé à Paris.
Certains le déclarent relever de l’urgence.
Le Président djiboutien doit se rendre à Bruxelles le 14 mai et un accord avec son opposition radicale pourrait bien faire avancer le dossier de Djibouti auprès des autorités financières de l’Union européenne.

Des dirigeants du Frud-armé présents à Djibouti ont exhorté Ahmed Dini Ahmed à ne pas signer cet accord le 12 mai. « Quelles garanties avons-nous ? », ont-ils demandé à leur président.
« La réduction des pouvoirs du président de la République est une revendication fondamentale du Frud ; le Frud ne l’a pas abandonnée. Il n’y a pas d’autre alternative que la démocratisation. Sans démocratisation, le processus entamé avec l’accord-cadre et poursuivi par les négociations conduites par M. Dini est voué à l’échec », nous a déclaré jeudi matin Mohamed Kadamy, délégué du Frud en Europe.

Le rejet à plus tard du multipartisme pourrait constituer un piège. Il faut savoir que parmi les quatre partis « autorisés » actuellement, on compte : le parti du Président, un parti rallié et deux partis « clones » à la direction desquels ont été nommés des fidèles du pouvoir.
Le paysage politique de Djibouti pourrait donc se définir comme suit.


Partis autorisés :

RPP, Rassemblement populaire pour le progrès -- au pouvoir.
FRUD [rallié], Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie -- rallié au pouvoir en 1994.
PRD [officieux], Parti du renouveau démocratique -- un fidèle du Président a été nommé à sa tête.
PND [officieux], Parti national démocratique -- un fidèle du Président a été nommé à sa tête.


Partis tolérés :

PRD [légitime], Parti du renouveau démocratique -- opposition.
PND [légitime], Parti national démocratique -- opposition.

et, après signature par M. Dini de l’accord final :
FRUD [combattant], Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie – opposition participante mais sous observation.

La question déterminante de cet accord est de savoir à qui il profitera le plus, aujourd’hui et demain. L’urgence économique et politique du président de la République donne déjà une idée du bénéfice à court terme.

« De toute façon, ça ne servira à rien. Donner de l’air à Ismaël Omar Guelleh n’est pas la solution : il faut la démocratie ! » estime M. Kadamy.
Les autres composantes de l’opposition djiboutienne, elles, ont déjà fait savoir qu’elles ne cautionneront pas un accord dont le volet démocratique serait « insuffisant ».
Une réunion de l’Opposition djiboutienne unifiée (ODU) s’est tenue jeudi après-midi.

Selon M. Dini, joint par les Nouvelles d’Addis jeudi 10 mai à 19h00 (heure locale) : « Cet accord est un bon accord, équitable pour les deux parties. » À la question du désaccord de certains membres de son mouvement, qui lui demandaient de ne pas signer, M. Dini rétorque qu’il s’agit de « réticences irrationnelles », de la part de personnes ne voulant pas « quitter le confort de l’opposition ».
Selon M. Dini, les garanties offertes au Frud concernant sa libre activité politique en attendant l’autorisation du mouvement en septembre 2002 « sont réelles, puisqu’un passage explicite de l’accord y est consacré ».
Concernant le contenu des fonctions ministérielles, « ce point n’a pas été abordé, pas plus que la question des portefeuilles », la question d’un nouveau gouvernement n’était pas à l’ordre du jour.

M. Dini, par ailleurs, n’a pas programmé de voyage avant juin. Il n’ira donc pas à Bruxelles avec le président Ismaël Omar Guelleh la semaine prochaine.


MDP/AL/010510/20:00


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