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Djibouti : Mohamed Kadamy romp avec Ahmed Dini Ahmed et avec l'accord de paix
Dans un communiqué de presse daté du 29 mai 2001, Mohamed Kadamy, le représentant en Europe du Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie (Frud), dénonce l' « erreur lourde de conséquence » que constituerait selon lui le désarmement du Frud.


DÉPÊCHE MOULIN DU PONT

PARIS, 30/05/2001 (16h00). -- Le contexte. -- Le gouvernement djiboutien et le Frud-armé ont signé le 12 mai 2001 un « accord de réforme et de concorde civile » portant sur la cessation des hostilités et sur un renforcement de la réconciliation nationale. Cet accord constitue l’aboutissement des négociations entamées entre la présidence djiboutienne et son opposition armée, suite à la signature d’un accord-cadre à Paris en février 2000.

Côté gouvernemental, on s'est réjouit de cette signature. Les deux parties ont semblées unanimes. L'Union européenne et la France réprésentées à la cérémonie se sont félicitées de l'événement.
À cette occasion, M. Ahmed Dini Ahmed, président du Frud, a été élevé au grade de Haut dignitaire de la grande Étoile de Djibouti.
Ismaël Omar Guelleh, président de la République de Djibouti, a déclaré que cet accord « n’aurait pas pu être signé sans l’engagement personnel et la foi du président du Frud-armé ».
Ahmed Dini, pour sa part, a estimé que l’accord « représente une synthèse équilibrée ».
L’Union européenne et la France ont également été chaleureusement remerciées par le chef de l’État djiboutien pour leur aide financière et leur soutien.
L'Opposition djiboutienne unifiée (ODU) était représentée à la cérémonie.

La clé de voûte de l'accord est le désarmement du Frud-armé.
La première aide financière de l'Union européenne doit servir à « démobiliser » ses combattants et d'autres aides accordées sont conditionnées à ce désarment.
Or, des personnalités du Frud, composante importante de l’opposition, ont estimé que les garanties de l'accord sont insuffisantes et qu’il n’est pas encore temps de déposer les armes. Elles ont aussi contesté le manque de transparence : la précipitation d'une signature n'ayant pas permis une concertation suffisante de l’opposition. Selon ces contestataires l’accord final n’a pas pris en compte les propositions des commissions mises en place après l’accord-cadre.
Il est vrai que l’opportunité de la signature de cet « accord de paix définitif », deux jours avant un voyage du chef de l’État djiboutien à Bruxelles, pouvait sembler suspecte à certains.

Dans ce contexte, il n’était pas exclu que le Frud se désolidarise de son représentant, M. Dini, et qu’une nouvelle résistance au pouvoir djiboutien tente de s’organiser.
M. Kadamy vient de franchir le pas. Les conséquences risquent d'être lourdes, l'homme n'est pas un va-t-en guerre et sa prise de position signe vraisemblablement un acte concerté.

Notre analyse. -- Mohamed Kadamy est revenu lundi 28 mai d'une tournée de dix jours à Djibouti, au cours de laquelle il a rencontré M. Dini et, surtout, les combattants du Frud-armé.
Cette tournée, effectuée à la demande des combattants eux-mêmes visait à vérifier l'acceptabilité de l'accord de paix "sur le terrain" et, peut être, constituait une dernière tentative de persuader Ahmed Dini d'écouter les combattants.

Contacté par un journaliste mardi, M. Kadamy a déclaré : « Cet accord va sauver le régime pendant six mois, voilà ce qui se dit. » Lors de cette conversation, le point de vue du délégué du Frud en Europe se résume en quatre phrases : « La seule chose qui intéresse le pouvoir c'est le désarmement des combattants » ; « L'armée djiboutienne est au bord du gouffre » ; « Les régions du nord sont exangues, c'est presque la famine » ; « Les combattants ne veulent pas rendre les armes ».

Proche de M. Dini, M. Kadamy brise un tabou en se prononçant contre le grand œuvre du président du Frud.
Indépendamment du déchirement personnel, et même si elle résulte de l'opinion majoritaire chez les combattants, la prise de position de M. Kadamy comporte des risques indéniables :
-- Nombre de Djiboutiens étaient prêts à accepter n'importe quel accord pourvu que cesse la guerre ;
-- L'Union européenne et la France, qui semblaient jusqu'ici prêter attention aux revendications des populations afar et des combattants du Frud, ne pourront vraisemblablement pas comprendre la rupture de l'Accord ;
-- L'opposition djiboutienne avait accepté l'Accord.

Le communiqué. -- Ci-dessous, publication de l'intégralité du communiqué du représentant du Frud en Europe.


MDP/AL/010530/16:00


Communiqué de presse du 29 mai 2001

L'accord de paix signé entre le président du Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie (Frud) Monsieur Ahmed Dini et le gouvernement de Djibouti le 12 mai 2001 est voué à l'échec parce qu'il ne répond pas aux aspirations de la population, à la paix et à la démocratie.

C'est un accord qui traite uniquement des conséquences de la guerre sans toucher aux causes profondes.

C'est un accord sans réformes démocratiques refusées catégoriquement par le président de la République qui veut pérenniser cette dictature à l'effet dévastateur et à une économie maffieuse.

C'est un accord déséquilibré au détriment du Frud puisque la seule mesure concrète consiste à désarmer les combattants du Frud dans un délai de 15 jours.

Monsieur Ahmed Dini a outrepassé son mandat en signant un accord partiel qui fait fi des propositions fondamentales du Frud élaborées au sein des Commissions et fruit du consensus au sein de toutes les instances de l'Organisation. Il a refusé de réunir le Conseil national du Frud pour discuter de cette question.

Le désarmement du Frud est une erreur lourde de conséquences. Seul un Frud fort peut garantir une véritable transition vers la démocratie.

Mohamed Kadamy Youssouf, représentant du Frud en Europe

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