PARIS, 30/05/2001 (16h00). -- Le contexte. -- Le gouvernement djiboutien et le Frud-armé ont signé le 12 mai 2001 un « accord de réforme et de concorde civile » portant sur la cessation des hostilités et sur un renforcement de la réconciliation nationale. Cet accord constitue laboutissement des négociations entamées entre la présidence djiboutienne et son opposition armée, suite à la signature dun accord-cadre à Paris en février 2000.
Côté gouvernemental, on s'est réjouit de cette signature. Les deux parties ont semblées unanimes. L'Union européenne et la France réprésentées à la cérémonie se sont félicitées de l'événement.
À cette occasion, M. Ahmed Dini Ahmed, président du Frud, a été élevé au grade de Haut dignitaire de la grande Étoile de Djibouti.
Ismaël Omar Guelleh, président de la République de Djibouti, a déclaré que cet accord « naurait pas pu être signé sans lengagement personnel et la foi du président du Frud-armé ».
Ahmed Dini, pour sa part, a estimé que laccord « représente une synthèse équilibrée ».
LUnion européenne et la France ont également été chaleureusement remerciées par le chef de lÉtat djiboutien pour leur aide financière et leur soutien.
L'Opposition djiboutienne unifiée (ODU) était représentée à la cérémonie.
La clé de voûte de l'accord est le désarmement du Frud-armé.
La première aide financière de l'Union européenne doit servir à « démobiliser » ses combattants et d'autres aides accordées sont conditionnées à ce désarment.
Or, des personnalités du Frud, composante importante de lopposition, ont estimé que les garanties de l'accord sont insuffisantes et quil nest pas encore temps de déposer les armes. Elles ont aussi contesté le manque de transparence : la précipitation d'une signature n'ayant pas permis une concertation suffisante de lopposition. Selon ces contestataires laccord final na pas pris en compte les propositions des commissions mises en place après laccord-cadre.
Il est vrai que lopportunité de la signature de cet « accord de paix définitif », deux jours avant un voyage du chef de lÉtat djiboutien à Bruxelles, pouvait sembler suspecte à certains.
Dans ce contexte, il nétait pas exclu que le Frud se désolidarise de son représentant, M. Dini, et quune nouvelle résistance au pouvoir djiboutien tente de sorganiser.
M. Kadamy vient de franchir le pas. Les conséquences risquent d'être lourdes, l'homme n'est pas un va-t-en guerre et sa prise de position signe vraisemblablement un acte concerté.
Notre analyse. -- Mohamed Kadamy est revenu lundi 28 mai d'une tournée de dix jours à Djibouti, au cours de laquelle il a rencontré M. Dini et, surtout, les combattants du Frud-armé.
Cette tournée, effectuée à la demande des combattants eux-mêmes visait à vérifier l'acceptabilité de l'accord de paix "sur le terrain" et, peut être, constituait une dernière tentative de persuader Ahmed Dini d'écouter les combattants.
Contacté par un journaliste mardi, M. Kadamy a déclaré : « Cet accord va sauver le régime pendant six mois, voilà ce qui se dit. » Lors de cette conversation, le point de vue du délégué du Frud en Europe se résume en quatre phrases : « La seule chose qui intéresse le pouvoir c'est le désarmement des combattants » ; « L'armée djiboutienne est au bord du gouffre » ; « Les régions du nord sont exangues, c'est presque la famine » ; « Les combattants ne veulent pas rendre les armes ».
Proche de M. Dini, M. Kadamy brise un tabou en se prononçant contre le grand uvre du président du Frud.
Indépendamment du déchirement personnel, et même si elle résulte de l'opinion majoritaire chez les combattants, la prise de position de M. Kadamy comporte des risques indéniables :
-- Nombre de Djiboutiens étaient prêts à accepter n'importe quel accord pourvu que cesse la guerre ;
-- L'Union européenne et la France, qui semblaient jusqu'ici prêter attention aux revendications des populations afar et des combattants du Frud, ne pourront vraisemblablement pas comprendre la rupture de l'Accord ;
-- L'opposition djiboutienne avait accepté l'Accord.
Le communiqué. -- Ci-dessous, publication de l'intégralité du communiqué du représentant du Frud en Europe.
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