Par une correspondance en date du 06 juin, vous avez adresser au Président de la République une lettre dont le contenu provoque nos plus vives réserves.
L'accord cadre de reforme et de concorde civile en date 7 février 2000 que vous avez signé avec le gouvernement, pose comme postulat la prééminence de la légalité constitutionnelle ainsi que le respect du pluralisme des opinions. C'est ainsi que, cohérent avec les objectifs de l'accord qui a scellé la restauration de la paix, le Gouvernement a soumis à l'examen et aux débats de la Représentation Nationale un projet de loi effectivement commun au Frud-Armée et relatif à la Décentralisation et aux statuts des Régions. C'est fidèle à son traditionnel respect de l'engagement pris que le Conseil de ministres a adopté et transmis ledit texte à l'Assemblée Nationale. Cette initiative du Chef du Gouvernement de déposer un projet de loi est totalement discrétionnaire puisqu'il s'agit d'un acte de gouvernement.
Par votre correspondance vous persistez à outre passer les règles cardinales de tout Etat de droit. Il y a en l'espèce une récurrence, qui aussi agaçantes soit - elle mérite que l'on s'y attarde puisqu'elle n'est de toute évidence que l'expression d'une profonde méconnaissance des mécanismes institutionnels de notre Nation. Doit- on considérer que vous ignoriez que les projets de lois sont nécessairement soumis à l'examen du législateur alors même que l'article 2 de l'accord prévoyait l'intervention du parlement dans le cas d'espèce.
Une fois de plus vous proférez des menaces et récidivez dans l'exercice de la mauvaise foi.
Le gouvernement réitère son attachement à l'Accord qu'il a contracter avec le Frud-Armée et affirme solennellement qu'il ne contreviendra ni à la lettre ni à l'esprit de cette convention. Aujourd'hui comme demain, je vous mets au défi de nous fournir la moindre preuve d'agissements contraire.
Quant à vous, vous levez le voile sur votre prétendu sens du dialogue, lorsque vous sortez de la léthargie politique pour exiger le viol du principe originaire de la démocratie et de l'esprit de notre Constitution. C'est ainsi que vous nous demandez, ni plus ni moins, que de museler la Représentation Nationale. Nos concitoyens ne manqueront pas de prendre acte, monsieur, que selon votre lecture des institutions, la volonté populaire est subordonnée à votre volonté. Quant à nous, nous ne considérons cette auguste assemblée, ni comme le simple échos du gouvernement, ni comme une institution virtuelle.
Apprenez qu'il n'y a point de légitimité sans le peuple comme il n'y a point de démocratie en dehors de l'expression populaire. Celle-ci se manifeste soit directement et c'est l'hypothèse du suffrage universel direct ainsi que le référendum, soit indirectement par l'intermédiaire de ses représentants légitimes; l'Assemblée Nationale.
Sachez que la présente législature, durant votre longue absence s'est profondément enrichie quant à sa composition et consciente de son rôle elle utilise pleinement ses prérogatives. C'est ainsi que la loi tel qu'amendée par l'Assemblée Nationale nous convie ensemble à prendre en compte l'expression de la volonté populaire sur notre projet commun que le Président de la République se devait de leur soumettre.
Toutefois, le critère quantitatif du nombre d'amendement n'est pas l'aune pertinent pour apprécier les modifications issues des débats libres qui ont produit une loi issue du consensus national. Sachez que l'amendement d'un texte est une technique juridique entourée de maintes dispositions sauvegardants tous projets de dénaturations. Vos interprétations du travail de l'Assemblée Nationale ne sont que pures élucubrations démagogiques.
La décentralisation est une organisation spatiale du territoire nationale dans un Etat unitaire et une certaine organisation des pouvoirs publics. L'épanouissement de notre pays et l'expression de ses forces vives, passent plus que jamais par la réussite de ce processus; il est inutile de gâcher du papier pour s'y attarder. De même nous ferons l'économie de toutes polémiques sur l'expression exacerbée de vos phobies infondées sur de supposé expansions claniques.
Vide de toutes propositions et programmes politiques, vous cherchez l'affrontement au lieu d'être digne de la stature que vous prétendez représenté. Vous vous aliénez dans un discrédit qui n'a d'égale que votre incapacité à être un partenaire politique sérieux faisant preuve de discernement. Vous fuyez vos responsabilités en vous corrompant dans des arguties et vous vous emmurez dans des idées enracinées, d'autant plus fortes que vous les sacralisez. Et pourtant, il serait nécessaire que toutes les composantes nationales, dans toutes ses diversités uvre pour la mise en place d'un programme politique, économique et sociale au service de la décentralisation. Mais malheureusement, vos désires et vos fantasmes sont, comme leur auteur, d'une autre époque.
Il est ainsi cynique de faire de la décentralisation un objet de manipulation de la population par un processus d'accaparation abusive et illégitime. Vous ne pouvez ignorer que ce thème est un des fondements de notre Nation depuis son indépendance. Faute d'une paix durable, les inspirations politiques et les programmes adéquats n'ont pas pu voir le jour.
La Constitution indique les prérogatives de chaque organe de notre Etat et organise la séparation des pouvoirs. Elle place le Président de la République comme le garant du respect des institutions. Avec la meilleure volonté, celui-ci ne peut disposer que des attributions et prérogatives que lui accorde la loi fondamentale. Je vous invite à fairc preuve de réflexion en vous penchant sur les textes fondamentaux de notre pays et vous saurez qu' en tout état de cause, I'Assemblée Nationale ne peut être écartée d'un revers de manche. En effet, le politique est dépositaire d'un mandat et ne doit pas perdre de vu qu'il doit rendre compte de son action devant le censeur .
Enfin, permettez-moi de douter du succès d'une nouvelle délibération de la loi par cette même Assemblée à laquelle vous attentez par vos suspicions et déniées toute légitimité. Vous n' êtes pas sans savoir que la charge de Président de la République requiert la gestion de vraie problématique. C'est pourquoi, à l'avenir il serait utile de ne pas l'importuner pour ce type de considération. Néanmoins, vous trouverez en moi un interlocuteur attentif à chaque fois que conformément à l'accord qui nous lie vous chercherez à consolider les acquis de la Paix civile.
[Cachet : RÉPUBLIQUE DE DJIBOUTI]
DILEITA MOHAMED DILEITA
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