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Djibouti / Mort du juge Borrel

Révélations sur un suicide impossible

L’affaire Borrel est relancée. Des éléments nouveaux étayent la thèse de l’assassinat. La remarquable enquête de Bernard Nicolas et Jean-Claude Fontant pour Canal+ (diffusée une première fois lundi 2 décembre 2002) a précédé une importante couverture médiatique en France. 
 
 

Extraits du [remarquable] dossier de presse de Canal+ (résumé du film et chronologie de l'affaire Borrel)
Sélection d'articles et de dépêches concernant l'affaire Borrel
Ressources pérennes concernant l'affaire Borrel
Réponse à ce sujet 
 
 


Extrait du dossier de presse de Canal+ (direction de la communication, 11/2002)

Juge Borrel : Révélations sur un suicide impossible
Enquête de Bernard Nicolas et Jean-Claude Fontan
Montage Mathias Quincé
38 mn
Canal+, magazine “90 minutes”
Première diffusion lundi 2 décembre 2002

Enquête de Bernard Nicolas et Jean-Claude Fontan

Djibouti, 19 octobre 1995. Le corps d’un homme est retrouvé au pied d’une falaise à 80  km de Djibouti. Ce cadavre est celui de Bernard Borrel, un magistrat français, en mission de coopération. Le corps est découvert en partie carbonisé. L’enquête n’a pas encore commencé que l’ambassade de France diffuse l’information qui deviendra la version officielle : suicide par immolation. Effondrée, la femme du magistrat, Élisabeth Borrel, quitte Djibouti avec ses deux enfants, quatre jours après la mort de son mari. La représentation française à Djibouti lui assure que des radiographies et une autopsie seront réalisées.

Quand le corps est rapatrié, les radios ont disparu, et il n’y a pas eu d’autopsie.

Depuis sept ans, Élisabeth Borrel se bat pour savoir comment son mari est mort. Elle demandera très vite une autopsie dont les résultats ne lui parviendront qu’un an plus tard. Les experts sont formels : « Pas de traces de suie dans les voies aériennes supérieures. » Ce qui signifie que Bernard Borrel était mort avant que son corps ne soit brûlé. Pourtant la version officielle restera le suicide.

Dans leur enquête, Bernard Nicolas et Jean-Claude Fontan pointent les dysfonctionnements de cette longue instruction, qui a vu se succéder cinq juges (pièces disparues, témoins oubliés ou menacés, suspects en fuite), et démontrent que le suicide est impossible.

Deux anciens officiers de la garde présidentielle à Djibouti, réfugiés en Europe, affirment qu’ils ont été les témoins de conversation entre dignitaires djiboutiens, prouvant que « l'élimination physique » du juge a été programmée. Discussions entendues avant et après la mort de Bernard Borrel. Pour "90 minutes", Bernard Nicolas et Jean-Claude Fontan révèlent au travers de témoignages et documents inédits, que le magistrat français a été tué.

Djibouti, aux portes de la mer Rouge, est un petit pays hautement stratégique. L’ancienne colonie française est très convoitée. Aux côtés des soldats français (2.700 environ), des GI’s américains et des marins allemands se sont installés, depuis le 11 septembre 2001. « Pour conserver son leadership sur cette partie d’Afrique, pour ne pas déstabiliser Djibouti, la France a sacrifié un magistrat en mission officielle », concluent les enquêteurs de "90 minutes".

Disparition du juge Borrel : Chronologie des faits

27 septembre 1990 : En pleine guerre du Golfe, une bombe explose devant le Café de Paris, un lieu de rendez-vous de nombreux Français à Djibouti. Bilan : 1 mort et 11 blessés.

Mercredi 18 octobre 1995 : Bernard Borrel, 40 ans, magistrat mandaté par la France en tant que conseiller du ministre de la Justice de Djibouti, quitte son domicile vers 17h00. Il doit se rendre à son bureau puis à une réunion. Personne ne l’y a vu. Sa femme alerte hôpitaux et commissariats.

Jeudi 19 octobre 1995 : Une patrouille de police de l’armée française à Djibouti découvre au petit matin, au pied d’un ravin, un corps à demi calciné. Son identité est établie, c’est celui du juge Bernard Borrel.

Jeudi 19 octobre 1995 : 9h00, le consul de France annonce à Mme Borrel que son mari « s’est immolé » dans la nuit. L’enquête n’a pas encore commencé mais l’information circule : c’est un suicide.
Dans l’après-midi, un conseiller juridique français auprès du président de la République de Djibouti de l’époque, Hassan Gouled Aptidon, lui demande de rechercher un document de la plus haute importance qui pourrait mettre en cause des personnalités françaises et djiboutiennes. Document introuvable. En revanche, elle découvre dans les affaires de son mari une enveloppe à son nom. À l’intérieur, un mot qui établit la liste de la collection de médailles militaires de Bernard Borrel. Il y indique que sa femme peut les vendre si elle le souhaite. Il évoque également une somme de 50.000 francs, retirée la veille de leur compte, qu’elle doit rapporter à la banque.

22 octobre 1995 : Élisabeth Borrel et ses deux fils quittent Djibouti pour Paris. Le corps de Bernard Borrel reste sur place afin d’être autopsié.

3 novembre 1995 : La dépouille de Bernard Borrel est rapatriée et enterrée près de Toulouse. En fait, il n’y a pas eu d’autopsie faite à Djibouti et les radios du corps du juge Borrel ont disparu. Élisabeth Borrel, elle aussi magistrate, décide de demander une autopsie du corps de son mari. Une information est ouverte au parquet de Toulouse pour « recherche des causes de la mort ».

15 février 1996 : L’autopsie a lieu. Il faudra attendre un an avant que les résultats ne soient livrés. Pourtant les conclusions sont importantes. Elles établissent notamment qu’aucune trace de suie n’a été décelée dans les poumons. Élisabeth Borrel a alors la conviction que son mari a été tué, et son corps brûlé afin de maquiller le meurtre en suicide. Dans les dossiers de son mari, elle trouve des documents. Il y a notamment une demande d’auditions dans le cadre de l’enquête sur l’attentat contre le Café de Paris perpétré en 1990 [voir plus haut]. L’enquête est menée à Paris par le juge Le Loire. Bernard Borrel servait de lien entre le juge Le Loire et le magistrat djiboutien chargé de ce dossier, où serait mis en cause Ismaël Omar Guelleh.

Novembre 1997 : Le dossier quitte Toulouse et l’enquête est confiée à Paris, aux juges Roger Le Loire et Marie-Paule Morrachini. Entre les magistrats et Mme Borrel et ses avocats, s’installe un climat de méfiance basé sur des désaccords concernant la façon de mener l’enquête.

Mars 1999 : Les magistrats vont une première fois à Djibouti. Une enquête sur la personnalité du juge Borrel est lancée.

Janvier 2000 : Un témoin, réfugié politique djiboutien en Belgique, fait son apparition. Mohamed Saleh Alhoumékani, officier dans la garde présidentielle au moment des faits, affirme que le juge Borrel a été assassiné et que l’actuel président, Ismaël Omar Guelleh, est le commanditaire du meurtre. Le 19 octobre 1995, à 13h45, Alhoumékani aurait assisté, dans les jardins du palais présidentiel, à une conversation entre Omar Guelleh, alors chef de la police secrète, et 5 hommes arrivés en 4x4. L’un d’eux aurait déclaré : « la mission est accomplie, le juge fouineur a été tué… ». Alhoumékani parle aussi d’une « main courante » qui aurait disparu (à l’époque des postes de garde contrôlaient les routes). Il met également en cause un des terroristes du Café de Paris, censé être en prison. Réaction immédiate des autorités djiboutiennes : « Cet homme est un affabulateur. » La juge Moracchini entend Alhoumékani en Belgique. Il se plaint ensuite dans la presse d’avoir subi des pressions de la part de la magistrate, afin d’obtenir sa rétractation.

Mars 2000 : Les juges Le Loire et Moracchini se rendent une deuxième fois à Djibouti. Élisabeth Borrel et ses avocats n’ont pas eu le droit de les accompagner. Une reconstitution est organisée.

Juin 2000 : Après plusieurs interventions des avocats de Mme Borrel auprès du garde des Sceaux, les juges Moracchini et Le Loire sont dessaisis du dossier par un arrêt de la chambre d’accusation. C’est le juge Jean-Baptiste Parlos qui prend désormais en charge le dossier Borrel.

Février 2002 : Le juge Parlos va à Djibouti avec Mme Borrel, ses avocat et trois experts en médecine légale. Au retour de ce voyage, le juge Parlos ordonne une nouvelle exhumation du corps.

27 juin 2002 : Le corps de Bernard Borrel est à nouveau exhumé. Élisabeth Borrel attend les conclusions. 
 
 


Sélection d'articles et de dépêches concernant l'affaire Borrel

Nouvel observateur (16/05/2002)
« Sept ans après. La mort toujours mystérieuse du juge Borrel »
par Sylvie Véran

La Dépêche du Midi (02/12/2002)
« Djibouti : l'impossible suicide du juge Borrel »

par D.D.

AFP (3/12/2002)
« Vive réaction de Djibouti à une enquête sur le "suicide" du juge Borrel »
[Non disponible en ligne]

AFP (3/12/2002)
« Djibouti dénonce un reportage de Canal plus sur la mort du juge Borrel »
[Non disponible en ligne]

AFP (3/12/2002)
« Mort du juge Borrel : des expertises infirment la thèse du suicide »
[Non disponible en ligne]

AFP (4/12/2002)
« La veuve du juge Borrel "soulagée" par des expertises sur sa mort »
[Non disponible en ligne]

Le Monde (04/12/2002)
« De nouveaux éléments jettent le trouble sur la mort du juge Borrel, à Djibouti, en 1995 »
par Ariane Chemin

RFI (4/12/2002)
« Affaire Borrel: le tournant »

Libération (5/12/2002)
« Mort du juge Borrel : la thèse du suicide s'effondre »
par Brigitte Vital-Durand

Le Figaro (05/12/2002)
« Les experts concluent au meurtre dans l'affaire Borrel »
[Non disponible en ligne]

Les nouvelles d'Addis (7/12/2002)
« Un suicide, le corps en feu, pieds nus dans la nuit, dévalant sans se blesser une dégringolade de rochers »
par Alain Leterrier
 
 
 


Ressources pérennes concernant l'affaire Borrel

http://www.ardhd.org/
Observatoire de la situation des droits de l'homme à Djibouti (ARDHD, opposition)
4ème année. La caverne d'Ali-Baba de Djibouti. Informations, rumeurs, tendances…
Tout sur l'Affaire Borrel depuis quatre ans. Y'a qu'à fouiller.

http://www.gouv-exil.org/
Gouvernement en exil de Djibouti (GED, opposition)
Communiqués officiels et alertes.
Deux membres du GED sont témoins à charge dans l'Affaire Borrel : Mohammed Saleh Haloumékani et Ali Iftin, respectivement ex-lieutenant et ex-commandant de la Garde présidentielle à l'époque des faits.

 
 


Réponse à ce sujet

« À ces gendarmes et a madame Borrel », une réponse d'Abdi, 12 heures avant publication de l'article

           

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