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Nouvelles
Djibouti / Justice / Droits de l'homme

Daher Ahmed Farah mis en liberté provisoire après 44 jours de détention. « La lutte continue », a-t-il déclaré à sa sortie de prison

Emprisonné depuis le 20 avril, Daher Ahmed Farah, directeur du Renouveau et président du MRD (1), a été libéré mardi 3 juin à 12h00 (heure locale). Dans un entretien accordé au journal Les nouvelles d'Addis à sa sortie de prison, "DAF" évoque ses conditions de détention, sa libération et… la reprise de ses activités.

 


PROPOS RECUEILLIS PAR
COLETTE DELSOL & ALAIN LETERRIER

 

3/06/2003. – Ce fut un peu épique mais "DAF" est libre, et ses amis ne boudent pas leur plaisir. La juge d'instruction, Mme Habiba Hachim avait donné un avis favorable pour sa demande de mise en liberté provisoire jeudi 29 mai. La demande fut transmise au procureur de la République, M. Djama Souleiman pour signature ; il y eut encore quelques allers-et-venues, des hésitations, beaucoup de "zèle" jusqu'à ce qu'à midi, en catimini, on "élargisse" le gêneur. – CD & AL

 
Daher Ahmed Farah sur www.lesnouvelles.org
Daher Ahmed Farah en meeting à Ali-Sabieh
© MRD / le Renouveau
 


Entretien de Daher Ahmed Farah (dit "DAF") avec Les nouvelles d'Addis

[Djibouti, 3 juin 2003, 15h00 (heure locale), par téléphone]

LNA. – Alors, comment allez-vous ?
Daher Ahmed Farah. – Bien, très bien ! Je respire enfin l’air frais de la liberté !

LNA. – A quelle heure avez-vous été libéré ?
DAF. – A midi, heure de Djibouti. Cest un coup de téléphone qui a ordonné ma libération, qui s'est faite comme en cachette.

LNA. – C’est une liberté provisoire ?
DAF. – Oui, tout à fait. Je suis remis en liberté provisoire par le juge d’instruction.

LNA. – Qu’est-ce que cela suppose pour vous ?
DAF. – Je n’ai pas tous les éléments sur cette remise en liberté. Je ne sais pas si c’est assorti d’un contrôle judiciaire ou non. Mais cela suppose que je me tienne à la disposition du juge d’instruction, jusqu’à la fin de l’information. Le juge d’instruction a encore le dossier entre les mains, elle poursuit visiblement son instruction, donc je dois rester à sa disposition jusqu’à la fin de l’information.

LNA. – Avez-vous dû signer un document quelconque ?
DAF. – Je n’ai rien signé. Je lui ai juste adressé une demande de remise en liberté provisoire (la deuxième, d’ailleurs) et elle a fait droit à cette dernière demande.

LNA. – Il semble qu’il y ait eu un certain nombre de péripéties autour de votre remise en liberté. Le procureur qui disparaît au moment de signer, par exemple ?
DAF. – Oui, il s’est dérobé. Cela dure depuis mercredi dernier, en réalité. Depuis l’audience de l’autre affaire, la justice a tout fait pour tergiverser, pour gagner du temps.

LNA. – Pourquoi gagner du temps ?
DAF. – Pourquoi toutes ces manœuvres dilatoires ? A vrai dire, je ne sais pas pourquoi, alors que ma deuxième demande de remise en liberté provisoire était dans les mains de la justice, avant l’audience de mercredi dernier. Pourquoi ces manœuvres ? Pourquoi ces absences répétées du procureur ? Pourquoi ces rendez-vous manqués ? Je ne saurais l’expliquer. Il y a certainement une volonté, celle de me maintenir en prison pendant encore quelques jours.

LNA. – Maître Aref [avocat du général Zakaria] a déclaré que votre cellule était conforme aux normes internationales. Qu’en pensez-vous ?
DAF. – Il n’en est rien du tout. C’est effectivement ce qu’il affirmé lors du procès. Je lui ai demandé s’il avait vu la cellule, s’il l’avait visitée. Je lui ai même proposé de venir passer une nuit avec moi, pour qu’il puisse se rendre compte de l’état de la cellule [rires] ! Il n’y a aucune conformité aux normes internationales. C’est une toilette turque de quelques mètres carrés, infestée de moustiques, saturée de chaleur, exposée aux nuisances sonores et autres de la centrale électrique de la capitale. J’étais soumis au régime d’isolement, sans contact avec personne, ni avec les autres prisonniers, ni avec l’extérieur.

LNA. – Quels sont vos projets pour aujourd’hui et pour les jours suivants ?
DAF. – Je dois reprendre contact avec les militants, les sympathisants… Reprendre mes activités, quoi ! C’est déjà fait en partie, pas mal de militants du MRD sont déjà venus, j’ai d’autres rendez-vous. Le régime reste égal à lui-même donc il faut continuer la lutte ! Je dois aussi recommencer les tournées dans le pays pour rencontrer les gens. Et je vais aussi reprendre contact avec les membres de l’UAD (2). M. Dini (3) est revenu à Djibouti avant-hier, donc je vais le revoir et nous allons envisager d’autres projets avec tous les membres de l’UAD. Pour l’instant, je n’ai eu le temps que de revoir quelques militants du MRD.

LNA. – Et votre journal, le Renouveau ?
DAF. – Le Renouveau doit paraître jeudi, comme d’habitude. Je pense qu’il y aura un article sur ma remise en liberté…


(1) Mouvement pour le renouveau démocratique.
(2) Union pour l'alternance démocratique ; coalition de l'opposition aux législatives de janvier 2003.
(3) Ahmed Dini Ahmed ; président de l'Alliance républicaine pour le développement (ARD).
La pétition
"DAF-Liberté"

Lire et signer la pétition"Liberté pour Daher Ahmed Farah"


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