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Djibouti / Convention d’Ottawa

Djibouti : pas si déminé que ça…

Les autorités djiboutiennes ont déclaré le pays "mine free". Pourtant, selon les informations recueillies par Les nouvelles d'Addis, Djibouti ne serait « pas si déminé que cela ». Par exemple, une mission d’évaluation du centre Minex, en octobre 2003, à Ladoua, a évalué à 700 engins environ la menace des mines dans ce seul secteur. Témoignage d'un spécialiste.

 


ALBAN GOUBET
 

Juillet 2004. – Malgré les affirmations des autorités djiboutiennes, qui ont déclaré le territoire de Djibouti exempt de mines (mine free), devant les États partis de la Convention d’Ottawa réunis à Genève en janvier dernier, il semblerait bien que certaines se “baladent” encore dans des sites connus ou inconnus.

Je me suis laissé dire que les démineurs de l’armée nationale djiboutienne, appuyés par la compagnie privée américaine Ronco, découvrent de nouvelles mines chaque mois. Autre exemple, et j’en atteste personnellement (1). L’armée française avait un dépôt de munitions à Ladouda, site qui se trouve à quelques kilomètres du centre-ville de Djibouti. Ce dépôt était protégé par des mines antipersonnel. Mais des inondations dans les années 80 et 90 ont déplacé ces engins hors du marquage de barbelés encadrant le champ de mines. Cela n’a tué que quelques pauvres bougres et autres chèvres et dromadaires. Pas de quoi fouetter un chat pour les autorités des deux pays. Sauf que les Américains ont décidé de construire un camp à cet endroit, et qu’ils y ont trouvé des mines dès les premiers coups de pelleteuse. La France a dépêché une mission d’évaluation du centre Minex de l’ESAG (2), en octobre dernier. Ils ont évalué à 700 engins environ la menace des mines dans ce secteur.

Cette pollution pose de nombreux problèmes car les mines utilisées comportent une rondelle métallique de détectabilité amovible, d’où leur nom : Mine APDV59 (Mine Antipersonnel Détectable à Volonté, année de conception 1959). Or, des rondelles seules ont été retrouvées, donc des mines sont désormais indétectables…

On ignore où en sont les opérations de déminage et de recherche de ces engins devenus indétectables – à moins de marcher dessus. Mais affirmer que Djibouti est le premier pays africain “mine free” paraît un peu précipité. D’autant que selon d’autres sources, durant la guerre contre le Frud, l’armée djiboutienne aurait également disséminé des engins explosifs dans certaines zones qu’elle serait bien en peine de définir avec précision aujourd’hui. Là encore, des pauvres bougres et leurs troupeaux seront les futurs démineurs du premier pays africain “mine free”. – AG


(1) Notre correspondant est conseiller technique en matière de lutte antimines.
(2) ESAG : École supérieure d’application du génie.
           

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