AFRIQUE DE LEST / GUERRE DE LEAU
Afrique de lest : Les eaux du Nil partiellement partagées
Laccord-cadre de partage des eaux du Nil, signé le 14 mai 2010 à Entebbe (Ouganda), entre quatre des pays concernés par les eaux du fleuve (Éthiopie, Ouganda, Rwanda et Tanzanie), risque dengendrer plus de problèmes quil nen résoudra.
Les nouvelles dAddis
COLETTE DELSOL
16 mai 2010
LÉgypte et le Soudan, opposés à ce projet, ont boycotté la réunion, à laquelle ne participaient pas non plus le Burundi et la République démocratique du Congo, autres partenaires du projet global du bassin du Nil. Le Kenya, pour sa part, sest dit favorable à ce nouvel accord et entend le signer le plus tôt possible.
Principaux bénéficiaires du précédent accord, datant de 1959, lÉgypte et le Soudan bénéficient de quotas très favorables, 55,5 milliards de m3 pour lÉgypte et 18,5 milliards de m3 pour le Soudan, soit un total de 87% au total. LÉgypte dispose également dun droit de veto sur les travaux en amont qui risquent de diminuer le volume du fleuve.
Même si tous les pays situés en amont se disent favorables à ce projet, lopposition farouche de lEgypte et du Soudan le rend difficilement applicable, il engendre même le risque dune guerre de leau entre les pays riverains du Nil.
Certes laccord prend en compte les intérêts des pays situés en aval ; une commission, basée à Addis-Abeba (Éthiopie) sera chargée dexaminer et dapprouver les projets. Mais les besoins grandissants en énergie hydroélectrique et en irrigation font craindre une diminution significative du volume du fleuve. Ainsi, en Éthiopie, les millions dhectares attribués à des investisseurs étrangers, destinés à la culture intensive, nécessitent une irrigation tout aussi intensive. Ce pays qui met en uvre des projets de barrages titanesques, dont le Gibe 3, en cours de construction sur la rivière Omo objet de vives contestations de la part de populations riveraines entend bien développer de nouvelles infrastructures sur le Nil bleu.
Le forcing des pays situés en amont du Nil fait lobjet dune fin de non recevoir de la part de lÉgypte et du Soudan qui déclarent quils nappliqueront pas un accord quils nont pas signé. Quen sera-t-il alors des projets approuvés par la Commission basée en Éthiopie ? Le ministre éthiopien des Ressources hydrauliques, Asfaw Dingamo, ne semble pas sen alarmer qui déclare : « Je ne pense pas que allons vers une guerre de leau. Si nous travaillons ensemble, si nous coopérons, le Nil satisfera aux besoins de tous. » Ce que semble oublier M. Dingamo cest que le Nil fournit 90% des ressources en eau à lÉgypte. Contrairement à elle, lÉthiopie et les pays situés en amont du fleuve ont dautres bassins et, si on ne peut leur contester dutiliser celui du Nil, il nest peut-être pas très opportun, en période de réchauffement climatique, de développer des projets dagriculture très gourmands en eau. CD |