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Les nouvelles d'Addis
11 août 2011
      
Visiter l'espace Pages zone : toutes les pages zone ETHIOPIE / AGRICULTURE / EAU
Éthiopie : Vives critiques sur fond de crise humanitaire

LES NOUVELLES D'ADDIS
COLETTE DELSOL
10 AOÛT 2011

Alors qu’une crise alimentaire frappe plusieurs pays de la corne de l’Afrique, on ne peut que s’étonner des choix agricoles opérés par certains des pays de la sous-région. Des milliers, des millions d’hectares de terres fertiles “loués” à des investisseurs étrangers pour des cultures intensives, très gourmandes en engrais, pesticides et… eau.

Il ne s’agit pas de produire des cultures vivrières ou des céréales qui permettraient à ces pays de sortir du cycle infernal et récurrent : sécheresse-famine. Ici on plante de la canne à sucre ou des palmiers à huile, par exemple, destinés à la production de biocarburants à l’étranger.

Pour ce faire, l’Ethiopie a lancé des programmes d’infrastructures gigantesques, comme le barrage Gibe-III sur la rivière Omo qui entraînera le déplacement de milliers d’éleveurs et de petits fermiers, censés être employés dans ces immenses plantations. Plus vraisemblablement, ils rejoindront la cohorte des déshérités et devront bientôt faire appel, eux aussi, à l’aide humanitaire.

Par ailleurs, selon une enquête menée par BBC Newsnight et le Bureau of Investigative Journalism, le gouvernement éthiopien attribuerait les aides au développement (pas les aides d’urgence) en fonction des orientations politiques des potentiels bénéficiaires. Selon que votre village est plus ou moins supporter de l’EPRDF, la coalition au pouvoir, il reçoit ou pas des engrais, des semences, etc. L’équipe de la BBC a ainsi pu constater que certains villages souffraient de malnutrition sévère (dans l’attente de la prochaine maigre récolte), alors que d’autres, situés à quelques kilomètres à peine, ne rencontraient pas de problèmes particuliers.

La région de l’Ogaden est également pointée dans cette enquête. Interdite d’accès pour les journalistes et les organisations internationales, cette région où opère le Front de libération nationale de l’Ogaden (ONLF), est soumise à la fois à la sécheresse et aux interventions de l’armée éthiopienne. Plusieurs leaders de l’ONLF ainsi que des civils évoquent de graves violations des droits humains : villages incendiés, tortures, viols… Accusations réfutées par l’ambassadeur d’Éthiopie en Grande-Bretagne. On n’en constate pas moins que de nombreux Somalis de l’Ogaden rejoignent le camp de réfugiés de Dadaab au Kenya.

Cette enquête a provoqué de vives réactions en Grande-Bretagne, l’un des principaux donateurs de l’Ethiopie. Le ministre du Développement international, Stephen O'Brien, a notamment déclaré : « Nous prenons toutes les allégations d’abus de droits humains extrêmement au sérieux et allons les évoquer immédiatement avec les autorités concernées, y compris le gouvernement éthiopien avec qui nous avons une relation sincère. Là où il y a une preuve, nous aurons une action ferme et décisive. » Le ministre a également ajouté que si le gouvernement britannique était très engagé dans le soutien au peuple éthiopien, il exigeait aussi la parfaite transparence et un maximum d’impact sur le terrain en retour de l’aide fournie par le contribuable.

Si l’Ethiopie connaît incontestablement une situation humanitaire alarmante, ces doutes pesant sur son action auprès de populations sensibles ne peut que troubler les donateurs, états ou particuliers. Quand bien même le pouvoir aurait des problèmes avec son opposition, armée ou non, il existe d’autres moyens que d’affamer le peuple pour le rallier à son chef. -- CD

         

      
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Visiter l'association illalta DJIBOUTI / DROITS FONDAMENTAUX
Djibouti : Chasse aux opposants et aux défenseurs des droits humains

LES NOUVELLES D'ADDIS
COLETTE DELSOL
10 AOÛT 2011

Le président djiboutien, pourtant récemment réélu avec un pourcentage de voix admirable, semble littéralement trembler devant une opposition qu’il qualifiait pourtant d’inexistante pendant sa campagne.

Les arrestations d’opposants, de défenseurs des droits humains, de pseudo-sympathisants de tel ou tel mouvement, armé ou pas, se multiplient. La plupart d’entre eux ignorent pourquoi ils sont incarcérés et torturés. Seule la vigilance de quelques voisins ou amis permet de les localiser. Mais en aucun cas, ils n’auront accès à un avocat ou à un médecin. Djibouti devient une sorte de Guantanamo à grande échelle. L’arbitraire absolu y est la règle.

Si ces personnes sont soupçonnées d’avoir commis quelque acte répréhensible au regard de la loi djiboutienne, alors qu’on les défère devant un tribunal digne de ce nom et que la vérité soit établie. Au lieu de cela, on les arrête, les transfère secrètement d’un lieu à l’autre. On les laisse des jours entiers entre les mains de la gendarmerie ; par exemple, dans les locaux du Service de documentation et de recherche (SDR) qui traîne la sinistre réputation d’un haut-lieu de torture. A tel point que d’anciens prisonniers de la prison de Gabode, qui n’est pourtant pas renommée pour ses prestations de luxe, estiment qu’il est préférable d’y être détenu que de séjourner, même quelques jours, à la SDR.

L’Organisation mondiale contre la torture, OMCT (1), et l’Observatoire pour le respect des droits humains à Djibouti, ORDHD (2), ont lancé plusieurs appels sur la situation de prisonniers djiboutiens, dont l’état de santé est plus qu’alarmant. Certains ont subi des violences physiques et en portent les séquelles, d’autres ont besoin d’une assistance psychiatrique d’urgence.
Bien que les puissances occidentales soient très présentes à Djibouti, nul ne semble s’émouvoir de la gouvernance en cours. A moins que, tacitement ou non, le pouvoir en place n’accorde son (pourtant très onéreux) asile aux armées étrangères qu’à la condition qu’elles ferment les yeux sur ses exactions. Ce type d’aveuglement s’est parfois terminé dans l’histoire par une accusation de complicité de crimes contre l’humanité. Faudra-t-il en arriver là à Djibouti ? -- CD
--
(1) OMCT : http://www.omct.org
(2) ORDHD : ordhd@hotmail.com

         

      
        
Visiter l'association Kelissa SOMALIE / CRISE ALIMENTAIRE
Somalie : La famine, arme à double tranchant…

LES NOUVELLES D'ADDIS
COLETTE DELSOL
10 AOÛT 2011

Les Nations-Unies ont beau insister sur la situation humanitaire dramatique de la Somalie, sur les centaines de milliers de réfugiés, sur les millions de personnes menacées de malnutrition et même de famine dans la corne de l’Afrique, rien n’y fait.

La faim dans cette région du monde semble être un fait établi, contre lequel nul ne peut (ou ne veut) rien faire. On peut mobiliser états et particuliers pour les victimes d’un grand séisme – et encore pas toujours - mais ici tout semble dans l’ordre des choses, ordinaire, inéluctable. On peut trouver des milliers de milliards de dollars pour sauver les banques et rassurer les agences de notation, mais rassembler quelques centaines de millions de dollars pour sauver des Somaliens paraît impossible.

A moins que cette situation ne soit “entretenue” à des fins inavouables, dont celle de l’éradication des milices islamistes Al-Shabaab, accusées d’entraver la distribution de l’aide internationale. En attendant, on distribuerait l’aide là où on le peut, à savoir sur les rares zones non contrôlées par les Shabaab. Soit, mais sur les quelque 3,7 millions de Somaliens qui nécessitent une aide d’urgence, 2,8 sont précisément dans des régions où le Gouvernement fédéral de transition n’a aucune emprise.

La question est donc : les Shabaab bloquent-ils la distribution de l’aide ou ne tente-t-on même pas de livrer cette aide dans les zones qu’ils contrôlent ? Qualifiés de menace majeure pour l’occident, que représentent-ils réellement. Les Shabaab, combien de divisions ? Les grandes puissances militaires n’ont-elles d’autres moyens de les annihiler que d’affamer des millions de gens qui sont loin d’être tous leurs fervents supporters ?

Certes, la stabilité de la Somalie est un enjeu majeur. Accès aux matières premières africaines (pétrole…) et sécurisation des routes maritimes, entre autres, représentent un objectif pour de nombreuses puissances, dont les Etats-Unis. Sont-ils prêts pour cela à intervenir militairement sur le territoire somalien, sous prétexte de permettre la distribution de l’aide alimentaire ? Ils l’ont déjà fait (ou tenté plutôt ) en 1992, avec l’opération “Restaure Hope” (“Rendre l’espoir”) qui s’est brutalement interrompue après qu’un hélicoptère américain Black Hawk eût été abattu à Mogadiscio et les cadavres des membres de l’équipage traînés dans les rues de Mogadiscio devant les caméras de télévision.

Les conditions sont différentes. Plus de seigneurs de guerre, mais des milices islamistes shabaab. La récente “victoire” de l’Amisom (Mission africaine en Somalie) à Mogadiscio, très probablement appuyée par des forces spéciales américaines, est peut-être une “entrée en matière”. De même que la demande du président ougandais de l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Somalie qui permettrait une intervention.

Barack Obama n’a pas droit à l’erreur. Laisser des millions de Somaliens mourir de faim (devant les caméras de télévision, encore…) pour organiser l’anéantissement de quelque dizaines de milliers de shabaab est un coup de poker très risqué au regard de l’opinion américaine et mondiale. -- CD

         

        

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