ÉRYTHRÉE / OUGANDA / ÉTHIOPIE
Asmara estime que lÉthiopie cherche le renforcement des sanctions
Pour se voir autorisée à pénétrer militairement sur le territoire érythréen
Issaïas Afeworki, le président érythréen, a entamé le 16 août une visite officielle de trois jours en Ouganda. Ses déplacements à létranger sont rares.
LES NOUVELLES D'ADDIS
COLETTE DELSOL
19 AOÛT 2011
En décembre 2009, le Conseil de sécurité avait pris une série de sanctions contre l'Erythrée, incluant un embargo sur les armes, un gel des avoirs et des restrictions de voyage à la direction politique et militaire du pays. A la demande notamment de Djibouti et de lÉrythrée, ces sanctions pourraient être élargies. Asmara est accusée de soutenir les shebab somaliens pour déstabiliser la Corne de lAfrique. Elle est aussi accusée par ses voisins éthiopien et djiboutien dapporter son soutien à divers mouvements armés.
Selon la mission de lÉrythrée à lONU, ces accusations « sont une distorsion de la politique étrangère du pays et une exagération délibérée de ses capacités ». Asmara estime que lÉthiopie recherche le renforcement des sanctions pour se voir autorisée à pénétrer militairement sur le territoire érythréen, comme elle la fait en Somalie en 2006.
Afin déviter un isolement sur la scène internationale, lÉrythrée multiplie les démarches. Ainsi, quatre ans après avoir quitté lIgad (Autorité intergouvernementale pour le développement, qui regroupe six pays dAfrique de lEst), Asmara a demandé sa réintégration. Le secrétariat de lorganisation na pas encore rendu sa décision. Mais le mois dernier lIgad sétait prononcée pour un durcissement des sanctions contre lÉrythrée.
La visite dIssaïas Afeworki en Ouganda sinscrit probablement dans cet objectif de rupture de lisolement diplomatique de lÉrythrée. Le président ougandais, Yoweri Museveni, sera dautant plus attentif aux propositions érythréennes que la moitié des quelque neuf mille hommes de l'Amisom (Mission africaine en Somalie) sont Ougandais, ainsi que son commandant le général Fred Mugisha. En outre, lOuganda qui semploie à faire accepter linstauration dune zone dexclusion aérienne au-dessus de la Somalie, en vue peut-être dune intervention aérienne contre les shebab, cherche peut-être lappui dAsmara.
En quoi Issaïas Afeworki est-il concerné par ces objectifs ? Aide-t-il les shebab ? Si oui, est-il prêt à changer son fusil dépaule pour revenir dans le concert des nations en apportant son expertise ès shebab à la communauté internationale et à la sous-région ? Quelles seraient alors les contreparties pour lÉrythrée ? Eviter létouffement économique, certes. Obtenir en plus que lÉthiopie reconnaisse enfin le tracé de leur frontière commune et permette la démarcation définitive qui mettrait fin officiellement à la guerre qui a opposé les deux pays entre 1998 et 2000, et aux tensions toujours vives qui persistent.
A moins que la sous-région et ses alliés plus ou moins officiels naient besoin de lappui dAsmara pour une opération denvergure contre les shebab et soient prêts à pactiser avec le pays présenté jusquici comme le déstabilisateur de la Corne. CD
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