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Les nouvelles d'Addis
19 août 2011
      
Visiter l'association illalta DJIBOUTI / SOMALIE / TURQUIE
Effervescence diplomatique
dans la Corne de l’Afrique

Les présidents djiboutien, érythréen et turc ont effectué des visites officielles au même moment dans deux pays fortement concernés par la crise humanitaire et militaire de la Corne de l’Afrique.

LES NOUVELLES D'ADDIS
COLETTE DELSOL
19 AOÛT 2011

Ismaël Omar Guelleh, le président djiboutien, s’est rendu à Mogadiscio le 16 août, pour rencontrer son homologue, le président somalien Cheikh Sharif Cheikh Ahmed, et visiter le plus grand camp de réfugiés du sud de la Somalie, ainsi qu’un hôpital pédiatrique où sont soignés des enfants gravement malnutris.

Tant de sollicitude de sa part est touchant. En matière de crise humanitaire, il devrait cependant ouvrir les yeux pour voir la poutre qui s’y trouve plutôt que d’aller chercher la paille dans l’œil somalien. Car si la situation somalienne est la pire de toute la Corne de l’Afrique, il n’en demeure pas moins que plus de 117.000 Djiboutiennes et Djiboutiens souffrent également et auraient peut-être apprécié cette éminente visite présidentielle, et surtout une aide tangible de la part de son administration.

Au lieu de cela, les populations nomades du Nord subissent harcèlements, arrestations, tortures et autres intimidations. Récemment, un berger de 29 ans a été placé sous les verrous sans qu’on en connaisse la raison.

Entre les condamnations pour de soi disant « menaces contre la sécurité nationale […] avec l’aide et l’assistance d’une puissance étrangère » ; et les condamnations pour sympathie avec un mouvement qualifié de terroriste par le pouvoir, les populations djiboutiennes les plus démunies sont dans le collimateur du pouvoir. Il ne lui reste plus qu’à détourner l’aide internationale pour achever son œuvre. A moins que l’effet produit par ce harassement ne soit précisément le contraire de celui escompté.

On notera également que le déplacement présidentiel djiboutien a précèdé de deux jours celui du président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui faisait suite à une réunion extraordinaire de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) à Istambul, qui a décidé d’octroyer une première aide de 350 millions de dollars aux victimes de la famine en Somalie. La Turquie n’a d’ailleurs pas attendu les décisions de l’OCI pour apporter son soutien aux Somaliens. Depuis le début du mois d’août (et du ramadan), elle a déjà envoyé trois avions transportant des dizaines de tonnes de vivres et de médicaments et les campagnes lancées auprès des particuliers turcs ont rassemblé quelque cent cinquante millions de dollars. Mais, à la différence de Djibouti, les populations turques ne sont pas touchées par la malnutrition et une sécheresse dévastatrice. – CD

         

      
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Visiter l'association Kelissa ÉRYTHRÉE / OUGANDA / ÉTHIOPIE
Asmara estime que l’Éthiopie cherche le renforcement des sanctions… Pour se voir autorisée à pénétrer militairement sur le territoire érythréen

Issaïas Afeworki, le président érythréen, a entamé le 16 août une visite officielle de trois jours en Ouganda. Ses déplacements à l’étranger sont rares.

LES NOUVELLES D'ADDIS
COLETTE DELSOL
19 AOÛT 2011

En décembre 2009, le Conseil de sécurité avait pris une série de sanctions contre l'Erythrée, incluant un embargo sur les armes, un gel des avoirs et des restrictions de voyage à la direction politique et militaire du pays. A la demande notamment de Djibouti et de l’Érythrée, ces sanctions pourraient être élargies. Asmara est accusée de soutenir les shebab somaliens pour déstabiliser la Corne de l’Afrique. Elle est aussi accusée par ses voisins éthiopien et djiboutien d’apporter son soutien à divers mouvements armés.

Selon la mission de l’Érythrée à l’ONU, ces accusations « sont une distorsion de la politique étrangère du pays et une exagération délibérée de ses capacités ». Asmara estime que l’Éthiopie recherche le renforcement des sanctions pour se voir autorisée à pénétrer militairement sur le territoire érythréen, comme elle l’a fait en Somalie en 2006.

Afin d’éviter un isolement sur la scène internationale, l’Érythrée multiplie les démarches. Ainsi, quatre ans après avoir quitté l’Igad (Autorité intergouvernementale pour le développement, qui regroupe six pays d’Afrique de l’Est), Asmara a demandé sa réintégration. Le secrétariat de l’organisation n’a pas encore rendu sa décision. Mais le mois dernier l’Igad s’était prononcée pour un durcissement des sanctions contre l’Érythrée.

La visite d’Issaïas Afeworki en Ouganda s’inscrit probablement dans cet objectif de rupture de l’isolement diplomatique de l’Érythrée. Le président ougandais, Yoweri Museveni, sera d’autant plus attentif aux propositions érythréennes que la moitié des quelque neuf mille hommes de l'Amisom (Mission africaine en Somalie) sont Ougandais, ainsi que son commandant le général Fred Mugisha. En outre, l’Ouganda qui s’emploie à faire accepter l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Somalie, en vue peut-être d’une intervention aérienne contre les shebab, cherche peut-être l’appui d’Asmara.

En quoi Issaïas Afeworki est-il concerné par ces objectifs ? Aide-t-il les shebab ? Si oui, est-il prêt à changer son fusil d’épaule pour revenir dans le concert des nations en apportant son “expertise ès shebab” à la communauté internationale et à la sous-région ? Quelles seraient alors les contreparties pour l’Érythrée ? Eviter l’étouffement économique, certes. Obtenir en plus que l’Éthiopie reconnaisse enfin le tracé de leur frontière commune et permette la démarcation définitive qui mettrait fin officiellement à la guerre qui a opposé les deux pays entre 1998 et 2000, et aux tensions toujours vives qui persistent.

A moins que la sous-région et ses “alliés” plus ou moins officiels n’aient besoin de l’appui d’Asmara pour une opération d’envergure contre les shebab et soient prêts à pactiser avec le pays présenté jusqu’ici comme le déstabilisateur de la Corne. – CD

         

        
        
        
        
Visiter le restaurant Menelik SOMALIE / MOGADISCIO
Pillage de l’aide alimentaire en Somalie :
La part des anges ou celle des démons ?

LES NOUVELLES D'ADDIS
COLETTE DELSOL
19 AOÛT 2011

Selon Associated Press, 1% de l’aide alimentaire mondiale serait détournée de son objectif initial pour être revendu en toute illégalité. Le Programme alimentaire mondial (PAM) réfute l’importance de ces détournements. Son porte-parole, Greg Barrow, estime que cela nécessiterait une « logistique comparable à celle que nous [le PAM] avons à Mogadiscio ». Ce qui lui paraît « invraisemblable ». Le PAM a cependant diligenté une enquête et il exige désormais que tout transporteur qui n’a pas livré la totalité de la nourriture rembourse la nourriture non livrée. Les humanitaires ne sont pas surpris par ces vols qu’ils baptisent « distribution traditionnelle ». Une sorte de “part des anges” incontournable si on veut « faire des affaires » (humanitaires ou non) en Somalie.

On pourrait s’offusquer de ces pratiques, quelle que soit leur envergure, dans la situation dramatique où se trouve la Somalie et Mogadiscio en particulier. Faut-il alors cesser d’envoyer de l’aide alimentaire ?

Dans toutes les situations de chaos, certains tirent leur épingle du jeu aux dépens de leurs semblables. Le marché noir n’est pas une invention somalienne. Sous d’autres cieux, en d’autres temps, il fut fort florissant… Certains Somaliens profitent de cette avalanche de nourriture pour faire des affaires. Mais est-on certain que tous le font dans cet objectif ? N’est-ce pas un moyen pour d’autres de gagner suffisamment d’argent pour recommencer leur vie hors des camps. On pense aux éleveurs dont les troupeaux ont été anéantis par la sécheresse et qui ont dû se résigner à rejoindre des camps de réfugiés pour tenter de survivre et d’assurer la survie de leur famille. On n’imagine pas ces hommes-là se complaire dans des camps surpeuplés, loin de leurs villages et si loin de leur travail ancestral. Quant aux autres, peut-être auront-ils des comptes à rendre un jour.

Alors quand bien même “la part des anges” ou celle des démons disparaîtrait dans les méandres de Mogadiscio, la plus grande part parvient à ceux qui en ont un besoin urgent et vital. Et il serait assez cynique de les en priver pour mettre fin au trafic. A moins qu’on ne veuille justifier notre propre apathie devant cette catastrophe et ainsi avoir bonne conscience de ne rien donner pour ce pays. – CD

         

        
        
        
        

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