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Le terrorisme dans la zone Afrique de l'est-mer Rouge
ALAIN CHARRET
Les nouvelles d’Addis
Mars 2005
LNA46, mars 2005
Terrorisme : état des lieux en Afrique de l’Est


« Le département d’État américain a rappelé à ses ressortissants que la menace terroriste est toujours présente en Afrique de l’Est. Les partisans d’Al-Qaïda et d’autres groupes extrémistes restant actifs dans cette région. » (Voix de l’Amérique, 29/06/04)

« Des experts britanniques ont lancé une mise en garde. Ils redoutent que le réseau Al-Qaïda s’en prenne à des navires marchands. […] La simple capture d’un navire sur la mer Rouge, une voie maritime stratégique en terme de commerce, pourrait déboucher sur une crise majeure dans le secteur, au niveau international. » (Médi-1, 10/12/04)

Comme on peut le lire ci-dessus sur des communiqués 2004, des experts britanniques craignent une action d’Al-Qaïda en mer Rouge… De son côté, le département d’État américain rappelle la persistance de la menace terroriste en Afrique de l’Est… Qu’en est il de la menace terroriste planant sur les pays de la corne de l’Afrique ?

Soudan
Ce pays qui a soutenu l’Iraq lors de la première guerre du golfe, figure toujours sur la liste dressée par Washington et répertoriant les États soutenant le terrorisme. N’oublions pas non plus qu’il a hébergé quelques figures tristement célèbres du terrorisme international, tels Carlos Illich Ramirez Sanchez (extradé vers la France en mai 1996), ou encore Oussama ben Laden.

En effet, après que sa présence en Afghanistan ait été jugée “encombrante” ce dernier est venu s’installer à Khartoum, capitale du Soudan, fin 1990. Oussama ben Laden profitera de son séjour pour y rencontrer des combattants du Djihad égyptien fuyant la répression, ainsi que de nombreux membres de différents mouvements radicaux, notamment yéménites et algériens. Il y établira également les bases de son système financier. C’est d’ailleurs dès 1991 qu’il participera à la création de la “Al Shamal Islamic bank”, en y investissant 50 millions de dollars.

Ben Laden était également un des principaux actionnaires du site pharmaceutique d’Al-Shifa, bombardé par les américains le 20 août 1998. Washington estimait que l’usine était susceptible de produire des composants d’armes chimiques… Affirmation démentie par la suite, après investigations d’un grand cabinet anglo-saxon, au profit d’un cabinet d’avocats non moins célèbre…

En mai 1996, Ben Laden, devenu embarrassant là aussi, fut prié par les autorités soudanaises de bien vouloir quitter le pays. Selon certaines sources dignes de confiance, quelques temps auparavant, Khartoum aurait proposé à Washington de leur remettre le leader d’Al-Qaïda. Ce que les autorités américaines refusèrent, à la grande surprise du gouvernement soudanais… À croire que Ben Laden était plus utile en liberté, qu’emprisonné…

Actuellement, le Soudan paraît bien trop occupé par ses conflits internes pour jouer un rôle majeur sur la scène du terrorisme international, cependant certaines structures y sont toujours présentes. C’est le cas de l’Agence islamique d’aide à l’Afrique (Islamic african relief agency), dont le siège se trouve à Khartoum. D’ailleurs, en octobre dernier, les autorités américaines ont annoncé avoir procédé aux gels des avoirs et comptes bancaires de cette agence, ainsi que de ceux de cinq de ses cadres. D’autre part, la “Jamah el Jihal el-Eritrea” y serait toujours représentée. C’est une des raisons qui pousse Asmara à accuser régulièrement le Soudan de terrorisme. Comme ce fut le cas après l’explosion d’une bombe dans la ville érythréenne de Bantu, en mai 2004.

Dans un autre domaine, si le Sud-Soudan semble être sur la voix d’une paix durable ce n’est pas encore le cas au Darfour. Cela soulève un autre problème qui peut être indirectement lié au terrorisme, celui des armes. Si l’Union européenne a décidé d’imposer au Soudan un embargo sur les ventes d’armes, le Conseil de sécurité de l’ONU ne s’est pas encore prononcé sur ce sujet et cela bien que plusieurs ONG telles que Amnesty international ou Human Rights Watch en aient fait la demande… Ainsi, en septembre 2004, un journal londonien s’inquiétait de l’usage réservé à 150 missiles sol-air de type “super Igla” commandés par Khartoum. Ces derniers sont comparables au modèle américain “Stinger” et peuvent être mis en œuvre par une seule personne. On imagine ce qui pourrait advenir si quelques uns tombaient entre les mains de terroristes…

Kenya
Sur le continent africain, le Kenya est sûrement le pays qui a payé le plus lourd tribut au terrorisme international. D’ailleurs, lorsqu’on parle de lutte antiterroriste planétaire, on fait généralement référence au terrible attentat mené le 7 août 1998, contre l’ambassade américaine à Nairobi. Il est vrai que le bilan en fut très lourd : 212 morts et 4.650 blessés. Encore plus récemment, en novembre 2002, un véhicule piégé explosait à proximité d’un hôtel de Mombasa, faisant 18 victimes. Au même moment, à l’aéroport de Mombasa, un aéronef d’une compagnie charter israélienne échappait de justesse au tir d’un missile sol-air. Ces deux attentats qui visaient des intérêts israéliens ont été attribués à la mouvance Al-Qaïda.

Devant la persistance de la menace terroriste, les autorités kenyanes ont créé, en février 2004, un centre antiterroriste. Ses objectifs sont ambitieux : recueil de renseignement, mise au point d’une stratégie à long terme, lutte contre le blanchiment d’argent, le trafic de stupéfiants et la prolifération illégale d’armes. Bien qu’il ait déclaré avoir le soutien des États-Unis, le ministre adjoint pour la Sécurité nationale s’est refusé à préciser le nombre d’agents et les moyens exacts dont disposeraient ce centre…

Il n’empêche que la communauté musulmane, évaluée à 30% de la population et occupant principalement les villes côtières du pays, compte un bon nombre de sympathisants de l’islamisme radical. D’ailleurs Mombasa a déjà été le théâtre de manifestations anti-américaines, louant l’action d’Oussama ben Laden.
Tous ses éléments, ajoutés à la perméabilité de sa frontière avec la Somalie où sont encore réfugiés de nombreux “afghans arabes”, font que la menace terroriste pesant sur le Kenya peut être qualifiée d’élevée.

Somalie
Le cas de la Somalie peut être considéré comme particulièrement complexe. En effet, si ce pays n’a jamais été jusqu’à présent le théâtre d’attentats liés au terrorisme international, l’anarchie y prévalant depuis 1991 en fait une excellente terre d’asile pour terroristes en fuite. Les différents chefs de guerre qui s’y partagent le territoire sont, pour certains au moins, des alliés sûrs de la mouvance Al-Qaïda. D’ailleurs, lors des opérations antiterroristes menées par les États-Unis et leurs alliés en Afghanistan, de nombreux mouvements maritimes quittant les côtes pakistanaises pour rallier la Somalie ont été détectés.

Tout récemment, après l’annonce d’un prochain déploiement d’une force internationale de maintien de la paix destinée notamment à sécuriser le retour en Somalie du nouveau gouvernement, Mogadiscio a été le théâtre de plusieurs manifestations. Outre le fait de protester contre le déploiement de soldats éthiopiens et djiboutiens, les manifestants refusaient également la présence de militaires non musulmans…

D’autre part, les investigations menées à la suite des attentats sanglants de Nairobi et de Dar-es-Salam, en août 1998, ont démontré que non seulement les bombes utilisées avaient été confectionnées en Somalie mais que ces opérations y avaient également été planifiées.

Quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001, Washington a procédé au gel des avoirs de la principale société somalienne de transfert de fonds “Al-Barakat”. Celle-ci, utilisée notamment par les somaliens en exil qui transféraient ainsi chaque année pas moins de 500 millions de dollars à leurs familles restées au pays, a été accusée de soutenir le terrorisme international.

Plus récemment, l’enquête concernant l’attentat de novembre 2002 à Mombasa, a établi que les auteurs présumés étaient en contact téléphonique avec Fazul Abdullah Mohamed et que ce dernier, un des principaux suspects des attentats de 1998, serait actuellement réfugié en Somalie.

N’oublions pas non plus que le Puntland, région autonome du Nord-est de la Somalie, abrite “Al-Ittihad al-Islamiya” (Unité de l’islam), organisation qui aurait reçue une attention particulière des cadres d’Al-Qaïda en 1992 et qui est accusée d’avoir apporté une aide logistique dans le cadre des attentats de Mombasa, en 2002…

Avant ce clore le chapitre somalien, il parait important de souligner un sujet rarement évoqué par les médias. La Somalie est devenue la destination favorite de nombreux déchets toxiques provenant des pays industrialisés. D’ailleurs c’est en enquêtant sur ce commerce très particulier que deux envoyés spéciaux de la RAI, Ilaria Alpi et Miran Mirovatin, ont été assassinés le 20 mars 1994 à Mogadiscio. Ces déchets, souvent qualifiés de “hautement toxiques”, pourraient être utilisés dans la confection d’une bombe “sale”, qu’elle soit radiologique ou chimique…

Éthiopie
Ayant régulièrement à faire face à des catastrophes humanitaires aux origines variées, et se remettant à peine d’un conflit avec son voisin érythréen, l’Éthiopie n’est pas directement confronté au terrorisme international. Toutefois, ne serait ce que sur le plan régional, son territoire abrite encore quelques sympathisants, voire même quelques organisations, pouvant être associées au terrorisme. C’est le cas du FLO (Front de libération Oromo), ou bien du Front national de libération de l’Ogaden (ONLF), actif en territoire somali. Ce dernier est associé à l’organisation somalienne “Al-Ittihad al-Islamiya” qui voudrait mettre en place d’un état islamique indépendant en Ogaden. N’oublions pas que “Al-Ittihad al-Islamiya” (Unité de l’islam) est liée à la mouvance Al-Qaïda

Après le 11-septembre, les américains, qui entretiennent de bonnes relations avec Addis-Abeba, ont envoyé un certains nombre de spécialistes en Éthiopie afin de faire le point sur les activités de ces groupes. Certaines sources ont indiqué qu’en novembre 2001, des “conseillers” américains accompagnaient les troupes éthiopiennes qui ont mené une incursion jusque dans la ville de Galkayo, au Puntland. Le but de cette opération aurait été de recueillir des informations sur une des bases de “Al-Ittihad al-Islamiya”, située à proximité du port de Al-Quray, se trouvant entre Puntland et Somaliland…

Il semble donc que bien que très occupé par le différend frontalier toujours pas réglé avec son voisin érythréen, le gouvernement éthiopien reste vigilant quant à une possible montée en puissance de groupes ou organisations tels que “Al-Ittihad al-Islamiya”. De plus il collabore efficacement avec les autorités américaines dans le cadre de la lutte antiterroriste. – AC

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