Dans lanarchie qui prévaut en Somalie, il est ifficile didentifier clairement les différents intervenants, que ce soit à Mogadiscio même ou au sud du pays toujours aux mains de chefs de guerre régionaux. Dautant quau fil des intérêts de chacun, de nouvelles alliances se font et se défont.
Mogadiscio. On se souvient de linquiétude suscitée par la présence grandissante des cours et autres tribunaux islamiques et de leurs milices inféodées sévissant à Mogadiscio. Dailleurs en novembre dernier la capitale somalienne a été le théâtre de heurts violents déclenchés par la fermeture de magasins vidéo diffusant des films occidentaux et indiens qualifiés de « ferments dimmoralité ». Une nouvelle étape a été franchie dans les affrontements entre ces miliciens islamistes et plusieurs factions présentes à Mogadiscio, à tel point quune nouvelle alliance est née : The Alliance for Peace and Fight Against International Terrorism, autrement dit lAlliance pour la paix et la lutte contre le terrorisme international.
Cette nouvelle alliance dont le quartier général est implanté dans le district de Daynile, rassemble plusieurs chefs de guerre et hommes daffaires dont Mohamed Qanyare Afrah (ministre de la Sécurité nationale dans le gouvernement somalien de transition et lun des plus puissants chefs de guerre de Mogadiscio), Musa Sudi Yalahow (ministre du Commerce), Omar Mahamud Mohamed dit Omar Finish (ministre des Affaires religieuses et dauphin de Musa Sudi Yalahow), Abdi Nure Siyad dit Abdi Wal, Botan Issa et Bashir Raghe Shirar. Ceux-ci se partagent Mogadiscio de longue date et étaient souvent du moins jusquaujourdhui opposés, ce qui se traduisait régulièrement par de sanglants affrontements dans les différents quartiers de la ville. Cette nouvelle situation aurait pour origine une action menée par les hommes de Abdi Nure Siyad qui auraient délibérément attaqué le quartier général des cours islamiques, situé dans une ancienne école militaire du sud de la ville. Si lobjectif avoué de cette nouvelle alliance est de lutter contre linfluence grandissante des islamistes radicaux et par là même contre la mouvance soupçonnée dêtre liée au terrorisme international, il semble surtout que le début dordre quavait commencé à établir ces tribunaux islamiques perturbait les activités des chefs de guerre en question.
Il est important de rappeler quà la mi-janvier, déjà, des affrontements ont opposé deux factions qui se partagent le contrôle du port dEl-Man. Il sagit des partisans de Ahmed Hagi Ali Adani, proche des cours islamiques et de Bashir Ragae Shirar considéré comme un proche de Washington, que lon retrouve dailleurs dans cette nouvelle alliance créée le 18 février.
Autre chef de guerre, ou plus exactement un homme daffaires à la tête dune milice privée, Osman Ali Ato qui dirige une faction dissidente de lUSC/SNA. Il est également ministre des Travaux publics et du Logement et contrôle une petite partie du sud de Mogadiscio.
Le tableau ne serait pas complet sans évoquer Hussein Mohamed Farah Aidid, fils du défunt général Mohamed Farah Aidid qui a contribué à la chute de Syad Barré en 1991. Hussein Aidid, qui a succédé à son père à la tête de lAlliance nationale somali (SNA), alliée du Congrès somalien unifié (USC), a la particularité dêtre citoyen américain et dêtre un ancien marines de larmée américaine. Hussein Aïdid est vice-Premier ministre dans le gouvernement de transition.
Baïdoa. Avant la tenue de la première réunion du parlement de transition en territoire somalien, à Baïdoa, un accord entre les deux chefs de guerre locaux a été négocié afin de sécuriser la ville. Les deux leaders en question sont Hassan Mohamed Nur Shatigudud et Mohamed Ibrahim Habsade. À noter que le colonel Shatigudud est un ancien officier de la police secrète de Syad Barré. Il a suivi différents stages de formation en Italie, Égypte et URSS. Il est le commandant de lArmée de résistance de Rahanwein (RRA) qui contrôle les régions de Bay et Bakool. Hassan Mohamed Nur Shatigudud, ministre de lAgriculture, bénéficie du soutien implicite de lÉthiopie. Dailleurs, selon certaines sources, les miliciens de la RRA serviraient de supplétifs à Addis-Abeba dans la lutte contre les partisans de Al-Ittihad Al-Islamiya.
Kismayo. Ce port stratégique doù sont exportés les produits agricoles de la fertile vallée de la Juba a été longtemps sous le contrôle du général Mohamed Saïd Hersi Morgan. Ce beau-frère de Syad Barré et ex-commandant des bérets rouges a été chassé de Kismayo en 1999. Repliées dans la région du Gedo, les troupes du général Morgan ont tenté à plusieurs reprises, mais sans succès, de reprendre Kismayo. La ville est actuellement sous le contrôle de lAutorité de la vallée de la Juba (JVA) commandée par le colonel Barre Aden Shire Hirale, ministre de la Reconstruction et de la Réinstallation.
Jowhar. Homme daffaires de 56 ans, devenu chef de guerre par nécessité, Mohamed Omar Habeb Dheere est lhomme fort de Jowhar. Autoproclamé président de la région de Moyenne Shabelle, il a réussi à rétablir un semblant dordre dans cette ville quil voudrait voir devenir la rivale économique de Mogadiscio. Mohamed Omar Habeb Dheere est un allié du président Abdullahi Yousouf Ahmed, ainsi que du Premier ministre Ali Mohamed Gedi. AC