La violence des combats qui opposent, depuis le début mai, les partisans des tribunaux islamiques aux miliciens de lAlliance pour la restauration de la paix et contre le terrorisme, qui se disputent le contrôle de Mogadiscio, la encore démontré. Les armes continuent à affluer en Somalie, pays qui se trouve pourtant sous le coup dun embargo international décrété par lONU. Un récent rapport onusien attire lattention sur les pays et autres filières qui violent impunément les recommandations des Nations unies. Parmi les principales, on notera le marché aux armes de Bakaraaha et laide clandestine, ou non, de certains États.
Le marché aux armes de Mogadiscio
Le marché de Bakaraaha est situé à Irtogte, dans le sud de Mogadiscio. Il fournit principalement lopposition au gouvernement fédéral de transition. Ces groupes dopposition sont composés de seigneurs de guerre, dhommes daffaires, de ministres dissidents, mais aussi de fondamentalistes tels que les militants dAl-Ittihad al-Islamiya et autres milices islamiques. Une grande partie des armes proposées sur ce marché proviennent du Yémen et est acheminée à bord de dhows qui mouillent le long des côtes du Puntland. Les armes sont ensuite rassemblées à Bossaso doù elles prennent la direction de Mogadiscio, par voie terrestre. On y trouve plusieurs types darmes, allant du classique kalachnikov AK-47, à différents types de canons antiaériens.
Les États violant lembargo
Parmi les États violant lembargo sur les armes, on notera lÉrythrée qui fournit du matériel aux opposants, ainsi quà Al-Ittihad al-Islamiya, pour contrebalancer laide apportée par lÉthiopie au gouvernement fédéral de transition. Ainsi les enquêteurs de lONU ont pu déterminer que deux cargaisons darmes provenant dÉrythrée ont été acheminées fin mars, début avril, à laéroport de Baledogle, près de Mogadiscio et au port de Marka. On notera parmi ces livraisons la présence de canons anti-aériens et dun millier de bombes téléguidées.
De son côté, lÉthiopie fournit en armes le gouvernement fédéral de transition. Ainsi, à titre dexemple, fin mars, parmi les dix tonnes darmement qui ont été acheminées dÉthiopie à Jowhar, par la route, figuraient des mortiers et des grenades antichars.
Le Yémen est également fournisseur officiel du gouvernement fédéral de transition. Il paraît intéressant de noter que les Nations unies ont déclaré enquêter sur un « certain pays » soutenant lalliance de chefs de guerre de Mogadiscio, qui est soupçonné lui aussi de violer lembargo. Si lONU reste très discret sur ce fameux pays, ce nest pas le cas de certains médias qui ont eu tôt fait didentifier les États-Unis. Une version dautant plus crédible que plusieurs sources est-africaines ont récemment indiqué que Porter Goss, alors directeur de la CIA, aurait effectué une brève visite en Somalie, en février dernier. Une visite qui aurait été suivie par lenvoi dagents de renseignement américains à Mogadiscio. Leur mission aurait été de fournir des fonds à certains chefs de guerre de la capitale, en échange dinformations sur les membres dAl-Qaïda présents en Somalie. Pour le moment, rien nindique que Washington ait fourni autre chose que de largent auxdits chefs de guerre. Mais dans létat actuel des choses, il est fort probable que largent américain ait servi à acheter des armes. Washington aurait donc ainsi, au moins indirectement, contribué à la violation de lembargo.
Un motif détonnement
Au risque de paraître cynique, ce nest pas de laffluence darmes en Somalie quil faut sétonner mais de labsence dactions terroristes denvergure réalisées à laide de canons antiaérien ou autres bombes téléguidées qui semblent foisonner sur le territoire somalien. Car noublions pas que, selon la plupart des services de renseignement participant à la lutte contre le terrorisme international, de nombreux membres dAl-Qaïda et autres sympathisants, tels que les militants dAl-Ittihad al-Islamiya, sont réfugiés en Somalie, et ont donc, par le fait, accès à toutes ces armes au pouvoir hautement destructeur. AC