Le 23 avril 2006, lorsquun message attribué à Oussama ben-Laden fit référence au Soudan en appelant au djihad dans le Darfour, les spécialistes ont considéré ce changement comme laveu dun échec dAl-Qaïda en Iraq. Près de trois mois après, et bien quAbou Moussab al-Zarqaoui ait été éliminé, la situation demeure inchangée et les attentats auraient même augmenté.
Le 9 juin, cest au tour du numéro deux de la nébuleuse terroriste, Ayman al-Zawahiri, de faire référence au Soudan. Pour lui, le déploiement de casques bleus dans le Darfour viserait à diviser le Soudan. Opinion que semble partager le président soudanais, Omar Hassan al-Béchir, si on en croit une déclaration faite le 30 juin et dans laquelle il affirmait « préférer être un chef de la résistance au Darfour, plutôt que le dirigeant dun pays occupé » (Radio Vatican, le 30-06-2006).
Le 30 juin, Oussama ben-Laden, dans un message diffusé sur Internet, déclarait continuer le combat contre les États-Unis, partout dans le monde, et notamment au Soudan et en Somalie.
Le lendemain 1er juillet, le chef dAl-Qaïda récidivait en lançant un avertissement en cas de déploiement de militaires étrangers en Somalie.
Ce regain dintérêt pour le Soudan et la Somalie semble démontrer que la nébuleuse terroriste sapprête à ouvrir de nouveaux fronts, sans pour autant perdre son influence en Iraq et en Afghanistan où, malgré une vaste opération de la coalition internationale dans le sud du pays, les violences et autres attentats imputés aux Taliban et terroristes présumés, se poursuivent.
La Somalie se trouve donc plus que jamais montrée du doigt alors que le Conseil suprême islamique a récemment pris le contrôle de la capitale, Mogadiscio, et dune grande partie du sud du pays. Le 24 juin le Cheikh Hassan Dahir Aweys a été nommé à la tête de ce conseil au grand dam de Washington qui considère le leader islamique comme un membre dAl-Qaïda. Il figure dailleurs sur la liste de lONU en tant que tel (cf. ci-dessous).
Cheikh Hassan Dahir Aweys fait partie de ceux qui, début 1990, ont fondé le mouvement Al-Ittihad al-Islamiya, considéré par Washington comme lié à Al-Qaïda. Ce mouvement sest rendu responsable, en 1996, de différentes exactions en Éthiopie. Jusquà ce que les troupes dAddis-Abeba franchissent la frontière et réduisent considérablement son influence.
À lépoque où Oussama ben-Laden résidait au Soudan, Cheikh Hassan ne nie pas avoir eu des contacts avec le chef de la nébuleuse terroriste. Mais il déclare ne plus entretenir de relation avec celui-ci. Il ajoute quAl-Ittihad al-Islamiya nexiste plus et quil dirige maintenant un parti politique.
Cet ancien officier supérieur né en 1935, a commencé son prosélytisme religieux à la fin des années 1970. En 2000, dès la formation du Conseil de lunion des tribunaux islamiques somaliens, Cheikh Hassan Dahir Aweys fut nommé secrétaire général du Conseil. Après son apparition sur la liste des terroristes les plus recherchés, en novembre 2001, il disparaît de la scène publique. Il réapparaîtra en 2004, à la tête dun puissant tribunal islamique, Ifka Halanka de Malka, au sud de Mogadiscio.
Selon un rapport de lONU, en mai 2005, Cheikh Hassan Dahir Aweys se trouvait à Dhusamareeb, dans la région de Galgaduud, au centre de la Somalie, où il avait mis sur pieds un programme dentraînement militaire pour ses milices. Des armes en provenance dÉrythrée lui auraient été livrées à huit reprises, entre février et mai 2005. À la même époque, Cheikh Hassan Dahir Aweys a reçu la visite de plusieurs représentants du Front national de libération de lOgaden (ONLF), ainsi que du Front de libération oromo (OLF). Toujours selon le même rapport, fin avril, début mai, 270 miliciens du Front de libération oromo se trouvaient à Dhusamareeb. Dailleurs il est précisé que si la majeure partie des armes livrées par lÉrythrée était destinée à Cheikh Hassan Dahir Aweys, le reste est allé au Front de libération oromo.
À noter quun des adjoints dAweys nest autre que Abdullahi Ali Afrah, un des dirigeants de Al-Barakat, une société inscrite elle aussi sur la liste des entités en relation avec le terrorisme international.
Parmi les proches de Aweys figure Adan Hashi Ayro, également commandant dune milice islamique. Ayant séjourné en Afghanistan où il y aurait suivi un entraînement paramilitaire, il est considéré comme un dangereux extrémiste. Il a été notamment mis en cause dans lassassinat de cinq Occidentaux travaillant dans lhumanitaire, ainsi que de la journaliste de la BBC, Kate Peyton, abattue à Mogadiscio le 9 février 2005.
Déjà considérée comme un havre de paix pour des terroristes présumés proche dAl-Qaïda, la prise du contrôle de Mogadiscio et dune partie du sud du pays par les islamistes ne peut que renforcer les craintes de voir le pays devenir une véritable tête de pont des djihadistes sur le continent africain. Sachant que les attentats de 1998 contre les ambassades américaines de Nairobi et de Dar Es-Salam ont été organisés à partir du territoire somalien, quil en est de même pour ceux de novembre 2002 ayant visé un hôtel de Mombasa et un avion charter israélien, larrivée des islamistes au pouvoir pourrait faire craindre le pire. Le risque de déstabilisation sur le plan régional est également à prendre en compte.
À peine nommé, Cheikh Hassan Dahir Aweys mettait déjà en garde Addis-Abeba dont il accusait larmée davoir pénétré en territoire somalien. Quelques jours plus tard, il annonçait vouloir négocier certains territoires administrés par lÉthiopie, mais réclamés régulièrement par Mogadiscio (Radio Canada international, le 29-06-2006). Quand on connaît les liens quil entretient avec le Front national de libération de lOgaden et le Front de libération oromo et sachant que cest lÉrythrée qui arme, au moins en partie, tous ces groupes, on peut raisonnablement sattendre à une reprise des violences dans la région et à une probable tentative de déstabilisation de lÉthiopie. AC
Extrait de:
C. The list of individuals belonging to or associated with Al-Qaïda organisation :
101. *Name: 1: Aweys, 2: Hassan, 3: Dahir, 4: na
Title: na
Designation: na
DOB: 1935
POB: na
*Good quality a.k.a.: a) Ali, Sheikh Hassan Dahir Aweys, b) Awes, Shaykh Hassan Dahir
Low quality a.k.a.: *Nationality: Somalia
Passport no.: na
National identification no.: na
Address: na
*Listed on: 9 Nov. 2001
*Other information: na