La diplomate américaine « Jendayi Frazer, secrétaire dÉtat adjointe pour les Affaires africaines, accuse les Tribunaux islamiques somaliens dêtre contrôlés par Al-Qaïda » (Renseignor n°446, 17 décembre 2006). Cest sur de telles accusations que se serait basée lÉthiopie pour lancer une vaste opération armée sur le territoire de son voisin somalien. Cela faisait des mois que Washington accusait les Tribunaux islamiques somaliens, en passe de contrôler lensemble du territoire, dêtre liés, dune manière ou dune autre, à la nébuleuse terroriste.
Plusieurs semaines après lintervention éthiopienne on cherche encore les présumés membres dAl-Qaïda et les combattants étrangers venus en renfort. Depuis la reprise du contrôle de la quasi-totalité du territoire somalien par les forces loyalistes, fortement soutenues par larmée éthiopienne, on dénombre très peu dincidents confirmant leur présence dans ce pays.
Seuls les Américains ont indiqué avoir localisé des membres présumés de la nébuleuse terroriste, notamment dans la région de Ras Kamboni, dans le sud du pays. Un secteur qui a fait lobjet de plusieurs frappes américaines, faisant de nombreuses victimes, notamment parmi les nomades et leurs troupeaux. Cependant Washington a annoncé avoir éliminé des « terroristes présumés » et notamment Fazul Abdullah Mohamed et Abou Taha Al-Sudani. Tous deux seraient impliqués dans les attentats de 1998, contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie. Des informations qui seront bien difficiles à confirmer. Il va sans dire que ce type dopération ajoutée à lingérence éthiopienne en Somalie, ne peut quattiser les sentiments dinjustice au sein de la population précédemment acquise aux Tribunaux islamiques.
Pour le moment, force est de constater que lon est bien loin du djihad annoncé. On ne peut que sétonner de ne pas assister au même scénario quen Iraq ou encore en Afghanistan. Difficile de croire que les quelque 12 000 militaires éthiopiens déployés en Somalie, soient plus efficaces que la centaine de milliers de militaires de la coalition, présents en Iraq
Les services de renseignement américains se seraient-ils une nouvelle fois fourvoyés ? Car ce sont bien eux qui ont fourni les informations nécessaires à Addis-Abeba afin que larmée éthiopienne puisse mener au mieux ses opérations en territoire somalien. Le Premier ministre, Mélès Zénawi, la lui-même reconnu.
Le plus surprenant est donc le peu, voire labsence de résistance de ses milices islamistes prétendument surarmées et surentraînées. Dautant que le dernier rapport de lONU relatif aux violations de lembargo sur les ventes darmes à la Somalie, publié début novembre et largement repris par la presse internationale, insistait sur lenvoi aux islamistes darmes toujours plus sophistiquées. Pas moins de sept États y sont accusés davoir fourni des armes à lUnion des tribunaux islamiques (Djibouti, Égypte, Érythrée, Iran, Libye, Syrie et Arabie séoudite). La Syrie et lIran auraient livré des armes aux islamistes somaliens pour les remercier davoir envoyé plusieurs centaines de leurs combattants au sud Liban, pour aider le Hezbollah à repousser la dernière offensive israélienne. Dautre part, le rapport souligne la présence de deux ressortissants iraniens dans la région de Dhusamareeb. Téhéran aurait obtenu, en échange de la fourniture darmes, lautorisation de mener des opérations de prospection visant à vérifier la présence duranium dans le sous-sol.
Comme à laccoutumée, les spécialistes de lONU détaillent les différentes livraisons avec les dates, les moyens de transports utilisés, et notamment les indicatifs dappels des aéronefs utilisés. Ce qui laisse penser que ces renseignements proviennent dinterceptions radioélectriques, autrement dit quelles ont été fournies par un service de renseignement. Ensuite la nature des armements livrés y est consciencieusement listée. Si lon y trouve le lot habituel darmes légères, de mitrailleuses lourdes, de mines télécommandées, de canons antiaériens, de missiles sol-air portables, et de toutes sortes de munitions, figurent pour la première fois des missiles de type SA-6 dont le nom de code Otan est Gainful. Cette information répétée plusieurs fois, (page 9, page14 et page 44 du dit rapport), est pour le moins surprenante. En effet, ce type de missile sol-air basse et moyenne altitude, mis en service dans larmée soviétique à la fin des années 60, est loin dêtre un modèle portable facile à mettre en uvre. Dune longueur de 5,85 mètres son poids total est de 640 kg. De plus il doit être associé à deux radar, un chargé dassurer la détection des cibles et lautre qui a pour rôle de guider le missile jusquà son objectif. Concrètement, lensemble se présente sous la forme de trois véhicules, généralement des engins blindés chenillés. Lun servant de rampe de lancement transporte trois missiles, les deux autres emportent les deux radar (cf. illustration). Outre la formation nécessaire à sa mise en uvre, il parait évident que si un tel dispositif était présent en Somalie, il y aurait été détecté. Dune part il parait fort peu probable que cet ensemble ait pu se replier aussi rapidement que lont fait les milices islamistes, de plus si larmée éthiopienne avait mis la main sur un tel système darme, elle naurait pas manqué de le faire savoir afin de souligner le danger que représentaient les Tribunaux islamiques. En fin, les services dinterceptions américains présents dans la région, et notamment à Djibouti, nauraient eu aucune difficulté à intercepter et identifier les signaux des deux radar associés au SA-6, ce qui leur aurait permis de localiser limplantation du système darme en question. Ledit système aurait rapidement été la cible de tirs destructeurs.
À lui seul cet élément remet en cause le sérieux du rapport onusien, et par la même, donne des arguments de poids aux sept pays concernés qui nont dailleurs pas manqué de nier farouchement toute implication. De la à penser que lONU ait fait le jeu, sciemment ou non, de Washington pour qui tous les moyens sont bons pour diaboliser les régimes islamiques, il ny a quun pas que le lecteur restera libre de franchir ou pas
AC
Extrait du rapport (page 9) mentionnant le SA-6 :
The majority of arms provided to the ICU by states seven (7) and arms traders include the types that are typically used in Somalia. But, ominously, new and more sophisticated types of weapons are also coming into Somalia including man portable surface to air missiles such as the Strela-2 and 2M, also known as the SA-7a and 7b Grail, and the SA-6 Gainful Low to Medium Altitude surface to air missile. Other new types of arms include multiple rocket launchers, and second generation, infrared-guided anti-tank weapons.