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SOMALIE / GOLFE D’ADEN / PIRATERIE
Point de vue d’un expert, le commandant Emmanuel Lacour, du Centre d’enseignement supérieur de la marine à Paris

(11/04/2008, Radio Vatican)

Le Ponant, le voilier de croisière français est toujours détenu par des pirates au large de la Somalie, depuis une semaine maintenant. Les eaux somaliennes sont devenues particulièrement à risque en raison du vide politique à Mogadiscio. Ce sont ainsi des navires transportant de la nourriture pour le compte de l’ONU ou d’ONG internationales, qui ont pu être piratés au large des côtes somaliennes récemment. Pour nous en parler, le commandant Emmanuel Lacour du Centre d’enseignement supérieur de la marine à Paris :

Commandant Emmanuel Lacour : Effectivement, depuis l’année dernière, et depuis notamment l’intervention américaine en Somalie, les USA qui ont soutenu les Éthiopiens qui sont venus prendre le contrôle de Mogadiscio et de Kismayo, on a effectivement une situation que l’on connaissait dans les années 90. Donc des bandes rivales qui pour se financer, attaquent le trafic au large de la Somalie.

Radio Vatican : Alors quelles sont aujourd’hui les eaux les plus inamicales pour les navires dans le monde ?

– Il y a notamment le détroit de Malacca, mais bientôt, depuis en fait deux ans, il est étroitement surveillé par les pays riverains qui sont donc Singapour, la Malaisie et l’Indonésie. Et donc ils mettent en place des patrouilles aériennes, notamment, qui permettent de faire chuter notablement la piraterie dans le détroit de Malacca. On constate également des phénomènes de piraterie dans le golfe de Guinée et là ce sont notamment les plateformes pétrolières qui sont attaquées. Pas directement, mais parfois les navires qui se rendent à ses plateformes pétrolières sont attaqués.

– Est-ce qu’on peut dire que les pétroliers sont les navires les plus à risque, les plus convoités par les pirates, d’une manière générale ?

– Alors en fait dans les modes d’action utilisés par les pirates somaliens, il s’agit essentiellement de récupérer une rançon en ayant pris en otage l’équipage. Un pétrolier ou un porte containers, sont des navires difficiles à attaquer. L’équipage peut facilement se retrancher dans le château à l’arrière du bâtiment. Ils ont pour ça des entraînements et des normes pour se prémunir des actes de piraterie. En revanche, un bateau de tourisme, un voilier, est beaucoup plus facile à prendre. Ce genre de bâtiment qui est bas sur l’eau et qui a des vitesses de l’ordre de 10-12 nœuds, peut facilement se faire attaquer.

Qu’est-ce qui caractérise ces pirates des temps modernes ?

– Ce serait dangereux de les sous-estimer. Ce sont en général de très bons marins, notamment en Somalie. Ils sont bien organisés. Ils connaissent bien la région, bien entendu. Ils ont souvent un bâtiment base qui leur permet de se ravitailler et donc d’attendre leurs proies et de ce fait ils peuvent intervenir à facilement 200 à 300 kilomètres de la côte, en se mettant effectivement au milieu de rails de navigation principaux.

Mais d’une certaine manière, ils détournent les navires, ils les attirent dans les eaux somaliennes ? Comment est-ce qu’ils agissent exactement, dans le cas de la Somalie, en particulier ?

– Il suffit de monter à bord et dès lors qu’ils se sont emparés du bâtiment en prenant par exemple le commandant du bateau en otage et puis donc en s’emparant de la passerelle, ils détournent le bateau vers leur base principale. Et dès lors que le bâtiment est au mouillage, ils ont donc leur soutien à terre et là ils peuvent facilement commencer à demander une rançon et à mettre en place les négociations pour en tirer le meilleur profit.

Comment lutter contre ce fléau ?

– Pour lutter contre ce fléau nous avons mis en place, nous français, le contrôle naval volontaire en décembre 2001, pour contrôler mieux la zone et surtout pour connaître la position et les intentions de mouvement de tous les bâtiments qui battent pavillon français. Ce qui permet normalement d’anticiper leurs mouvements et puis donc éventuellement de les accompagner de manière à éviter qu’ils se fassent prendre. Sur le plan international, il y a une force navale, des frégates principalement, de patrouille maritime autour de la péninsule d’Arabie et qui est là en permanence pour lutter contre le terrorisme maritime, la piraterie et éventuellement les trafiquants.

Il y a des sociétés privées qui offrent leurs services ?

– Tout à fait. Alors cela va être de plus en plus le cas. Un certain nombre de sociétés privées se proposent de prendre en charge, notamment, cette plage d’accompagnement et d’escorte pour dissuader les pirates d’une tentative d’assaut d’un bâtiment civil.

ISABEL INTELLIGENCE
http://www.isabel-intelligence.org

(*) La transcription de certains mots entre guillements suivis d'un astérisque entre parenthèses peut s'avérer fautive.

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