Décidément, on aura tout vu, tout entendu au Royaume de Djibouti. En effet, comme elle en a le secret, lADI, Agence djiboutienne dinformation [http://www.adi.dj, cf. dépêche du 26 août 2001, extraits en encadré ci-dessous] vient de nous annoncer avec une étonnante fierté le programme du Pam (Programme alimentaire mondial) ainsi libellé « Vivres contre travail ».
Cela ressemble à sy méprendre au programme des Nations-Unies « Pétrole contre nourriture », mis en place pour venir en aide à la population irakienne décimée par lembargo inique et injustifié , non pas Onusien mais Étasunien.
Mais, au fait, le Pam ne fait-il pas partie de la nébuleuse des Nations-Unies ?
En fin de compte, tout sexplique ! Les pratiques et la philosophie de cette noble institution sont les mêmes un peu partout dans le monde, à lexception près quil existe quand même deux poids et deux mesures, selon quon est ou pas en odeur de sainteté auprès du grand gendarme interplanétaire (États-Unis), et selon que lon habite au Nord ou au Sud de notre planète.
Revenons à Djibouti, la malmenée.
Ce programme aurait été mis en place pour venir en aide à la population djiboutienne de la capitale et des districts de lintérieur. On pourrait légitimement estimer que ce programme est à caractère strictement humanitaire ; quil nexiste que pour pallier le déficit alimentaire frappant la population djiboutienne ; quil vise à contribuer à lamélioration de létat sanitaire et mental des populations fragilisées par cette disette ; quil nexige aucune contrepartie de la part dune population déjà terriblement frappée par le sort
Bref, que ce projet est HUMANITAIRE, et, daprès la représentante du Pam parlant du même programme, que « ce serait une façon de joindre lutile à lagréable ».
Il sagit en fait dune drôle de conception de lutile et surtout de lagréable, quand on sait dans quelles conditions sanitaire (poussière, eau stagnante infestée dorganismes pathogènes, pas de masque et encore moins de gants, etc.), climatique et déquipement cette expédition punitive pourrait être menée.
Détrompez-vous, il nen est rien. Les populations démunies de Djibouti ville, victimes de la malnutrition, souffrant de la faim et se trouvant forcément dans un état de faiblesse physique, seront obligées pour avoir droit à cette aide alimentaire du Pam , de fournir un travail qui serait dintérêt général.
À ma connaissance, le seul TIG (travail dintérêt général) que je connaisse est celui prévu par le code pénal et infligé au primo délinquants et aux auteurs dinfractions légères. Le législateur ayant mis en place ce TIG comme un mode de substitution aux peines classiques (emprisonnement, amendes, etc.) : aucune infraction même la plus insignifiante ne devant rester sans une réponse judiciaire. Habituellement, ces peines (les TIG) sont administrées par exemple à certains jeunes des banlieues. Ceux qui auraient saccagé ou tagué les murs de leurs écoles sont condamnés à les repeindre et à les nettoyer pendant leurs vacances scolaires.
En dautres termes, lADI aurait donc pu intituler sa dépêche de la sorte : « DAFFREUX DÉLINQUANTS DE LA FAIM ONT ÉTÉ CONDAMNÉS À DES TRAVAUX DINTÉRÊT GÉNÉRAL PAR LE PAM (ORGANISME DES NATIONS-UNIES) ».
Ainsi, ces forçats de la faim vont devoir prendre leurs balais et leurs pelles pour nettoyer les rues de la ville, pour pouvoir prétendre à laide alimentaire du Pam. Ils devront pallier lincurie et lincompétence des services de voirie du district de Djibouti. En raison des carences du régime djiboutien, et avec sa complicité, le Pam vient de remettre au goût du jour le principe des goulags (camp de travail soviétique) et du STO (service du travail obligatoire, mis en place par loccupant nazi lors de la seconde guerre mondiale avec la collaboration des autorités locales) des temps modernes.
En somme un goulag ou un STO version soft.
Cest peut-être exagéré de parler de goulag ou de STO, mais on nen est pas loin. Ces forçats de la faim devront payer pour la faute quils ont commise
La faute davoir faim.
Le Pam et le gouvernement djiboutien viennent de découvrir, sans sen rendre compte, le remède miracle contre la faim, et ce, grâce au Travail dintérêt général.
En suivant la logique des promoteurs (Pam et gouvernement djiboutien) de cette idée lumineuse : « Ces crèves la faim ne devraient plus récidiver dans lavenir ». Car un TIG a forcément un pouvoir rédempteur contre cet affreux pêcher quest la faim. Dorénavant, celui qui a faim sera puni par le travail !
Cette règle ayant le mérite dêtre simple et, finalement, très pratique pour les services de la voirie du district de Djibouti.
Nous espérons que M. Khadar, responsable des services de voirie de Djibouti, nous expliquera comment il compte occuper les hommes et les machines de son département, pendant que leur travail sera effectué par les "misérables" de Djibouti-Ville ?
Nous souhaitons que le Pam, par la voix de son représentant, Mme Fatima Samoura, nous fournisse quelques explications concernant cette méthode "révolutionnaire" pour lutter contre la faim, et que son organisme en fasse surtout profiter les autres pays souffrant de problèmes de malnutrition.
Quant aux autorités locales, nous ne leur demandons aucune explication. Leur inconsistance et leur incompétence plaident pour elles et les dispensent de toute explication. Par analogie, nous considérons quelles se trouvent dans le cas de figure de lincapable majeur (cette personne mise dans lincapacité de pourvoir seule à ses intérêts, par suite dune altération de ses facultés personnelles, et pour qui, habituellement, la loi prévoit un système de protection pour protéger la société et pour la protéger elle-même).
Cette affaire traitée sur le ton de la dérision est loin dêtre risible.
Elle est dabord triste et ensuite blessante pour tous les Djiboutiens. Elle témoigne de létat de misère et de confusion qui règne à Djibouti, et du peu dégard réservé aux populations défavorisées de notre pays.
Les principes et les valeurs communément admis nont plus court, ils sont confondus, voire
même volontairement amalgamés ; les priorités sont inversées, les responsables amnistiés, les indigents et les nécessiteux méprisés, ignorés, etc.
Bref, la médiocrité lemporte sur lexcellence et lignorance et la cupidité sur la raison.
Un sursaut de la société civile devient urgent pour sauver le peu de chose qui nous reste : à savoir notre dignité dhomme, notre fierté et surtout nos générations futures. F