Certainement que lAmérique a été touchée dans sa chair, certainement que des milliers de vie ont basculé dans lhorreur lors de cette journée inoubliable. Mais je pense surtout que lAmérique a été touché dans sa fierté, dans son amour-propre et peut être dans sa "virilité". Ces dernières blessures pourraient être les plus dévastatrices pour la suite des événements. Souvent, elles suscitent des réactions violentes, passionnées et surtout imprévisibles.
Il aurait été indélicat et peut être mal compris par certains danalyser à chaud les tenants et les aboutissants de cet événement Il y a eu le temps du recueillement et du deuil pour toutes les familles des victimes innocentes. Certaines dentre elles auront peut-être beaucoup de mal à faire ce deuil nécessaire en raison dune absence de corps à pleurer et à enterrer.
Des choses ont été dites, écrites et montrés à longueur de journées dans la lucarne de notre écran de télévision. Il y avait des choses vraies, des images pétrifiantes de douleurs, des drames à léchelle individuelle qui bouleversent les plus coriaces dentre nous, etc.
Quant aux réactions, les uns étaient émus, les autres complètement abasourdis, mais certains ont tenu des propos mal venus, équivoques et quelque peu accusatoires pour toute une partie de lHumanité. Et là, je pense aux responsables politiques américains et au premier dentre eux, le Président des États-Unis, M. Bush.
Il ne fait aucun doute que les auteurs de ces attentats se sont délibérément rangés dans le camp du mal. Mais ce nest pas pour autant que les États-Unis se trouveraient légitiment propulser dans le rôle du gardien du temple du "bien" et de la "vertu". Cest pourtant ce qui nous a été répété à longueur de discours par loccupant de la Maisons Blanche. Pour renchérir, il a catalogué le monde en deux clans : Le monde civilisé et a contrario le monde non civilisé. Monsieur Bush, jai envie de vous dire que les choses ne sont pas si simples quils nous paraissent. Le monde nest pas manichéen. Il nest pas noir ou blanc. Il ny a pas que deux couleurs. Il y a place à la nuance, aux couleurs vives, et aux couleurs pastel.
De la part dun leader de votre rang, Président de la première puissance militaire et économique, on aurait pu sattendre à une réaction plus retenue et plus nuancée, sachant faire la part des choses, et surtout à la hauteur du rôle dont lHistoire vous a investi.
M. Bush, vous avez promis de « ramener ben Laden à la justice ou damener la justice à ben Laden ». On ne pourrait pas vous le reprocher. Cest légitime et aucune force ne pourrait entraver ce processus. Cest le droit. Cest surtout larme des nations démocratiques et des « pays civilisés » dont vous prétendez être le porte-drapeau.
Si telle est votre réaction et votre réplique à lattentat du 11 septembre 2001, les peuples et les nations vous soutiennent et je ne doute pas un instant que vous ne puissiez pas avoir lappui de la terre entière, toutes religions confondues. Ce ne sera que justice.
Par contre, je ne souhaite pas que lhistoire se répète. Je ne souhaite pas voir dautres victimes innocentes en loccurrence Afghanes payer pour le crime commis sur dautres victimes innocentes, même si elles sont ressortissantes de la première puissance militaire.
Je ne souhaite pas revoir un remake de la guerre du Golfe où de milliers de victimes irakiennes le cas des enfants est le plus dramatique ont dû subir des bombardements aveugles et des frappes qualifiés de « chirurgicales ».
Je ne souhaite pas que des victimes, cette fois-ci Afghanes, payent le prix de la folie dun régime odieux et pour le crime abject dun mégalomane.
Je ne souhaite pas que les « dégâts collatéraux » viennent endeuiller à nouveau une population déjà durement malmenée par le régime des talibans. Cest une population qui a été totalement oubliée par la terre entière et surtout par les États-Unis. Noublions pas que ces « fous de la barbe et du turban » ont été entraînés, armés et soutenus par les États-Unis votre pays via le Pakistan.
Au lieu de réparer votre erreur vis-à-vis du peuple Afghan en soutenant lopposition du commandant Massoud, ignoré par lEurope et les États-Unis, vous vous apprêtez aujourdhui à déverser vos tonnes de bombes en violation du droit international et au mépris des règles essentielles dHumanité.
Monsieur Bush, ne contribuez pas à creuser un fossé entre les peuples, ne rajoutez de nouvelles rancurs à celles qui perdurent encore, ne donnez pas dautres faux prétextes aux intégristes et terroristes de la terre et de grâce ne répondez à la boucherie du 11 septembre par une autre busherie estampillée « monde civilisée ». Elle nen demeurera pas moins criminelle et injuste si elle frappe dautres victimes innocentes.
Je pense sincèrement que les victimes innocentes du 11 septembre 2001 ne devraient pas être mortes pour rien. Nous devons nous saisir de cet instant, qui restera gravé à jamais dans la mémoire des peuples, pour réfléchir à une nouvelle façon de gérer les crises et les affaires du monde.
Il nous faut adopter une nouvelle grille pour lire et comprendre les crises en matière de relations internationales. Il ne faut plus se contenter des antagonismes et des réflexes hérités de la seconde guerre mondiale et de la confrontation Est-Ouest.
Vous nous avez montré que vous avez les moyens de peser sur les événements du monde. En quelques heures, vous avez mobilisé une armada quaucune autre nation nest en mesure de faire dans ce laps de temps. Vos avions, vos sous-marins, vos portes avions, vos satellites ont déjà pris position pour "donner une leçon" que vous qualifiez de mémorable aux ennemis des États-Unis.
De grâce, mobilisez tous ces moyens, comme vous savez si bien le faire, pour aider à résoudre la grave crise au Moyen Orient, en Afrique ou dans dautres parties du monde et ne commettez pas lirréparable avec les populations civiles dAfghanistan. Elles sont aussi innocentes que celles qui occupaient les deux tours du World Trade Center. F