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La discussion est parfois vive dans le mabraze…

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Le mabraze est la pièce dédiée à la cérémonie du khat, un lieu d’échanges et de convivialité, l'endroit le plus accueillant de la maison. (*)

Tout naturellement on y refait le monde ou on parle de la famille, des amis, du pays.

Un polémiste se livre pour nous à ce difficile exercice démocratico-critico-familial. En toute liberté, évidemment.


Espace de libre expression, cette rubrique est publiée sous la responsabilité de l'auteur.
Le contenu du texte n'engage pas la rédaction des nouvelles.org


(*) Le khat (ou qat en arabie du sud, tchat en Éthiopie) est un alcaloïde dont on mâche les feuilles. Il procure une légère sensation d’euphorie, coupe la faim et la fatigue. Dangereux pour les dents et le système nerveux, il crée une dépendance psychologique.
Chronique du mabraze

Au Moyen-Orient, même l’athée a une religion

L’obsession humaine de rendre « l’Autre » dominable passe par « le religieux ». La preuve par le Moyen-Orient.


PIERRE DINTINO

Qu’est-ce qui a poussé les Juifs à choisir un territoire pauvre, situé dans un milieu hostile alors qu’ils auraient pu opter pour des régions peu peuplées d’Afrique ou d’Amérique du sud, où la judéïsation de la population n’aurait pas posé de gros problèmes ? Pourquoi les Arabes ont-ils choisi de maintenir les Palestiniens dans des camps, contrairement aux Allemands qui ont permis l’intégration de leurs concitoyens chassés de l’Europe de l’est après la défaite de l’Allemagne nazie ?
Ces questions devraient nous permettre d’appréhender la nature de la crise que vit actuellement le Moyen-Orient, à savoir le religieux.


L’absence de sentiment national

L’idée de nation en tant que communauté politique qui aurait dépassé les clivages ethniques, religieux et identitaire est absente de la vision du politique au Moyen-Orient. En fait plutôt que de parler de nation au sens propre, on devrait plutôt parler d’entité pré-nationale dans le contexte moyen-oriental, dans la mesure où l’identité ne peut être que religieuse ou, dans une certaine mesure, ethnique (Turquie, Irak). Conséquence de ce constat, la plupart des conflits séparatistes, souvent larvés, qui bouleversent la région sont le plus souvent religieux. Chaque fois qu’un homme s’empare du pouvoir, il prendra soin de donner les postes-clés à ses coreligionnaires. Ainsi il ne serait pas impertinent de parler de pouvoir alaouite en Syrie. En Irak où la majorité est chiite, les États-Unis craignent que ces derniers ne s’emparent du pouvoir à la faveur des élections, d’où ces atermoiements pour renverser Saddam Hussein qui est aux yeux de Washington un moindre mal, face à la perspective ! d’une capture du pouvoir par les Chiites pro-iraniens. L’afghanité, se définit comme le rejet de la domination du Chiite iranien et des païens britanniques, russes et maintenant américains. Récemment les taliban ont tenté un génocide contre les hazaras chiites. En Iran, où toutes les populations revendiquent sans exception leur iranité, il n’y a pas de « problème kurde » proprement dit, mais « un problème sunnite ». Ce qui fait que les minorités se trouvent reléguées au rang de métèques et manifestent des tendances centrifuges. Ceci pour dire que le catholique Senghor ne serait jamais devenu président si le Sénégal avait été un pays moyen-oriental. Idem pour les musulmans Bakili Muluzi, Omar Bongo et Ratsirak qui président aux destinées des nations chrétiennes.


L’impossible solution pour Jérusalem

Pour les chrétiens, qui ont déclenché tout de même des croisades et poursuivi une politique de déjudaïsation de la Terre Sainte, la Qibla est la Jérusalem céleste, cité loin des visées géopolitiques des uns et des autres. La question se pose autrement pour les musulmans et les Juifs. Pour les deux groupes, la présence d’un infidèle dans leurs lieux saints est sacrilège. Or le Mont du Temple ou l’Esplanade des mosquées est un lieu saint par excellence. Pour les musulmans la présence de l’impur Sharon, dans un lieu saint musulman relevait du sacrilège (il est interdit d’ériger une église ou une synagogue à Jérusalem, ou Al-Ghods n’est-elle pas la première qibla des musulmans ?) N’est-ce pas sur le Mont du Temple que le Prophète a entrepris son Oroudj, son voyage céleste. La domination des lieux saints n’exprime-t-elle pas par ailleurs la supériorité de l’Islam par rapport au judaïsme et au christianisme ? De même pour les Juifs, il y a ce sentiment que les lieux saints de leurs pères ont été investis par les chrétiens-goï et les musulmans. Ainsi la présence des musulmans sur l’endroit le plus sacré de la planète est-elle vécue difficilement. La Ville de David, leur roi, leur est contestée. Voila qui est intolérable. La possibilité de reconstruire le Temple se trouve hypothéquée parce que des mosquées ont été érigées à la place du Temple d’Herode.

Au Moyen-Orient, même l’athée a une religion. L’athée Ben Gourion en avait une ; idem pour Arafat qui n’est pas très croyant. Le Juif et l’Arabe moyen-oriental n’ont pas de grandes différences de phénotype d’autant qu’ils sont frères. Pour le cas de la Terre Sainte on ne peut parler de sentiment raciste vis-à-vis de l’autre, mais d’une aversion pour celui qui est né dans une autre tradition. Les violations perpétrées par les tanzim d’Arafat contre les Nazaréens de Bethléem auraient pu créer une crise majeure si les leaders chrétiens ne craignaient d’être accusés de faire le jeu des "Yahud".


Aucune solution viable en vue

Les croyants juifs n’admettront jamais une rétrocession de la partie est de Jérusalem. De même, il sera difficile d’admettre pour les musulmans moyen-orientaux une domination juive ou chrétienne d’Al-Ghods, car le Calife Omar a mis en exergue le fait que la ville « appartient désormais aux musulmans ». On est dans un cercle vicieux où la foi ou la religion viendra toujours contester les accords.


Domination de l’Autre

Si les Palestiniens réclament un droit de retour pour les réfugiés, c’est pour reprendre à terme le contrôle de l’État juif. La politique d’immigration d’Israël vise, de même, à éviter que les Juifs ne soient dominés dans l’avenir. Cette obsession de rendre l’Autre dominable ne limite pas au contexte judéo-palestinien, dans la mesure où tous les États moyen-orientaux ont une politique visant à l’expatriation ou la liquidation de leurs minorités. Les nombreux génocides qui ont marqué l’histoire des deux derniers siècles au Moyen-Orient sont éloquents.


Pour un dialogue entre les religions

Faire parler les textes sacrés peut, contrairement à ce que l’on peut penser, ouvrir des perspectives de solutionnement, dans la mesure où l’on aura à appréhender la crise dans son essence. Ceci étant, il faut penser sérieusement à la promotion simultanée des droits de l’homme et de la démocratie. Cette phase peut être critique dans la mesure où les pays en transition ont une propension particulière pour les conflits.

Il convient également d’aborder le conflit arabo-israélien en tant qu’une des expressions de la guerre religieuse larvée que connaît la région. – PD

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