Quest-ce qui a poussé les Juifs à choisir un territoire pauvre, situé dans un milieu hostile alors quils auraient pu opter pour des régions peu peuplées dAfrique ou dAmérique du sud, où la judéïsation de la population naurait pas posé de gros problèmes ? Pourquoi les Arabes ont-ils choisi de maintenir les Palestiniens dans des camps, contrairement aux Allemands qui ont permis lintégration de leurs concitoyens chassés de lEurope de lest après la défaite de lAllemagne nazie ?
Ces questions devraient nous permettre dappréhender la nature de la crise que vit actuellement le Moyen-Orient, à savoir le religieux.
Labsence de sentiment national
Lidée de nation en tant que communauté politique qui aurait dépassé les clivages ethniques, religieux et identitaire est absente de la vision du politique au Moyen-Orient. En fait plutôt que de parler de nation au sens propre, on devrait plutôt parler dentité pré-nationale dans le contexte moyen-oriental, dans la mesure où lidentité ne peut être que religieuse ou, dans une certaine mesure, ethnique (Turquie, Irak). Conséquence de ce constat, la plupart des conflits séparatistes, souvent larvés, qui bouleversent la région sont le plus souvent religieux. Chaque fois quun homme sempare du pouvoir, il prendra soin de donner les postes-clés à ses coreligionnaires. Ainsi il ne serait pas impertinent de parler de pouvoir alaouite en Syrie. En Irak où la majorité est chiite, les États-Unis craignent que ces derniers ne semparent du pouvoir à la faveur des élections, doù ces atermoiements pour renverser Saddam Hussein qui est aux yeux de Washington un moindre mal, face à la perspective ! dune capture du pouvoir par les Chiites pro-iraniens. Lafghanité, se définit comme le rejet de la domination du Chiite iranien et des païens britanniques, russes et maintenant américains. Récemment les taliban ont tenté un génocide contre les hazaras chiites. En Iran, où toutes les populations revendiquent sans exception leur iranité, il ny a pas de « problème kurde » proprement dit, mais « un problème sunnite ». Ce qui fait que les minorités se trouvent reléguées au rang de métèques et manifestent des tendances centrifuges. Ceci pour dire que le catholique Senghor ne serait jamais devenu président si le Sénégal avait été un pays moyen-oriental. Idem pour les musulmans Bakili Muluzi, Omar Bongo et Ratsirak qui président aux destinées des nations chrétiennes.
Limpossible solution pour Jérusalem
Pour les chrétiens, qui ont déclenché tout de même des croisades et poursuivi une politique de déjudaïsation de la Terre Sainte, la Qibla est la Jérusalem céleste, cité loin des visées géopolitiques des uns et des autres. La question se pose autrement pour les musulmans et les Juifs. Pour les deux groupes, la présence dun infidèle dans leurs lieux saints est sacrilège. Or le Mont du Temple ou lEsplanade des mosquées est un lieu saint par excellence. Pour les musulmans la présence de limpur Sharon, dans un lieu saint musulman relevait du sacrilège (il est interdit dériger une église ou une synagogue à Jérusalem, ou Al-Ghods nest-elle pas la première qibla des musulmans ?) Nest-ce pas sur le Mont du Temple que le Prophète a entrepris son Oroudj, son voyage céleste. La domination des lieux saints nexprime-t-elle pas par ailleurs la supériorité de lIslam par rapport au judaïsme et au christianisme ? De même pour les Juifs, il y a ce sentiment que les lieux saints de leurs pères ont été investis par les chrétiens-goï et les musulmans. Ainsi la présence des musulmans sur lendroit le plus sacré de la planète est-elle vécue difficilement. La Ville de David, leur roi, leur est contestée. Voila qui est intolérable. La possibilité de reconstruire le Temple se trouve hypothéquée parce que des mosquées ont été érigées à la place du Temple dHerode.
Au Moyen-Orient, même lathée a une religion. Lathée Ben Gourion en avait une ; idem pour Arafat qui nest pas très croyant. Le Juif et lArabe moyen-oriental nont pas de grandes différences de phénotype dautant quils sont frères. Pour le cas de la Terre Sainte on ne peut parler de sentiment raciste vis-à-vis de lautre, mais dune aversion pour celui qui est né dans une autre tradition. Les violations perpétrées par les tanzim dArafat contre les Nazaréens de Bethléem auraient pu créer une crise majeure si les leaders chrétiens ne craignaient dêtre accusés de faire le jeu des "Yahud".
Aucune solution viable en vue
Les croyants juifs nadmettront jamais une rétrocession de la partie est de Jérusalem. De même, il sera difficile dadmettre pour les musulmans moyen-orientaux une domination juive ou chrétienne dAl-Ghods, car le Calife Omar a mis en exergue le fait que la ville « appartient désormais aux musulmans ». On est dans un cercle vicieux où la foi ou la religion viendra toujours contester les accords.
Domination de lAutre
Si les Palestiniens réclament un droit de retour pour les réfugiés, cest pour reprendre à terme le contrôle de lÉtat juif. La politique dimmigration dIsraël vise, de même, à éviter que les Juifs ne soient dominés dans lavenir. Cette obsession de rendre lAutre dominable ne limite pas au contexte judéo-palestinien, dans la mesure où tous les États moyen-orientaux ont une politique visant à lexpatriation ou la liquidation de leurs minorités. Les nombreux génocides qui ont marqué lhistoire des deux derniers siècles au Moyen-Orient sont éloquents.
Pour un dialogue entre les religions
Faire parler les textes sacrés peut, contrairement à ce que lon peut penser, ouvrir des perspectives de solutionnement, dans la mesure où lon aura à appréhender la crise dans son essence. Ceci étant, il faut penser sérieusement à la promotion simultanée des droits de lhomme et de la démocratie. Cette phase peut être critique dans la mesure où les pays en transition ont une propension particulière pour les conflits.
Il convient également daborder le conflit arabo-israélien en tant quune des expressions de la guerre religieuse larvée que connaît la région. PD