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La discussion est parfois vive dans le mabraze…

Lire toutes les Chroniques du mabraze

Le mabraze est la pièce dédiée à la cérémonie du khat, un lieu d’échanges et de convivialité, l'endroit le plus accueillant de la maison. (*)

Tout naturellement on y refait le monde ou on parle de la famille, des amis, du pays.

Un polémiste se livre pour nous à ce difficile exercice démocratico-critico-familial. En toute liberté, évidemment.


Espace de libre expression, cette rubrique est publiée sous la responsabilité de l'auteur.
Le contenu du texte n'engage pas la rédaction des nouvelles.org


(*) Le khat (ou qat en arabie du sud, tchat en Éthiopie) est un alcaloïde dont on mâche les feuilles. Il procure une légère sensation d’euphorie, coupe la faim et la fatigue. Dangereux pour les dents et le système nerveux, il crée une dépendance psychologique.
Chronique du mabraze. Une réaction polémique autour de la réponse du Premier ministre djiboutien aux demandes de M. Dini

« On apprend parfois beaucoup en captivité… Et "la servante" libérée saura se souvenir pour son propre usage des ruses et des duretés de sa maîtresse. »

Mohamed Qayaad est un polémiste né, au sens dix-neuvièmiste. Ses portraits et critiques ont tout du "cassage de gueule", un peu comme Bloy, qui se prend un Marseillais sur son apparence, et nous livre quelques pages de grande littérature rien qu'à s'énerver (dans « Propos d'un entrepreneur de démolitions », je crois).
La révélation du contenu de la
réponse de M. Dileïta à M. Dini, suite à la lettre que ce dernier avait adressée au président de la République de Djibouti, a suscité un tollé et l'indignation presque générale dans la communauté djiboutienne. S'inscrivant dans ce contexte, Qayaad nous a adressé un texte (violent) qui (à sa façon) pourrait bien traduire l'impression générale de mécontentement. Veuillez attacher vos ceintures, nous allons pénétrer dans une zone de turbulences… – AL


MOHAMED QAYAAD

« On ne naît pas vertueux, mais on le devient. » [Aristote]

13/07/02. – Quand prendrez-vous conscience, que la période de la pensée unique est révolue ?... un jour (peut-être ?).

Son droit de réponse à M. Dini me paraît à la fois rebutant, fantaisiste et gratuit.
L'erreur commence à partir du moment où, à sa sensation (ou à ses pulsions), M. le Premier des ministres s'adjoint son jugement.
J'ai l'impression qu'il a plus d'indulgence pour la crédulité que pour son antidote et en morale pour le pharisaïsme que pour la sincérité. Il est évident que ne croyant pas au jugement, il croyait encore moins à la transmission du jugement et au débat contradictoire avec autrui.

Sa morale ne peut être que celle du rejet et du mépris, étant donné la conception qu'il se fait du sensible et de la matière sensible comme mal radical. Dileïta a pour son adversaire, en l'occurrence M. Ahmed Dini, "ce fantôme en acte, ce véritable mensonge, ce réel non-être", les accents haineux et la répulsion désincarnée d'un saint.
Cet opportuniste (Premier des ministres) incorpore d'anciennes formes de pensée aux nouvelles, il caresse inlassablement un rêve de retour à l'indistinction primitive, où le mythe et la pensée se confond, où imaginer et connaître sont une seule et même chose, où mentir est plaire à son "roi bouffi", et où aucun type d'explication n'exclut radicalement son contraire.

On revient sous une forme hypocrite à cette indistinction quand on évite de s'étonner de ce qu'un Dileïta, tenu au respect d'un dogme, démontre, comme par hasard, exactement ce qu'il croyait déjà avant toute démonstration. Son écrit pompeux marque l'apparition de sa lutte contre sa culpabilité morbide, l'apparition d'une tentative pour s'arracher à l'univers de sa faute imaginaire, pour le placer au niveau d'un amour de soi irraisonnable et le plonger dans l'oscillation torturante entre les deux pôles complémentaires de l'autodestruction et de la mégalomanie.
Pire, sans recourir aucunement au subterfuge d'un fatalisme consolant, son remors pathologique d'origine délirante et son refus de soi ne l'engagent pas dans la voie libératrice.

Cela aboutit au cynisme ; signifie seulement qu'il doit définir et analyser ses erreurs par rapport à son être réel et aux faits réels, non par rapport à ses prétentions ou à des idéaux fantasmagoriques, fruits orgueilleux de la société où nous grandissons. Ce Premier des ministres ne sait pas jouer à merveille sur le terrain choisi : passant brusquement de la non-argumentation (la plus méthodique) à un brutal élan affectif ; sautant de l'illogique à la religion, de la laideur à l'immoralité.
Il nous conduit ainsi, par paliers insensibles, d'un peu de badinage pédérastique le long des palestres attiques, sous prétexte d'excuser son double aspect de souffrance et de mal moral, jusqu'à la plus terrorisante constitution totalitaire et obscurantiste qu'ait jamais lue l'internaute djiboutien. Il vante, contre le goût de ses concitoyens pour les discussions, "le laconisme", c'est-à-dire l'imbécillité silencieuse ou le borborygme prétentieux.

Son droit de réponse évoque l’idée de fraude, de falsification, d’adultération, et aussi de lourdeur pédante et rhétorique. Il étale même partout, avec une impassibilité d’autant plus cruelle que l’ignorance constitue, chez lui (Premier des ministres) qui la possède, un obstacle à peu près infranchissable et définitif à la perception de la réalité et à toute pensée présentant quelque intérêt.
En langage moderne, cela pourrait se traduire par : un produit de l’imagination élaboré à l’aide de raisonnements faux. Pauvre ploutocrate, qui répond au nom d’une vacuité intellectuelle et d’inculture chronique.

À tel point que je ne suis pas étonné de voir ton acharnement que t’as mis à flétrir cette licence, à accabler cette mollesse, à se barricader contre cette insensibilité, à réfuter cette paresse, à argumenter contre ces points de vue superficiels.
Chez lui, je ne peux m’empêcher de soupçonner une jalousie un peu mortifiée à l’égard d’un homme chez qui, il sent une aventure de sensibilité, une ampleur de parcours de la vie et une rapidité de compréhension dont l’image est peut-être trop large pour tenir sur ses écrans.

Ce sont là des illusions du dogmatisme, inapte à saisir la spécificité de sa pensée, et pour qui la rapidité de la construction est toujours préférable à sa solidité. Ce qui ne peut se faire de façon convaincante sans, bien entendu, quelques remarques exactes. Il faudrait en effet poser la question : quel est le véritable sceptique ? celui qui ajoute foi aux conceptions les plus hasardeuses, ou celui qui se refuse aux engouements faciles au nom d’une recherche plus exigeante de la vérité ?

Aussi bien, serais-je mal venu à me moquer du Premier des ministres disant cela, car il répondrait, sur ce point comme sur tous les autres, qu’il le dit parce que c’est comme cela que les choses se passent. Or, que se passe-t-il ? Il est guidé par l’intérêt, l’avidité, l’égoïsme et la vanité. Il est cruel, obsédé par le besoin de se venger, de mentir en voulant plaire à son dictateur sanguinaire.
Il est passionné, aveuglé par le désir de se faire remarquer, le besoin de se faire découvrir en refusant de soumettre au jugement moral des faits qui ne relèvent plus de lui, mais de ses préjugés, de ses fantasmes, de ses croyances suivant son monde imaginaire. Son horreur de la vérité est absolue, comme l’est sa définition de l’immoralité, son principe qu’elle doit être cultivée pour elle-même et non pour les avantages ou la considération qu’elle nous vaudrait.

Mais pour que cet homme de bas niveau réussisse, son discours "malhonnête" doit être servi par un style, qui doit être non un habillage mais le mirage de ce que serait sa pensée si elle pouvait-être vraie. Son laconisme est donc de sa nature biologique puisque, pour lui, la caractéristique de sa réalité biologique est précisément la destruction de son adversaire ou la corruption – « L’amour et la haine sont des affections, non de l’intelligence […] la possède. » [Montaigne]
Mais ce résultat n’a pas été obtenu sans mal. La nature du Premier des ministres apparaît comme "le dehors", indifférente, il devient incapable d’adopter, à son égard, une attitude agressive, interventionniste et manipulatrice. Elle offre un mélange inextricable de faux jugements de valeur, de constatations et d’extrapolations. Elle est imprégnée d’éléments affectifs inconscients qui tournent, non autour de l’image maternelle mais de l’agressivité et de la vulgarité.

Poussé (Premier des ministres) sur la pente inexorable de l’homophonie, le sens de "professeur de l’immoralité, de la duplicité, de la traîtrise, etc.", quoique dévoyé, est en fait justifié. Son ignorance s’apparente à la résignation et à l’orgueilleux volontarisme du sage stoïcien.
Ce fanatique marieur de fantôme, cet ivrogne notoire produit un écrit où il met en scène les représentants de son "fantasia cataleptique", en train de se livrer une bouffonne bataille de mots – une logomachie –, avec une luxueuse pénurie d’arguments, voire une impossibilité de connaître.
Là réside probablement la cause principale de son ignorance, de sa recherche obstinée de sa retraite : l’horreur d’être contredit, l’horreur même des contacts et la conviction que s’y opposer ne pourrait rien lui apporter. Ce monstre froid et calculateur qui se fie qu’à sa folie, ne cherche pas à éteindre ses passions pour s’élever au dessus du monde, loin des hommes, débarrassé de la nécessité des choix et de l’action.

Mais on apprend parfois beaucoup en captivité, et la servante libérée saura se souvenir pour son propre usage des ruses et des duretés de sa maîtresse. Son intolérance affichée, son impatience, sa vulgarité à son contradicteur vise, en fait, un but précis et un seul : exposer ses inepties, ses conneries, en toute circonstance, à tout le monde, quoi qu'il arrive.

L'internaute djiboutien est surpris de voir par exemple son intolérance se traduire par des fausses couleurs dont il veut couvrir sa mauvaise cause et l'ordure de sa pestillante ambition.
Quand prendra-t-il conscience qu'il y a crise ?
Pourquoi se projette-t'il dans un monde virtuel d'une société somnambule ravagée par des problèmes réels : misère, analphabétisme, tant de destins massacrés à seule fin d'édifier un régime dictatorial et oppresseur, fondé soit sur la dictature politique soit sur la dictature du capital.
Allons-nous longtemps accepter d'être dupes, naïfs, et de tenir pour seuls ennemis ceux que le régime mafieux nous désigne : des adversaires fictifs ?

Demeurons-nous aveugles au péril en cours ? Plutôt que de tenter, peut-être en vain, quelque mode de sauvetage.
Quelle honte alors, quelle déception de voir le Premier des ministres enfreindre les règles de savoir vivre.
Je le plains, car il dénie tout droit au respect.

Ce qui rend insensé sa réplique, c'est le décalage qui s'instaure entre la réalité djiboutienne (crise économique, sociale et politique) et lui (à se moquer complètement de la paupérisation de la société djiboutienne… car ce langage qu'il tient sur le réel est faux et il vit dans l'illusion), lorsqu'il n'est plus en adéquation avec la nature, sa description de Djibouti est pour ainsi dire irrationnelle, car il n'est plus en phase avec la Raison qui guide tout et toutes choses.

Et pour conclure mon cher Premier des ministres, êtes-vous moins que les Grecs et les Romains, pour prétendre ne plus avoir à apprendre à débattre, à argumenter, à connaître les limites du respect de l'autre dans ce domaine ?
N'est-ce pas dans l'apprentissage de l'échange de la parole que nous apprenons à être citoyen ? – MQ

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