Lappât du gain et les détournements pour quelques-uns
La misère pour la majorité des autres Djiboutiens.
Comment expliquer ce djiboutien à double visage ?
Il était souriant, ne manquait de rien, ne se souciait que de ce quil allait manger, de ce quil allait porter et le voici maintenant transformé.
Il se pose des questions, ne sachant plus sil va manger chez lui ou chez le voisin, s'il a ses affaires scolaires ou pas, sil va dormir sous le ciel ou à lintérieur de son habitation, si son salaire a été versé à la fin du mois. Et les pannes délectricité qui le préoccupent comme bien dautres choses
Il prend conscience des dures réalités. Tout devient injustice. Comment se fait-il que chacun ait cette double vision successive de la vie ? La-t-il choisie ou la lui à t-on imposée ?
Pourquoi nous jeunes parents ne nous sommes pas posés cette question plutôt, et pourquoi cest à notre enfant de subir de plein fouet la situation actuelle qui compromet gravement son avenir ? Pourquoi cette prise de conscience subite des difficultés ?
Vaste sujet de réflexion.
Nos parents étaient nomades, puis ils sont venus se sédentariser en ville, car la vie était dure. La sécheresse, le maigre bétail décimé par les épidémies ou le manque de pâturage, labsence deau
Ils ont compris quil leur fallait vivre pour nous donner un meilleur avenir.
Puis nous sommes arrivées. À notre tour nous avons grandi, et nous navons nul besoin de nous intégrer car nos parents sétaient sédentarisés.
Et aujourdhui on nous impose que ce soit notre enfant qui sintègre à ce monde.
Mais sintégrer à quoi ? À cette misère quil observe chaque jour et qui lui fait se poser sans cesse les mêmes questions : Aurais-je des fournitures scolaires, mes cartables mes vêtements ? Que ferais-je après mon bac ? Aurais-je une bourse ou pas ? Trouverais-je du travail dans mon pays ou devrais-je mexiler ?
Nous, jeunes parents, nous avons fait des études et, si lon suit la logique de lévolution, nous devrions être arrivés à un point tel que nos enfants devraient bénéficier des bienfaits du progrès, avoir une meilleure aisance de vie que nous navions.
Linimaginable arrive : deux générations après nous ne parvenons même pas à nourrir convenablement nos enfants, alors que lavancée devrait être considérable parce-que nous pensions que nos parents avaient fait le plus gros trajet.
Ils avaient acquis la liberté en obtenant lindépendance du pays et commencé la construction de la République de Djibouti.
Alors ne faudrait-il pas que chaque Djiboutien se remette aujourdhui en question sans même parler de politique ? Il y va de la vie et du futur de nos enfants. Prenons quelques minutes de notre temps et observons comment vivent nos enfants. Cest de notre responsabilité que de préparer leur avenir. Ils ont été mis au monde non pas pour souffrir mais pour vivre.
Alors que nos anciens sappuyaient sur des valeurs saines de solidarité de famille, tribal et ethnique, certains dentre-nous les ont remplacées par lappât exclusif du gain : « Argent Avoir toujours plus !!! »
En imposant leurs propres lois, ceux qui se sont approprié le pouvoir ont balayé toute idée de progrès et de bien-être pour les autres. Sans oser lavouer, ils partent du principe que plus grande sera la misère du peuple moins il y aura de revendications, car le peuple sera plus préoccupé à trouver de quoi survivre quà manifester dans les rues contre pouvoir.
Mauvais calcul. Lorsque le peuple na plus rien et qu'il sue, qu'on ne peut plus rien lui prendre, cest à cet instant qu'avec sa jeunesse il sexprime et peut mettre le « feu aux poudres ». Lorsque le peuple a le ventre plein, il réclame ; lorsqueil a le ventre vide, il exige et se révolte et rien ne peut larrêter. (Comme c'est le cas en Côte divoire ?)
Quelle éducation « ces nouveaux riches » transmettent-ils à leurs enfants ? Celle du profit exclusif et du dédain pour la pauvreté, pour la misère de nos enfants.
On voit poindre chez nos propres enfants une révolte que nous navions pas, une haine en réponse au dédain dune richesse quils croisent chaque jour. Nos enfants mûrissent bien plus vite que nous ne lavons fait. Très tôt ils se posent des questions que nous ne nous sommes pas posés : léquité et la justice social, le droit à une vie décente.
Ils souffrent bien plus quils nosent nous le dire en regardant le maigre repas dans leurs assiettes, les vêtements usés que lon ne peut changer faute dargent, le médecin et les médicaments que lon ne peut payer, le vieux poste de télévision qui ne fonctionne plus depuis longtemps et que lon ne peut faire réparer faute dargent
Toujours ce manque dargent alors que le coût de la vie ne cesse daugmenter.
Dun côté cette jeunesse très minoritaire qui grandit sans souci et peut accéder aux grandes universités européennes ; et de lautre limmense majorité des jeunes qui prend très tôt conscience des injustices, de toutes les injustices.
Ils ont des exigences que nous navions pas à leurs âge. Nous étions chloroformés par les mots mensongers par les promesses qui nous étaient faites , respectueux des lois et de la légalité du pouvoir de laprès indépendance. Nos enfants sont lucides et ont une haine que nous ignorions ; la haine des injustices : ils sont frondeurs et révoltés, ils nont plus de respect pour les institutions car ils les savent trompeuses.
Quel héritage le pouvoir en place va laisser à la jeunesse du pays ? Comment expliquer à un jeune qu'il ne peut avoir le nécessaire pour survivre ? Dites-nous comment un père et une mère peuvent laisser endurer à leur enfant ce quils nont pas enduré eux-mêmes ? Faudrait-il se contenter de ce drapeau qui nous est cher et quon ne veut aucun cas toucher ou salir ? Oui mais ce drapeau il faudrait que notre enfant en soit fier. Je ne pense pas que ce soit la solution de se taire et de se contenter du peux quon octroie à chacun, et de supporter la misère dans laquelle on nous confine en nous disant : « Cela ira mieux demain ! »
Ces pères, humiliés parce quils ne peuvent répondre à leurs femmes sur le manque dargent, doivent-ils se laisser mourir à petit feu ou se battre pour leurs enfants et leurs familles ou sexiler ?
Quant à toi Ismaël Omar Guelleh, dans ton palais présidentiel construit à coups des dizaines de millions
Toi qui par le passé était un simple inspecteur de la police, ne peux-tu pas comprendre la misère que subissent sans cesse des innocents. Tu devrais te poser un moment la question, de savoir de quoi vivent les gens que tu prétends gouverner. Où sont les braves ? Ou est notre dignité ? Lorsque tu demandes à chacun de supporter les effets de tes erreurs et des malversations ? Quelles solutions proposes-tu pour mettre un terme aux retards considérables de versement de salaires ? Que fais-tu pour le pays dont tu as fêté avec faste le XXVème anniversaires de son indépendance ?
Alors qu'on sait bien que depuis ces vingt-cinq ans notre pays vit au seuil de la pauvreté, ton séjour récent à Paris fut un échec, puisque les responsables de l'aide étrangère ont bien compris que les dons ne vont aux plus démunis. OAK