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La discussion est parfois vive dans le mabraze…

Lire toutes les Chroniques du mabraze

Le mabraze est la pièce dédiée à la cérémonie du khat, un lieu d’échanges et de convivialité, l'endroit le plus accueillant de la maison. (*)

Tout naturellement on y refait le monde ou on parle de la famille, des amis, du pays.

Un polémiste se livre pour nous à ce difficile exercice démocratico-critico-familial. En toute liberté, évidemment.


Espace de libre expression, cette rubrique est publiée sous la responsabilité de l'auteur.
Le contenu du texte n'engage pas la rédaction des nouvelles.org


(*) Le khat (ou qat en arabie du sud, tchat en Éthiopie) est un alcaloïde dont on mâche les feuilles. Il procure une légère sensation d’euphorie, coupe la faim et la fatigue. Dangereux pour les dents et le système nerveux, il crée une dépendance psychologique.
Chronique du mabraze. Paupérisation à Djibouti

La victime du régime ismaëlien

« Au pays des braves, quel héritage laisserons-nous à notre enfant ? », se demande Osman Ahmed Kahin, ancien journaliste au bi-hebdomadaire djiboutien "La Nation" (gouvernemental). Dans l'article très sensible qu'il a transmis aux "Nouvelles d'Addis", notre collègue pose la question de la paupérisation constante des Djiboutiens depuis l'indépendance. Et, à l'inverse, il constate que pour quelques-uns la vie est de plus en plus prospère. – AL


OSMAN AHMED KAHIN

L’appât du gain et les détournements pour quelques-uns… La misère pour la majorité des autres Djiboutiens.

Comment expliquer ce djiboutien à double visage ?
Il était souriant, ne manquait de rien, ne se souciait que de ce qu’il allait manger, de ce qu’il allait porter et le voici maintenant transformé.
Il se pose des questions, ne sachant plus s’il va manger chez lui ou chez le voisin, s'il a ses affaires scolaires ou pas, s’il va dormir sous le ciel ou à l’intérieur de son habitation, si son salaire a été versé à la fin du mois. Et les pannes d’électricité qui le préoccupent comme bien d’autres choses…
Il prend conscience des dures réalités. Tout devient injustice. Comment se fait-il que chacun ait cette double vision successive de la vie ? L’a-t-il choisie ou la lui à t-on imposée ?
Pourquoi nous jeunes parents ne nous sommes pas posés cette question plutôt, et pourquoi c’est à notre enfant de subir de plein fouet la situation actuelle qui compromet gravement son avenir ? Pourquoi cette prise de conscience subite des difficultés ?
Vaste sujet de réflexion.

Nos parents étaient nomades, puis ils sont venus se sédentariser en ville, car la vie était dure. La sécheresse, le maigre bétail décimé par les épidémies ou le manque de pâturage, l’absence d’eau… Ils ont compris qu’il leur fallait vivre pour nous donner un meilleur avenir.

Puis nous sommes arrivées. À notre tour nous avons grandi, et nous n’avons nul besoin de nous intégrer car nos parents s’étaient sédentarisés.
Et aujourd’hui on nous impose que ce soit notre enfant qui s’intègre à ce monde.
Mais s’intégrer à quoi ? À cette misère qu’il observe chaque jour et qui lui fait se poser sans cesse les mêmes questions : Aurais-je des fournitures scolaires, mes cartables mes vêtements ? Que ferais-je après mon bac ? Aurais-je une bourse ou pas ? Trouverais-je du travail dans mon pays ou devrais-je m’exiler ?
Nous, jeunes parents, nous avons fait des études et, si l’on suit la logique de l’évolution, nous devrions être arrivés à un point tel que nos enfants devraient bénéficier des bienfaits du progrès, avoir une meilleure aisance de vie que nous n’avions.

L’inimaginable arrive : deux générations après nous ne parvenons même pas à nourrir convenablement nos enfants, alors que l’avancée devrait être considérable parce-que nous pensions que nos parents avaient fait le plus gros trajet.
Ils avaient acquis la liberté en obtenant l’indépendance du pays et commencé la construction de la République de Djibouti.
Alors ne faudrait-il pas que chaque Djiboutien se remette aujourd’hui en question sans même parler de politique ? Il y va de la vie et du futur de nos enfants. Prenons quelques minutes de notre temps et observons comment vivent nos enfants. C’est de notre responsabilité que de préparer leur avenir. Ils ont été mis au monde non pas pour souffrir mais pour vivre.

Alors que nos anciens s’appuyaient sur des valeurs saines de solidarité de famille, tribal et ethnique, certains d’entre-nous les ont remplacées par l’appât exclusif du gain : « Argent – Avoir toujours plus !!! »
En imposant leurs propres lois, ceux qui se sont approprié le pouvoir ont balayé toute idée de progrès et de bien-être pour les autres. Sans oser l’avouer, ils partent du principe que plus grande sera la misère du peuple moins il y aura de revendications, car le peuple sera plus préoccupé à trouver de quoi survivre qu’à manifester dans les rues contre pouvoir.
Mauvais calcul. Lorsque le peuple n’a plus rien et qu'il sue, qu'on ne peut plus rien lui prendre, c’est à cet instant qu'avec sa jeunesse il s’exprime et peut mettre le « feu aux poudres ». Lorsque le peuple a le ventre plein, il réclame ; lorsque’il a le ventre vide, il exige et se révolte et rien ne peut l’arrêter. (Comme c'est le cas en Côte d’ivoire ?)
Quelle éducation « ces nouveaux riches » transmettent-ils à leurs enfants ? Celle du profit exclusif et du dédain pour la pauvreté, pour la misère de nos enfants.
On voit poindre chez nos propres enfants une révolte que nous n’avions pas, une haine en réponse au dédain d’une richesse qu’ils croisent chaque jour. Nos enfants mûrissent bien plus vite que nous ne l’avons fait. Très tôt ils se posent des questions que nous ne nous sommes pas posés : l’équité et la justice social, le droit à une vie décente.
Ils souffrent bien plus qu’ils n’osent nous le dire en regardant le maigre repas dans leurs assiettes, les vêtements usés que l’on ne peut changer faute d’argent, le médecin et les médicaments que l’on ne peut payer, le vieux poste de télévision qui ne fonctionne plus depuis longtemps et que l’on ne peut faire réparer faute d’argent… Toujours ce manque d’argent alors que le coût de la vie ne cesse d’augmenter.

D’un côté cette jeunesse très minoritaire qui grandit sans souci et peut accéder aux grandes universités européennes ; et de l’autre l’immense majorité des jeunes qui prend très tôt conscience des injustices, de toutes les injustices.
Ils ont des exigences que nous n’avions pas à leurs âge. Nous étions chloroformés par les mots mensongers – par les promesses qui nous étaient faites –, respectueux des lois et de la légalité du pouvoir de l’après indépendance. Nos enfants sont lucides et ont une haine que nous ignorions ; la haine des injustices : ils sont frondeurs et révoltés, ils n’ont plus de respect pour les institutions car ils les savent trompeuses.
Quel héritage le pouvoir en place va laisser à la jeunesse du pays ? Comment expliquer à un jeune qu'il ne peut avoir le nécessaire pour survivre ? Dites-nous comment un père et une mère peuvent laisser endurer à leur enfant ce qu’ils n’ont pas enduré eux-mêmes ? Faudrait-il se contenter de ce drapeau qui nous est cher et qu’on ne veut aucun cas toucher ou salir ? Oui mais ce drapeau il faudrait que notre enfant en soit fier. Je ne pense pas que ce soit la solution de se taire et de se contenter du peux qu’on octroie à chacun, et de supporter la misère dans laquelle on nous confine en nous disant : « Cela ira mieux demain ! »
Ces pères, humiliés parce qu’ils ne peuvent répondre à leurs femmes sur le manque d’argent, doivent-ils se laisser mourir à petit feu ou se battre pour leurs enfants et leurs familles ou s’exiler ?

Quant à toi Ismaël Omar Guelleh, dans ton palais présidentiel construit à coups des dizaines de millions… Toi qui par le passé était un simple inspecteur de la police, ne peux-tu pas comprendre la misère que subissent sans cesse des innocents. Tu devrais te poser un moment la question, de savoir de quoi vivent les gens que tu prétends gouverner. Où sont les braves ? Ou est notre dignité ? Lorsque tu demandes à chacun de supporter les effets de tes erreurs et des malversations ? Quelles solutions proposes-tu pour mettre un terme aux retards considérables de versement de salaires ? Que fais-tu pour le pays dont tu as fêté avec faste le XXVème anniversaires de son indépendance ?
Alors qu'on sait bien que depuis ces vingt-cinq ans notre pays vit au seuil de la pauvreté, ton séjour récent à Paris fut un échec, puisque les responsables de l'aide étrangère ont bien compris que les dons ne vont aux plus démunis. – OAK

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