Une indifférence qui tue
Le temps qui passe n'arrange pas trop le cours de notre destin national. Notre pays continue avec persévérance et assiduité cette lente descente aux enfers. J'ai même l'impression que c'est la seule tâche à laquelle nos gouvernants s'attèlent avec constance et non sans une certaine dextérité. Devrions-nous les en féliciter ? C'est ce qu'ils s'apprêtent à nous demander puisqu'ils ont le culot de solliciter notre suffrage.
Bien entendu, cette entreprise n'a pu réussir que grâce à notre légendaire passivité. Certains esprits malins ont su très vite tirer avantage de cet état de fait et ont ainsi transformé notre plus grande faiblesse en une force au service de leurs desseins les plus abjects.
Quant à nos vieux maux (tribalisme, fatalisme, clientélisme, "Khatisme" : "philosophie" et "art de vivre" très répandus à Djibouti ), j'ai le sentiment qu'ils se muent en une sorte de maladie chronique qui nous ronge jusqu'à la moelle. Chacun d'entre-nous se comportant tel un malade arrivé au stade terminal, refusant de se soigner et attendant stoïquement que cette "mort providentielle" vienne abréger ses souffrances.
J'ai une révélation à vous faire. Cette mort libératrice ne viendra pas. Cette souffrance perdurera et s'aggravera au fils des jours. Elle nous poursuivra. Elle poursuivra nos enfants et nos arrières petits enfants et peut être les générations suivantes. Ce triste sort est le lot commun de tous les pleutres, les frileux et les irresponsables qui préfèrent noyer leur impuissance pour certains dans l'alcool et pour beaucoup d'entre-nous dans le khat et ce de peur d'affronter cette honteuse et triste réalité qu'est la notre.
Oui une sinistre réalité d'un pays fantôme, d'un pays sans âme et forcément sans avenir tant que chacun d'entre-nous refuse de payer le prix. Nous préférons une mort lente mais certaine pour tout le monde que de faire face à nos responsabilités de citoyens, d'hommes libres et dignes. Notre indifférence à notre propre sort et l'indifférence des autres à notre égard nous mènent tout droit vers le chaos.
Nous préférons les arrangements, les plaisirs faciles et les jouissances de courte durée aux choix ambitieux et audacieux porteurs d'espérance, de vie et de dignité pour toute la Nation. Nous baignons dans une culture de la soumission et de la compromission au nom de petits intérêts matériels ou alors au nom de "l'intérêt suprême de la tribu".
Le pays est en lambeaux. Il est la proie de prédateurs sans foi et sans loi. Ils volent, usurpent, falsifient, rackettent et bradent le patrimoine nationale (port, aéroport, usines
). Ils violent nos libertés fondamentales reconnues par des textes nationaux et internationaux (arrestations arbitraires, procès politiques, régime de violence et de terreur). Ils hypothèquent l'avenir des générations futures (économie en faillite, santé publique et éducation nationale en déliquescence avancée). Ils souillent notre patrimoine naturel (enfouissement de déchets chimiques et radioactifs
). Et j'en passe, tellement la liste des forfaitures et crimes en tout genre est longue.
Le plus surprenant est que nous sommes là, sans oser dire stop ou même lever la tête pour les regarder droit dans les yeux et leur dire tout le mal qu'ils ont pu nous faire ; leur dire tout le mal que nous pensons d'eux, leur vomir notre colère et les traîner dans cette boue qu'ils affectionnent tant !
Notre colère est tellement grande et puissante qu'elle serait en mesure de briser des montagnes et encore plus de balayer ce ramassis de parasites, de rebus du genre humain, ces fils du Docteur Frankenstein.
Quel que soit la méthode utilisée pour se débarrasser de cette peste, elle sera légitime et reconnue en tant que tel par toute la communauté internationale. La résistance est légitime et la protection de l'avenir de nos enfants est une obligation pour tout bon père de famille.
La situation est limpide. Le mal porte un nom et a un visage. Il s'agit dès lors de le désigner. De lui monter la voie de sortie. Et s'il s'agrippent bec et ongle, il faudra les aider à partir et les aider à trouver la voie de la rédemption. Cette rédemption, ils ne la trouveront qu'en passant préalablement par le tamis de la justice. Ils ne pourront trouver tranquillité et paix que lorsqu'ils auront rendu à César ce qui lui appartient et lorsqu'ils se seront délestés des biens indûment acquis.
Ne prenez surtout pas modèles sur nos opposants d'opérette. Je parle bien entendu de Aden Robleh, de Moumin Bahdon, de Guedi Hared et consorts
Au lieu de faire front commun dans un grand parti de l'opposition pour faire face à la machine du RPP, chacun à préféré faire bande à part pour affaiblir le petit copain et mieux négocier avec l'Ogre.
Il es vrai que les bougres traversent une longue période de disette. Ils ont tellement faim que les quelques miettes, jetées au sol par l'Ogre, suffisent pour assouvir leur incommensurable appétit pour les belles berlines, villas, chauffeurs et autres gadgets du pouvoirs. Dans leur petite cervelle ils doivent penser « qu'Il n'y a pas mieux qu'un petit poste de député ou de ministre pour se refaire une nouvelle santé financière ». Après tout, ils savent faire aussi bien que l'Ogre. Ils ont une certaine expérience en la matière!
Le culot et la cupidité de notre personnel politique a atteint un tel niveau de bassesse que Moumin Bahdon et consorts ne se déclarent plus aujourd'hui comme des opposants au RPP mais des alliés, avec qui ils comptent sceller une alliance, qui après tout n'a rien de contre nature. C'est une alliance entre un dictateur moribond et une flopée d'anciens apparatchiks sur le déclin. Aujourd'hui, tous ces chameaux égarés ont rejoint le bercail du Grand Chamelier ("Guelleh" en langue Somali).
Personnellement, je ne suis nullement déçu par de tels agissements car cette volte-face, je l'avais annoncée il y a déjà belle lurette. Ma peine et ma compassion vont à l'endroit du peuple djiboutien qui a hérité d 'un président indigne de lui et, pour finir, d'une opposition et d'une classe politique dont les convictions et la moralité sont irrévocablement douteuses.
J'ai cette profonde conviction que la solution à tous nos problèmes est entre les mains des seuls Djiboutiens. C'est à nous de nous réveiller, d'ouvrir très grand nos yeux, de retrousser nos manches pour extirper à jamais ces métastases maffieuses. Si rien n'est fait très rapidement, ces cellules cancéreuses vont finir par entamer à jamais le peu de dignité et de liberté qui nous restent.
Quant à ma deuxième mise en garde, elle concerne cette énième mascarade électorale organisée par un régime incapable de comprendre les vertus d'une démocratie et forcément incapable de d'appliquer. C'est comme si l'on demandait à un néophyte intégrale en musique de jouer une partition et en plus avec un Stradivarius. Je vous laisse imaginer le spectacle !
Quant à la communauté internationale, elle doit assumer sa part de responsabilité et ne plus accepter de soutenir un régime véreux et en décomposition plus qu'avancée. La France, pays ami et allié, est directement visée. Pour parodier le titre d'un film, je dirai « la France, cet ami qui nous veut du bien » doit vraiment s'efforcer d'uvrer dans ce sens. Malheureusement l'histoire et toute l'actualité récente prouvent le contraire. Dans cette région de l'Afrique, elle a toujours pris des options politiquement, moralement et historiquement condamnables.
Que chacun prenne ses responsabilités : le citoyen en revendiquant pleinement ses droits à vivre dignement, les opposants à s'opposer réellement sans aucune compromission, la communauté internationale en se rangeant non pas selon leurs intérêts du moment, mais dans le sens des aspirations et des revendications légitimes du peuple souverain.
Je jette ces quelques mots comme une bouteille à la mer dans l'espoir que cette supplique puisse trouver échos auprès de quelques êtres sensés.
À force de trop espérer ou de ne plus espérer du tout, on finit par rencontrer la mort ! C'est ce qui est entrain de nous arriver. On compte trop sur la providence ou le hasard pour retrouver le chemin de la guérison. Et pour finir, nous risquons tous un jour de comparaître devant le tribunal de l'Histoire pour « crime d'indifférence ». F