Les nouvelles d'Addis   Magazine – Grandeporte – Négoce
Abonnement en ligne aux Nouvelles d'Addis
I
Dernières nouvelles
I
Lecture thématique
I
Choix de la rédaction
I
Rechercher dans le site
Mot(s) exact(s)
Résultats par page
P
o
i
n
t
s
d
e v u e e t h u m e u r s
La discussion est parfois vive dans le mabraze…

Lire toutes les Chroniques du mabraze

Le mabraze est la pièce dédiée à la cérémonie du khat, un lieu d’échanges et de convivialité, l'endroit le plus accueillant de la maison. (*)

Tout naturellement on y refait le monde ou on parle de la famille, des amis, du pays.

Un polémiste se livre pour nous à ce difficile exercice démocratico-critico-familial. En toute liberté, évidemment.


Espace de libre expression, cette rubrique est publiée sous la responsabilité de l'auteur.
Le contenu du texte n'engage pas la rédaction des nouvelles.org


(*) Le khat (ou qat en arabie du sud, tchat en Éthiopie) est un alcaloïde dont on mâche les feuilles. Il procure une légère sensation d’euphorie, coupe la faim et la fatigue. Dangereux pour les dents et le système nerveux, il crée une dépendance psychologique.
Chronique du mabraze / Présence américaine / Présence française / Apport au pays / Articles des journalistes

« Payer la dictature en place directement à défaut de payer l’épicier du coin »

Ni l'Amérique ni la France ne font ce qu'elles font à Djibouti « par pur humanisme », nous assure Ahmed Ibrahim, qui polémique avec un article de Philippe Leymarie paru dans le Monde diplomatique, et qui fustige au passage l'ensemble des « journalistes français qui écrivent ou rapportent sur l’Afrique », coupables selon lui « d’un cynisme débordant ».


AHMED IBRAHIM

5 avril 2003. – En lisant l’article de Philipe Leymarie du journal le Monde diplomatique de février 2003 (1), je n’ai pas résisté à m’interroger sur cette attitude persistante, devant vents et marées, d’un journal connu par ses articles et ses grands journalistes qui ont une vision dogmatique des problèmes de notre monde.

Je ne suis pas sûr d'être le seul à ressentir un arrière-goût de gène à la lecture de ces articles dans la presse française qui, dès qu’il s’agit de l’Afrique, ont tous un dénominateur commun qui, pour le moins qu’on puisse dire, versent dans le complexe d’Œdipe. Bien sur, il s’agit des titres accrocheurs comme « …entre super puissance et super pauvreté… » Mais aussi des expressions, à première vue anodines mais néanmoins révélatrices, comme « …du petit État… ».

L’habitude aidant, je ne suis pas offusqué outre mesure. Toutefois, ce qui me laisse perplexe est la quantité d’informations contenues précisément dans cet article que, par euphémisme, je qualifierais d’inexactes. À prime abord, je concorde avec l’auteur que d’après mes informations, la description qu’il fait des Américains est véridique. Ils ne sont pas à Djibouti pour les beaux yeux de ses habitants. Ainsi, lorsqu’ils auront atteint leurs objectifs, ils plieront armes et bagages laissant les Français comme les Djiboutiens à leur routine d'après septembre 2001. Par contre, là où le bât blesse, c’est quand l’auteur se donne une large latitude en peignant un tableau trop idyllique pour être vrai quant au rôle et au comportement de l’armée française à Djibouti et dans la région. Dans cet article, l’auteur donne l’impression que les Américains viennent bousculer les habitudes des lieux, qui consistaient à une population djiboutienne et une armée française vivant harmonieusement ensemble. Toujours d’après l’auteur, les Américains, cantonnés et cloisonnés, ne sont sur place que pour s’attaquer à leurs ennemis et sauvegarder leurs objectifs à long et court terme. À cette enseigne, la part de vérité s’arrête aux Américains.

Incontestablement, les Djiboutiens reconnaîtront indéniablement que l’armée française à Djibouti fait des fois des activités louables et bénéfiques pour les populations locales. Je pourrais citer, entre autres, les campagnes de vaccination, les secours d’urgence, les donts de matériel et, enfin, pour avoir évité que Djibouti ne tombe dans les spirales de guerres régionales et/ou civiles. Nonobstant cette irréfutable contribution, il serait outrageusement naïf et même dégradant de croire qu’ils font tout cela par pur humanisme. La France est là, dans cette région, pour des intérêts qui sont aussi divers qu’ils lui sont propres. Pour ce qui est du comportement de l’armée française, il est un secret de polychinelle de dire qu’ils se comportent avec les Djiboutiens et leur État avec un certain mépris qui, malgré les efforts conciliateurs officiels, se traduit par les faits et gestes de la vie de tous les jours.

Généralement parlant, la présence de l’armée française n’est pas un avantage pour Djibouti mais plutôt un inconvénient. Etant donnée la pauvreté extrême de Djibouti, et le moyen financier colossal que possèdent les Français, parler de deux parties égales qui se respectent est un peu comme parler d’une guerre entre l’Irak et les États-Unis. La comparaison n’existe pas et l’expression est vide. En fait, les Français dictent aux Djiboutiens ce qu’ils veulent et qui naturellement est dans l’intérêt des Français. En retour, le pouvoir en place à Djibouti s’exécute et encaisse. Contrairement À l’affirmation de l’auteur de l’article du Monde Diplomatique, la plus rude décision de l’armée française à Djibouti fut des le premier jour après la déclaration de l’indépendance, la cessation de son intégration à la société djiboutienne. Cette intégration, qui jusqu'à là avait si bien fonctionné, permettait l’existence de centaines de petites activités économiques, qui très souvent bénéficiaient à la population locale. Ils louaient des maisons, consommaient à l’épicerie du coin, payaient pour des services et produits qui contribuaient directement à l’élévation du niveau de vie des Djiboutiens moyens. Au contraire, ils se sont repliés sur eux-mêmes ; ils ont commencé à construire une petite France à la base aérienne qu’ils avaient à Amboulie et, pour aggraver la situation, ont décidé de payer la dictature en place directement à défaut de payer l’épicier du coin. Ils ont leurs propres hôpitaux où les seuls Djiboutiens qui y accèdent sont les riches et les membres de l’oligarchie locale, mis à part quelques cas de relations publiques extrêmement rares. L’éducation n’est pas en reste, où les Djiboutien voient dans leur pays un système d’apartheid au modèle de l’Afrique du Sud, où les riches, les véreux du pouvoir et l’armée française s’associent dans des écoles et collèges exclusifs, tandis que la majorité des enfants djiboutiens sont destinés à l’échec scolaire dans des établissements qui n’ont d’institutions que le nom.

Pour éviter d’être mal compris, je voudrais assurer le lecteur que je ne fais pas le procès de l’armée française à Djibouti et en Afrique. Comme tous les humains, ils essayent de tirer le meilleur de leur moyen et n’ont eu rien d’autre que le sentiment normal d’un humain : bon ou mauvais. Toutefois, le blâme revient à nos dirigeants et dans une certaine mesure à nous car chaque peuple a les dirigeants qu’il mérite. Par contre, mon indulgence n’est pas pour les journalistes français qui écrivent ou rapportent sur l’Afrique. Á l’instar du fameux Jean Hélène de RFI, ils font preuve d’un cynisme débordant dans leurs articles et reportages. En quoi sont-ils différents de ceux de CNN ou du New York Times dans leur biais vis-à-vis de leur pays ? Où est la part des choses entre les sentiments nationaux et patriotes et la déontologie journalistique ? En définitive c’est dommage, car dans une époque où l’estime et le respect que nous avons pour la France est au plus haut niveau, suite à sa tenue courageuse devant les États-Unis, ses journalistes franchement s’entêtent à faire passer des analyses d’un autre âge et, reconnaissons-le, maladroites et erronées. – AI


(1) « Dans l'engrenage de la guerre, Djibouti entre superpuissance et superpauvreté », Philippe Leymarie, le Monde diplomatique, février 2003, p. 21.

I
Sommaire
I
Liens
I
Recherche
I
Liste de diffusion
I
Boutique
I
Espace partenaires
I
S'abonner aux Nouvelles d'Addis
I
Qui nous sommes
I
Nous écrire
I

© Les nouvelles d'Addis (LNA) 1997-2006.http://www.lesnouvelles.org, version 3.4
Les nouvelles d'Addis, le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique
Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté
Reproduction de contenus interdite sauf autorisation écrite