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La discussion est parfois vive dans le mabraze…

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Le mabraze est la pièce dédiée à la cérémonie du khat, un lieu d’échanges et de convivialité, l'endroit le plus accueillant de la maison. (*)

Tout naturellement on y refait le monde ou on parle de la famille, des amis, du pays.

Un polémiste se livre pour nous à ce difficile exercice démocratico-critico-familial. En toute liberté, évidemment.


Espace de libre expression, cette rubrique est publiée sous la responsabilité de l'auteur.
Le contenu du texte n'engage pas la rédaction des nouvelles.org


(*) Le khat (ou qat en arabie du sud, tchat en Éthiopie) est un alcaloïde dont on mâche les feuilles. Il procure une légère sensation d’euphorie, coupe la faim et la fatigue. Dangereux pour les dents et le système nerveux, il crée une dépendance psychologique.
Chronique du mabraze / Lettre ouverte

« Monsieur le Président, voilà pourquoi il était inopportun de fêter ce 26ème anniversaire de notre indépendance "dans l’allégresse"… »

Une contribution très critique de Ahmed Ibrahim, à l’occasion de l’annonce des résultats des épreuves du bac et de leur coïncidence avec la célébration du 27 Juin, fête nationale djiboutienne.


AHMED IBRAHIM

Monsieur le président de la République de Djibouti,

Vous venez de célébrer avec pompe et fanfare le 26ème anniversaire de l’accession à l’indépendance de notre pays. Malgré tous le respect qu’inspire votre fonction, vous me décevez encore une fois, non sans surprise. Malgré mon effort persistant, je ne suis pas arrivé à trouver les raisons de cette célébration.

Sans voir malice et conspiration, ou simplement l’élan caché, trouble fête et patriote d’un fonctionnaire, le glas de votre échec le plus cuisant a été sonné par vos propres organes d’information le jour-même ou vous vous plaisiez à dire ceci à l’occasion de votre célébration : « […] La réforme de l'éducation qui, en dépit des contraintes liées à sa mise en œuvre, commence déjà à produire les résultats escomptés […] ». Escomptés dites-vous ? Êtes-vous cynique ou feigniez-vous l’ignorance ou, le cas le plus plausible, faites-vous preuve d’indifférence. En effet, votre discours est d’autant plus offensant pour la majorité des Djiboutiens que l’ADI (1) et le journal la Nation (2) ont rapporté un taux d'échec de 80 % à l’examen du baccalauréat national. Je ne sais pas dans votre république, mais dans n’importe quelle autre république, digne de ce nom, un résultat pareil aurait été un cataclysme national, ouvrant débat, démissions et sanctions avec à la clef un remède de cheval visant à ce qu’une catastrophe pareille ne se reproduise. Monsieur le Président, votre enthousiasme semble être inversement proportionnel au degré d'échec enregistré et aux records négatifs que bat notre pays, depuis que votre famille (vous et votre oncle) en tenez les rênes.

Monsieur le Président, suite à ce camouflet que votre propre presse vous a infligé, le peuple djiboutien n’a pas le goût à la célébration. Ainsi, ce sont 80 % de l’avenir de notre pays qui s’en vont par la fenêtre. Ce sont nos futurs ingénieurs, médecins, technocrates, administrateurs, littéraires, professeurs, maîtres d’école, bref, 80 % des cerveaux nationaux qui passent par la chasse d’eau et, au lieu de perdre le sommeil, vous vous habillez en tenue d’apparat et venez vous faire congratuler par les courtisans du régime, mal équipés intellectuellement pour appréhender la catastrophe nationale que nous venons de subir avec les 80 % d'échec enregistrés au baccalauréat national. De plus, vous surenchérissez en faisant un discours triomphalement auto-gratifiant et frisant la démagogie.

Monsieur le Président, la majorité de vos compatriotes, conscients que vous allez rester au moins aussi longtemps que votre oncle, vu votre âge, aux destinées de notre pays, vous prient de faire un effort pour sauvegarder l’avenir de celui-ci. Ils vous exhortent d’agir sur le champ afin d’épargner à notre pays une catastrophe humaine qui fermerait, chaque année, à 80 % de nos enfants, les portes de l’éducation supérieure. Monsieur le Président, les méthodes à suivre sont très variées et le choix à faire assez clair à condition que vous-même, vous y mettiez de la volonté. Ainsi, pour agir, vous pourriez et devriez commencer par les points suivants :

1) Renvoyer de suite le ministre de l'Éducation, le directeur de l'Éducation, les proviseurs des lycées et des CES ;

2) Engager les fonctionnaires de l'Éducation sur la compétence, avec tests d’aptitude biannuels obligatoires pour garder son emploi ;

3) Prévoir de primer la compétence et l’assiduité des enseignants ; les payer à temps ; octroyer des bonus annuels par école, en fonction des résultats scolaires obtenus ;

4) Abolir le concours de l’entrée en sixième (anachronique et contre productif) ;

5) Organiser des séminaires réguliers avec la participation d'experts extérieurs afin de maintenir le niveau des enseignants ;

6) Relever le moral général en instaurant un système fluide de carrière éducative où, les meilleurs éléments, en fonction des résultats obtenus par leurs élèves, leurs propres résultats aux tests aptitude, se verraient gratifier par des promotions. De ce fait, les postes de directeurs d'école, d’inspecteurs, et autres cadres supérieurs doivent avoir un temps limite de deux années au delà duquel, les occupants doivent obligatoirement céder leur place, afin que le système des promotions puisse bénéficier à tous ;

7) Faire participer les parents à la vie de l'école, aux conseils de parents et autres activités. Chaque parent qui ne rencontre pas en personne les professeurs et enseignants de ses enfants, au moins une fois par année, doit se voir infliger une amende ;

8) Exiger que tous les cadres de l'Éducation nationale d'obtenir un niveau minimal de résultats scolaires, en deçà duquel, démission et rétrogradation seront à la clef et au-dessus duquel, les récompenses seront assurées.

Monsieur le Président, voilà pourquoi, il était inopportun de fêter ce 26ème anniversaire de notre indépendance « Dans l’allégresse […] », comme vous le dites. Je passe ce 26ème anniversaire, contrairement à vous et à une petite minorité que vous connaissez tous, comme la grande majorité de nos compatriotes : dans la douleur, la colère et une inquiétude réelle et une appréhension de l’avenir. – AI


Les notes sont de la rédaction
(1) ADI : Agence djiboutienne d'information (gouvernementale)
(2) La Nation : Bi-hebdomadaire djiboutien (gouvernemental)

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