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La discussion est parfois vive dans le mabraze…

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Le mabraze est la pièce dédiée à la cérémonie du khat, un lieu d’échanges et de convivialité, l'endroit le plus accueillant de la maison. (*)

Tout naturellement on y refait le monde ou on parle de la famille, des amis, du pays.

Un polémiste se livre pour nous à ce difficile exercice démocratico-critico-familial. En toute liberté, évidemment.


Espace de libre expression, cette rubrique est publiée sous la responsabilité de l'auteur.
Le contenu du texte n'engage pas la rédaction des nouvelles.org


(*) Le khat (ou qat en arabie du sud, tchat en Éthiopie) est un alcaloïde dont on mâche les feuilles. Il procure une légère sensation d’euphorie, coupe la faim et la fatigue. Dangereux pour les dents et le système nerveux, il crée une dépendance psychologique.
Chronique du mabraze / Vérité, politique, médias

« Faire mentir les mots »

Retour sur la violente attaque anti-française du gouvernement djiboutien, suite à la couverture médiatique en France des rebondissements de l'affaire Borrel. Selon l'auteur, cet emballement des organes de communication « ioguistes » montre l'intolérance et le comportement dictatorial du régime.


MOHAMED QAYAAD

28 avril 2004. – La vieille habitude ioguiste (1) de faire de tout mensonge d'État une vérité indiscutée montre l'abîme qui sépare la logique du pouvoir autocratique djiboutien de celle des opinions démocratiques.
Un débat ? Devant tant de malheur !
Les organes de propagande d'iog – La Nation et l'Adi (2) – préfèront asséner des vérités indiscutables afin de mieux enfermer ceux qui les discutaient – RFI, TFI et autres – dans la posture de polémistes au cœur de pierre ou de complices dévoyés à la cause de l'ennemi – la France.

Puisqu'il s'agit de la mort d'un juge que ces deux organes répandraient en notre nom, les Djiboutiens ont le droit de savoir la vérité et le droit de ne pas accepter que ces derniers leur refusent les moyens de penser contre la volonté de leurs gouvernants.

La Nation et l'Adi avaient expliqué : « Ceux qui mettent en cause les autorités djiboutiennes veulent déstabiliser la RDD ».
Tragique et criminelle manipulation de la part des autorités djiboutiennes.
Entre tragique et grotesque, à quel saint se vouer ?

La nécessité d'une analyse asymétrique s'impose en effet : RFI, TF1, ne visent pas la population djiboutienne alors qu'IOG s'en fait le porte-parole ? Lui avait-elle délégué ? Avait-il cette légitimité morale et politique ? Pas sûr…
Et l'on frôla la caricature quand la RTD, d'une dociliité ioguiste pourtant toujours prise en défaut, dénonça en les médias français « un formidable outil de propagande ».

Mr "I", un journaliste djiboutien, déclare que « sans le totalitarisme du monopole d'État sur la communication audiovisuelle à Djibouti, certains d'entre-nous ne seraient peut-être jamais partis au loin pour y être réduits à faire n'importe quoi pour survivre ». Triste constat !
Les professionnels des médias sont nombreux à fuir aujourd'hui Djibouti pour échapper à l'intolérance et au comportement dictatorial d'IOG.
Ces organes sont une arme à sa solde. Mal informée, la population djiboutienne est forcément partisane.
On l'a compris : la bonne propagande de La Nation et de l'Adi, c'est de savoir appâter les Djiboutiens devant le souvenir de très vieilles histoires sans images (le colonialisme) et l'imagination de conséquences encore inimaginables – et forcément dépourvues d'images, qui charirent une émotion mille fois plus ductile que l'intelligence.

Cette dictature qui n'a plus de bornes aujourd'hui, qui a tout investi, en particulier les modes de pensée si bien mis en place, dont l'empreinte est partout, prête à tout s'adjuger.
Mais, en vérité, tout ne lui appartenait-il pas déjà ?
Hors du club ioguiste, point de salut.
Il a su imposer sa philosophie sans avoir dû vraiment la formuler ni même élaborer de doctrine.

Imagine-t-on ce que les Djiboutiens éprouvent dans la lenteur des journées qui traînent à n'avoir droit à rien de ce qu'on leur expose comme composant la vie ? Ils ne sont pas des despotes qui auraient inventé cette dictature et éradiqué cette liberté qui leur fait tant défaut, comme à leurs familles ?
Leur existence fonctionne comme un cauchemar vague et sans fin, issu d'une société sans eux, de plus en plus fondée autour de leur rejet plus ou moins implicite.
Destins annulés, jeunesse détériorée. Avenir aboli.
Exclus d'une société basée sur un système qui ne fonctionne plus, mais hors laquelle il n'y a ni salut, ni statut. Du moins dans l'illégalité.

De qui se moque-t-on ? De ces répudiés, de ces laissés pour compte jetés dans un néant social.
De ces oubliés-là, abandonnés, proscrits. Hors jeu !

Ayant ainsi neutralisé chez RFI, TF1 la possibilité de préjuger, La Nation et l'Adi vont dénier la possibilité de parler « d'assassinat », réutilisant, pour conclure, cette étape de leur prise de parole (s'agissant techniquement d'une péroraison), le recours à la peur et à l'autorité « vise à déstabiliser la RDD ».

Je constate l'abondance et l'enchevêtrement de procédés manipulatoires que ces deux organes enchaînent sans répit.
Tantôt l'Adi a recours ici à un énoncé de faits qu'elle présente immédiatement comme non connus du public puisque les médias n'en ont pas parlé. Plus loin, elle reprend alors, sur le mode de la répétition « suicide » thème déjà utilisé.
Nul besoin pour l'Adi de le déveloper longuement, chacun l'a déjà entendu des milliers de fois.
Cet amalgame permet d'ouvrir une chaîne de fausses causalités, qui va lier entre eux les Djiboutiens et les Français (en réalité les commanditaires de cet assassinat et la justice française).
La situation ainsi manipulée est complètement retournée – le juge Borrel parce qu'il s'est suicidé, Elisabeth [son épouse, ndlr] n'a plus qu'à s'en prendre à elle-même.

Le recours à la peur alterné avec la séduction démagogique illustre bien le message manipulatoire.
La Nation, l'Adi auront-elles le courage, le génie de dénoncer tous les effets pervers de cette dictature ?
Que peuvent les djiboutiens attendre d'elle (dictature) ? Que peuvent-ils attendre de l'avenir ? Avenir sans projet ? Un avenir qui leur réserve « chomage », « misère », « rejet » ? Le sentiment d'être inutiles ou, même, parasitaires ? Des virtuoses de l'exclusion !
Quand tiendront-elles compte, non pour s'en indigner ou s'y opposer, mais pour en repérer la logique ?
Combien de temps leur faudra-t-il pour s'en éveiller ?

Hélas, à Djibouti on peut-être émigré, immigré sur place ; être par pauvreté, en exil dans son propre pays.
Et cela, encore une fois, La Nation ou l'Adi ne le disent pas !

Ces malheureux Djiboutiens n'étaient pas fabriqués pour devenir des misérables, des affamés, des victimes, mêmes s'ils y étaient destinés. Combien sont-ils à déplorer le fait que la citoyenneté ait été vidée de son contenu ? Reste-t-il un être humain sur la terre qui ait encore l'illusion du contraire ?
Ils sont rejetés sur les bords de la route, qui ne mène plus aux mêmes lieux.
Où conduit-elle ? Nul ne sait.
Lutte comparable à celle menée pour sa vie par la chèvre pathétique de Monsieur Seguin ?

Il est certes question, ici encore, d'un côté de ne pas périr, de l'autre, d'assouvir un appétit inextinguible.
A comparer nos situations, on peut se demander quelle devrait être la réaction de l'opinion occidentale face aux discours de leurs politiciens sur « les droits de l'Homme, la démocratie et la liberté ». Quelle confiance leur accorder quand les djiboutiens les voient pour des raisons d'intérêts économiques, géostratégiques, collaborer avec les régimes les ignobles, les plus terroristes et les plus corrompus ?

On soutient des dictatures qui étouffent leurs peuples et les oppositions sous une répression quotidienne.
Dire de si belles choses, en faire ou en laisser faire de si noires…
On le savait, on le disait, on le voit confirmé tous les jours : ce sont les intérêts géostratégiques qui ont un prix, le droit d'un peuple, son choix et sa liberté seront sacrifiés sur l'autel de l'intérêt ou pour parler comme l'ancien ministre de l'Intérieur, Pasqua, au nom de la raison supérieure de l'État.

La notion de démocratie et l'idéal de liberté sont, dans la pratique, vidés de leur contenu. A qui donc faire confiance ?
Imposer un tel ordre dictatorial à Djibouti et continuer à user des notions de « droits de l'Homme » et « démocratie » c'est faire mentir les mots et dévoiler les hypocrisies.
Il faut faire le compte aujourd'hui de l'horreur provoquée par l'endettement de Djibouti et par l'asservicement général qui en découle et il faut, de la même façon, prendre la mesure de l'écart qui existe entre les beaux discours parsemés de références à la grandeur de l'islam et les pratiques financières les plus troubles et les moins avouables.
L'hypocrisie est totale. L'air est à la démission.


(1) [Ndlr] "Ioguiste", de la politique de "IOG", celui dont certains ne prononcent plus le nom : Ismaël Omar Guelleh, président de la République de Djibouti.

(2) [Ndlr] La Nation, bi-hebdomadaire gouvernemental ; ADI, Agence djiboutienne d'information.

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