(Paris, France, 31 janvier 2008)
Je reviens de ton pays et comme promis, je técris.
Jaime ton pays, lErythrée, que jai parcouru il y a déjà fort longtemps, au moment où ses dirigeants faisaient sécession. Jy suis retourné par bonheur, te retrouver et vivre avec ta famille et je te propose aujourdhui de recueillir mes impressions.
La dernière fois, récemment, jai quitté ton pays chargé dimpressions douces et confuses. Elles me secouent
en y réfléchissant, je réalise quelles sont teintées de questionnement, de doutes, de perplexités et même dois-je dire de tristesse.
Je me dois alors de técrire.
Ton pays est superbe, simple, riche dun peuple doux et accueillant. Il est multiple par ses ethnies, ses régions et ses climats. Jai aimé ce qui se dégage des rues dAsmara, de Keren ou de Massaoua. Mais, je ressens chez toi comme dans ton peuple un malaise que je ne peux camoufler.
Jose espérer que tes dirigeants liront cette présente lettre, car comme disait un vieil ami savant : « Le peu que lon peut faire, il faut le faire
même dans illusion, mais
il faut le faire ». Mes propos ne leur plairont peut-être pas ; ils sont sincères.
Il y a tout dans ton pays, mais il manque lessentiel : la paix réelle, la quiétude et, je pense
la vraie liberté, ingrédients indispensables à la prospérité.
Dabord, je ressens le « manque », le vide
et pour ainsi dire labsence de légèreté. Tout cela est abstrait me diras-tu, mais ça se ressent fortement.
Comment ?
Par lambiance dans la rue, dans les rues, par le peu de monde
qui se promène, qui vaque, qui fait ses emplettes. Par des silences aussi
Jai comme limpression quune partie de ta population (les jeunes ?) est quelque part
à la frontière, face à ton grand voisin. En fait, il manque chez toi des jeunes et des vieux
mais aussi, un bon nombre de choses, des produits dans les magasins, des voitures, des journaux, etc.
Par exemple, jai fortement ressenti cela à Massaoua
port mythique et jadis si dynamique (et qui nattend que « louverture et la Vraie vie ».
Comme tu me las souvent dit, il ny a pas longtemps, tout semblait possible chez toi : les frontières ouvertes, laccès à la mer, le teff à profusion, la circulation des idées, des familles et des amis. Mais, rien, rien ne se passe, comme si tout était figé !
Jai cru comprendre que 200 millions de dollars étaient engloutis chaque année pour entretenir les soldats onusiens le long de la frontière ? Cest ridicule ! Ne crois-tu pas que cet argent pourrait être utilisé à des projets de « développement », au lieu que de préserver la paix le non conflit avec le voisin. Je sais que vos deux pays sont fiers ! trop fiers ! Mais peut-être fiers à isoler et réduire ainsi vos peuples
des deux côtés.
Trente ans de guerre nont-ils pas suffi ? Comme si cette situation vous était immuablement bloquée, depuis Adoua et lépoque italienne ?
Et puis, on cite encore ce petit village de Badmé ?, en plein milieu de la frontière ?, la source de conflit. Ni lun ni lautre ne veut bouger le petit doigt, pour rendre la vie meilleure, cest-à-dire normale ?
Pourquoi laisser aussi les plaies béantes comme les immeubles écroulés à Sénafé ? Oui, le malheur ! On laisse ainsi entendre que les méchants ce sont eux, les autres, mais ça sert à quoi de geindre, de se plaindre, de se complaire dans la plainte
Dis-leur à tes dirigeants, quil est indispensable de passer à une autre étape, et quil faut panser les plaies des deux côtés et au plus vite. Ils sont responsables des générations actuelles et futures. Chacun doit vivre en paix, les vieux doivent réduire leur amertume, les jeunes doivent se projeter dans un avenir heureux.
Regarde ce que nous avons fait en France et en Allemagne
juste après la deuxième guerre mondiale, cette union pacifiste qui est à lorigine de lEurope unifiée !
Je crois, que dans ta région, chacun doit baisser les « armes », (et pourquoi pas les enterrer) et chercher le moyen de sentendre : la frontière doit être ouverte, le port dAssab doit sortir de sa torpeur.
Les Éthiopiens le désirent aussi, ils ont droit à la mer (on ne peut ainsi narguer une grande nation de 75 millions dhabitants), et crois-moi, tout reprendra
comme ça na jamais existé. Dun bond en quelques mois, léconomie de ton pays sera florissante, alors quelle me semble aujourdhui bien bâillonnée.
On ma dit récemment quon met dans ton pays des prisonniers politiques et des journalistes dans des conteneurs en plein soleil ? On dit tant de choses partout, sur le net et ailleurs. Jose espérer quil nen est pas ainsi.
Et puis, enfin, lautre jour, jétais surpris de voir tant de Somaliens dans ta capitale
On ma dit quil sagissait dune grande partie des « anciens » du gouvernement en exil. Daccord, la Somalie et lÉrythrée étaient « jadis » des colonies italiennes, mais est-ce quune telle union doit se bâtir sur des cendres
de la Colonisation ? et sur le dédain de la réalité ?
Nest-ce pas une nouvelle manière, fort maladroite dagacer ton grand voisin, de prolonger le trouble et dattiser à nouveau le feu ? Pourquoi ne pas avoir invité tous les représentants somaliens, et duvrer réellement pour lavenir et pour la Paix ?, mais certainement pas dans ton pays. J
PS : Je le répète, ton pays est superbe ! Asmara est un vrai joyau darchitecture, elle est pour moi une des plus belles villes du monde. Ton peuple est magnifique et aimable tout comme celui de ton voisin.
Enfin, je serai heureux de te retrouver un jour pour boire un Merquiato ensemble, aller se promener à Fil-Fil, et de taccueillir lors de tes prochaines vacances en Europe.
Débat modéré. Si vous souhaitez apporter votre contribution concernant l'Érythrée ou concernant tout autre pays de la région, envoyez votre article à redaction@lesnouvelles.org
Merci.
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