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Éthiopie / Société / Urbanité

Contre le stationnement abusif à Addis-Abeba

Des jeunes gens en blouse jaune et des machines flambant neuves régulent le stationnement dans le quartier "Piazza". La société "Addis-Parking" bénéficie d'une délégation de service public de quinze ans sur toute la ville. Droits de stationnement et amendes.

 


MÉRON, ISRAËL, ALEMTSAY & BETHEL
(CLUB JOURNAL LGM)

 

(Janvier 2001) – Depuis quelques mois, on peut observer que les jeunes gens qui tentent de rabattre les voitures pour les aider à se garer dans la rue principale de Piazza portent une sorte de blouse jaune et arborent fièrement un badge où figure leur identité. Plus question de se faire rouler par un inconnu qui prétend garder votre voiture et force finalement votre portière ! À cela s’ajoute la présence de machines flambant neuves à côté desquelles les restes de parcmètres datant de sa majesté font pâle figure : moignons métalliques et ferraille rongée par la rouille datant d’une époque déchue… Nous avons voulu en savoir plus auprès des auteurs de ce changement.

BÇV. -- Quel est votre nom et quel rôle avez-vous dans “Addis Parking” ?
-- Je suis Yared Abebe, directeur de la société et je gère cette compagnie avec Tsegay Atekelt.

BÇV. -- Pourquoi avoir choisi ce nom ?
-- Nous l’avons choisi car il joue avec le mot addis [“nouveau” en amharique, ndlr], qui symbolise la ville d’Addis-Abeba et la nouveauté du projet.

BÇV. -- Comment s’est passée la mise en place de ce système ?
-- On est toujours content quand on apporte des choses nouvelles mais ce n’est jamais facile. Instruire un enfant c’est facile, il comprend vite, il s’adapte vite. Mais un adulte, c’est autre chose ; ce qu’ont vu en premier les usagers c’est qu’il leur faut dépenser leur argent et non l’intérêt de la chose. Au moment où nous avons commencé la défiance était grande, les gens ne voulaient pas payer. Mais ça commence à s’arranger.

BÇV. -- Qui a eu cette idée de parcmètres ?
-- L’idée du stationnement payant, c’est nous qui l’avons proposée au gouvernement. Je suis parti aux États-Unis acheter les machines, puis nous avons obtenu l’autorisation de la municipalité, un contrat de quinze ans qui nous donne le monopole de la gestion du stationnement sur toute la ville.

BÇV. -- Comment fonctionnent les parcmètres ?
-- Les machines que nous utilisons s’appellent Endsplay. Tu payes et la machine affiche toutes les informations sur un ticket : l’heure à laquelle tu t’es garé, l’heure à laquelle tu dois être parti. Le prix, c’est 50 centimes la demi-heure et 1 birr (1) l’heure. Un parcmètre gère le stationnement de quinze voiture maximum. Nos employés veillent à ce que la voiture soit bien garée et vont chercher le ticket pour chaque client qui le place alors sur son tableau de bord. Ils doivent vérifier que le client est revenu à temps. Comme ce fonctionnement est nouveau et que les gens n’y sont pas toujours préparés, ils peuvent aussi leur faire la monnaie.

BÇV. -- Que se passe-t-il si quelqu’un dépasse le temps de stationnement ou refuse de payer ?
-- C’est 40 birr d’amende, et 60 birr en cas de litige.

BÇV. -- Comment sont recrutés vos jeunes employés ?
-- On ne leur demande pas de sortir de l’université ! On exige seulement que ceux sont chargés de faire la monnaie aient au moins le niveau 5ème et que ceux qui surveillent et contrôlent les voitures aient fini l’école élémentaire. Nous avons plus de 80 employés et leur salaire varie en fonction de leurs responsabilités.

BÇV. -- Depuis que ces parcmètres sont installés avez-vous remarqué un changement concernant l’espace urbain ?
-- Ici il s’agit d’un stationnement on street et non off street, si bien que nous agissons aussi sur la circulation : en aidant les gens à bien se garer nous évitons les embouteillages dus souvent au stationnement anarchique. Avant ces parcmètres, les propriétaires des magasins n’hésitaient pas à garer deux voitures plus celles de leurs employés, si bien qu’ils empiétaient largement sur l’espace du magasin voisin ; sans oublier l’occupation longue durée, qui privait les usagers de stationnement. Maintenant il y a plus d’espace libre. C’est autant de gagné pour les clients et pour les commerçants.


(1) Début janvier 2001, 1 birr = 0,85 FFR ou 0,12 $US environ.

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