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Éthiopie / Société / Urbanité
Pourquoi y a-t-il de plus en plus de combats de rue à Addis ? Les liens sociaux saffaiblissent-ils ? La société urbaine sappauvrit-elle économiquement et culturellement ? Les jeunes chômeurs sennuient-ils ? Notre reporteuse n'aura pas découvert de réponse à ses questions. (Mai 2001) Lintervention de la police a été nécessaire récemment pour séparer deux bandes qui se battaient à Kazanchis ; une personne a été tuée à Arat kilo parce quelle sest retrouvée prise entre deux groupes en pleine bataille rangée ; les jeunes de Tcherkos narrêtent pas de faire parler de leurs exploits au couteau ou à la chaîne ; voilà les nouvelles dont on parle le plus à Addis ; cela valait bien une enquête. Négligeant les avertissements de ma mère, je me suis rendue à Bulgaria, où les conflits font rage. En cours de route, je rencontre une dame que je connais ; elle me dit dun air affolé : « Quest-ce que tu fais ici toute seule ? Tu ne sais pas que cest dangereux ? Hier, je nai même pas osé envoyer mes filles à lécole de peur quelles ne soient victimes de ces douriyés ! » (1) Apparemment, lesdits douriyés ne se battent même plus pour une cause définie (les filles, le travail), comme ils laffirmaient avant. Il nest même plus question de se battre pour faire respecter le nom de son kébélé (2). Une simple dispute peut se terminer en véritable "bataille" de jeunes. Les douriyés imitent les acteurs des films daction, quils adorent, et comme eux utilisent des motos, des chaînes, etc. dans ces combats ; ils nen sont pas encore aux armes à feu Que cela montre-t-il de notre société urbaine ? Que les liens sociaux saffaiblissent de plus en plus ? Que notre société sappauvrit économiquement et culturellement ? Ou bien tout simplement que les jeunes chômeurs sennuient, et se battent pour passer le temps ? (Le but du jeu étant de rester vivant.) Les explications, sociales ou économiques sont nombreuses. Tandis que certains jeunes chômeurs nettoient les rues dAddis gratuitement (cf. Les larmes de Gash Aberra Molla) pour ne pas sombrer dans la délinquance, dautres se comportent comme des irresponsables, sans que la police puisse toujours les en empêcher. Le soutien traditionnel des habitants des kébélé pour leurs douriyés sévanouit à mesure quils deviennent un danger pour eux aussi, mais cela ne change rien. Il reste à espérer que tous ne copient pas ceux du quartier de Kerra, qui commencent à être réputés pour leurs meurtres. H
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