Deux nouveaux médias sur Addis-Abeba.
Ou comment, selon nos reporters, l'évolution médiatique pourrait à la fois : raviver le conflit des générations, mettre en péril le commerce florissant du louage de cassettes vidéos, favoriser la pratique d'une langue étrangère et participer bénéfiquement à la lutte contre la drogue et le sida.
(Janvier 2001)
TV Africa est retransmise depuis deux mois par le réseau hertzien éthiopien. Cest une chaîne sud-africaine. Sa diffusion débute vers dix-sept heures et se termine vers minuit.
Pour certains, cest un soulagement que cette nouvelle chaîne émette à Addis-Abeba, car ils nont plus besoin de gaspiller leur argent dans la location de cassettes vidéo, ni de se ruiner en réparation pour leur magnétoscope surmené. Sur TV Africa, les gens trouvent presque tout ce quils désirent : des films, de la musique, des nouvelles (BBC News), du sport etc. Et les jeunes dAddis-Abeba peuvent enfin connaître le bonheur de rester chez eux pour samuser, se détendre et approfondir leur anglais en regardant la télé au lieu de passer leur soirée dans les boîtes de nuit et sexposer à la drogue et au sida.
Mais il y a aussi ceux que cette nouvelle chaîne met en colère. Il sagit ou de parents qui narrivent plus à suivre les programmes dETV (la télévision éthiopienne), à cause de leurs enfants qui insistent pour voir des films ou des vidéo-clips sur TV Africa, ou des loueurs de cassettes vidéo, qui ont peur de perdre leur clientèle : depuis que cette chaîne est ouverte, la concurrence est rude, les profits chutent et les fermetures de magasins se multiplient : le cauchemar.
Même conflit de générations depuis quune nouvelle station de radio, 97.1 FM, a commencé démettre le 12 septembre 2000.
Les programmes commencent toujours à six heures trente -- par des exercices daérobic radiophoniques ! -- et continuent jusquà minuit. On y parle surtout de sport et dinformations ; on y passe du théâtre et beaucoup de musique de partout dans le monde.
97.1 FM est surtout appréciée par les jeunes parce quils sont fans des nouveaux tubes à la mode. Les plus vieux se plaignent et téléphonent à la station pour leur reprocher quil y ait trop danglais et peu damharique sur leurs ondes.
Comme le veut la mode, les chansons sont programmées par des dj, phénomène totalement inconnu en Éthiopie auparavant -- le mot lui-même névoquait rien à personne il y a juste trois mois ! Ces dj racontent aussi des anecdotes ou lhistoire des acteurs ou des chanteurs célèbres (il sagit toujours de success-story : il est parti de rien, il travaille dur, il a réussi) pour garder les jeunes sur le droit chemin : les parents devraient être rassurés. -- M & I