(Mai 2001) Mme Abeba, accoucheuse traditionnelle depuis vingt-deux ans, est âgée de 47 ans. Cest une femme assez forte qui shabille en habit traditionnel et rassemble ses cheveux en chourouba (tresse traditionnelle). Nous lui avons demandé de nous parler de son métier, et de confronter ses connaissances avec celles de Mme Aster, née en 1934 et mère de huit enfants, et de Mme Guetenech, 65 ans. A
BÇV. Pour premier enfant, est-il mieux davoir un garçon ou une fille ?
Mme Aster. Un garçon, bien sûr !
Mme Abeba. Mais non : une fille est mieux quun garçon, car elle aidera plus tard sa mère à faire le ménage, et on lui confiera plus de responsabilités quà un garçon.
Mme Guetenech. Nos ancêtres disaient : « Celle qui commence par une fille demande conseil à Dieu ».
BÇV. Quand une femme est enceinte, quels signes permettent de le savoir ?
Mme Abeba. La plupart du temps, une femme enceinte na pas dappétit, boit trop deau, fait la sieste, et souffre de maux de tête de temps en temps.
Mme Guetenech. Les vieilles femmes prétendent même savoir sil sagit dun garçon ou dune fille selon les coups de pieds de lenfant dans le ventre de sa mère ; malheureusement, cette tradition sest un peu perdue.
BÇV. Y a-t-il des jours ou des périodes favorables pour laccouchement ?
Mme Abeba. La saison sèche est la saison la plus favorable car la future mère ne risque pas dattraper un rhume. La saison est aussi favorable à lenfant.
BÇV. La femme enceinte doit-elle travailler ?
Mme Abeba. Oui, il faut quelle travaille, on le lui conseille pour quelle ne grossisse pas trop, et aussi pour que lenfant soit petit, et ne pose pas de problème lors de laccouchement.
Mme Aster. Cependant, elle ne doit pas courir.
Mme Guetenech. Dans la région où je suis née, du côté de Kembata (au sud), on ne donnait aucun conseil. Seules les filles de Balambaras étaient dispensées de travailler jusquà laccouchement.
BÇV. BCV. Le nom de lenfant a-t-il un rapport avec le jour de sa naissance ?
Mme Abeba. Oui. On lui donne souvent le nom du saint de ce jour. Cela permet de mieux mémoriser le jour de sa fête, et de remercier le saint de lenfant quil a donné.
Mme Guetenech. Cela ne veut pas dire quil sera appelé comme cela tout au long de sa vie, ce nom peut rester un "nom de baptême" (yekerestena sem).
BÇV. Comment se passe laccouchement ?
Mme Guetenech. La femme doit aller chez sa mère ou dans sa famille pour accoucher. Elle est entourée par ses proches, et suivie par une sage-femme. Bien entendu, il ny a pas dhommes autour delle ; ils attendent dehors ! [Elle éclate de rire.]
BÇV. Comment faut-il soccuper du nouveau-né ?
Mme Guetenech. On enduit de beurre le palais du nouveau-né, pour laider à respirer, puis on le lave.
Mme Abeba. On laisse lenfant dormir autant quil veut et on le nourrit au sein quand il se réveille. Cependant, on ne le laisse pas tranquille durant son sommeil ; on le change de position sans arrêt pour que sa tête ne soit pas malformée plus tard.
Mme Aster. Il faut le laver deux fois par jour et protéger ses yeux de la lumière.
BÇV. Comment le protège-t-on du tena adam (le mauvais il) ?
Mme Abeba. Il existe des médicaments traditionnels comme le feto, le Tena Adam, le medhanit, qui protègent contre tout : le mauvais il, le rhume, les maux de ventre ou de tête.
Mme Guetenech. On peut lui mettre autour du coup un fil noir autour du cou, parfois décoré dune dent danimal. Il retient un petit sachet rempli dherbes préparées par un "professionnel", cest le ketab.
BÇV. Comment se passe le baptême ?
Mme Aster. Avant le baptême, il y a la circoncision pour les garçons sept jours après la naissance.
Mme Abeba. Le baptême est une grande cérémonie : on boit, on mange, on joue, avec toute la famille et les voisins. Cette fête a lieu pour un garçon quarante jours après sa naissance, et au quatre-vingt-dixième jour pour une fille.
Mme Guetenech. Les parents choisissent des parrains et des marraines (yekerestena abat, yekerestena enat). Grâce à Dieu, cette tradition ne sest pas perdue !