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Éthiopie / Musiques / Crooner

Mahmoud Ahmed, "Tezeta" au restaurant Ménélik à Paris

Tout à coup, Mahmoud commença à chanter de sa voix chaude et modulée. Les sourires restaient un peu suspendus, mais les yeux commençaient à s’embuer…

 


COLETTE DELSOL
 

10 octobre 2003. – Imaginez. Vous mangez tranquillement chez Menelik, avec des amis. Tout à coup, l’un de ces amis (amie) vous dit le plus normalement du monde : « Tiens, voilà Mahmoud ! » Vous rétorquez : « Quel Mahmoud ? ». Question d’autant plus plausible que vous êtes certes dans un restaurant éthiopien, mais entourés de Djiboutiens qui ne s’appellent pas tous Mahmoud, mais qui pourraient. Sauf que ce Mahmoud qui pointait le bout de son nez, presque aussi célèbre que celui de Cléopâtre, n’était rien moins que la star des stars de la musique éthiopienne, Mahmoud Ahmed, “himself”, comme on dit en Éthiopie et dans quelques autres contrées.

Aussitôt apparu, aussitôt disparu, on crut à une blague de la copine. Que nenni, la star n’avait pas joué l’étoile filante, mais avait juste traversé la rue, invitée par le patron du Menelik, à un cocktail improvisé dans le café d’en face, en compagnie de quelques happy fews.

Le dîner terminé, les connaisseurs et les groupies ont rejoint cette joyeuse assemblée. Plus de doute possible, ce n’était pas une hallucination de convive ayant un peu forcé sur la bouteille – hypothèse fort improbable pour cette amie dont les seuls excès se limitent au jus d’orange – c’était bien Le Mahmoud. D’ailleurs quand il vit cette sobre amie débouler dans le café, ses yeux s’arrondirent de surprise. Ils se connaissaient depuis fort longtemps et leurs retrouvailles impromptues donnèrent lieu à de grandes embrassades affectueuses.

Après quelques verres (de jus d’orange et autres boissons pétillantes à consommer avec plus de modération), la star et ses compagnons furent invités à dîner chez Solomon. L’ambiance allait bon train, les joutes oratoires et les plaisanteries fusaient entre deux bouchées.

Tout à coup, Mahmoud commença à chanter de sa voix chaude et modulée. Les sourires restaient un peu suspendus, mais les yeux commençaient à s’embuer. La nostalgie gagnait les cœurs. Chaque nouvelle strophe de cette série de chants déclenchait des larmes. On tentait de garder une contenance, mais le cœur n’était pas de cet avis. Et il fallut bien se résoudre à sortir les mouchoirs et même l’essuie-tout, pour supporter pareille mélancolie. Heureusement, Mahmoud sut allier humour et nostalgie, pour laisser quelques pauses à son public. Comme le déclara Solomon, le sympathique maître des lieux : « Il y a deux choses qui me font pleurer : quand mon banquier m’appelle pour me dire que mon compte est débiteur et quand Mahmoud chante ! » On espère que ce jour-là le banquier n’avait pas appelé Solomon, sinon sa réserve de mouchoirs a dû être épuisée…

Soirée extraordinaire qui s’est paraît-il poursuivie dans quelque lieu nocturne où, là encore, Mahmoud Ahmed a su rallier des danseurs à la chanson éthiopienne. Personnage étonnant de talent et de simplicité. – CD

Mahmoud Ahmed chez Menelik
Restaurant Menelik
9 octobre 2003. Photo A. Mesfin

Mahmoud Ahmed dans la collection "ethiopiques" : volumes 1, 3, 6, 7, 10


Musiciens éthiopiens, portraits, archives Francis Falceto


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