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Éthiopie / Politiques
Mélès Zénawi « Depuis la transformation de la politique de lÉthiopie vers le fédéralisme et la démocratie, il y a eu dénormes changements dans la stabilité. Parce que maintenant les gens ont leur mot à dire dans la gestion de leurs affaires et pas seulement lors des élections nationales, mais aussi à cause de la délégation de pouvoirs à la base. Nous sommes en train de construire de nouvelles institutions pour ladministration, nous révisons nos lois et nous renforçons notre système judiciaire. » Le contexte. A loccasion de sa participation à la XXème Conférence des chefs dÉtat dAfrique et de France, tenue à Paris du 26 au 28 novembre 1998, le Premier ministre éthiopien a accordé un entretien exclusif aux Nouvelles dAddis. Excepté un interview accordé à Jeune Afrique, ce fut le seul entretien avec la presse française, nos confrères ne sintéressant pas beaucoup à lÉthiopie. Par ailleurs, nous pouvons dire que le Premier ministre ne fut pas très satisfait alors de son accueil officiel en France. Si aujourd'hui le contexte a changé (tentatives de sortie d'un conflit frontalier très dur, optimisation des relations avec la France et l'Union européenne, élections générales tenues avec présence d'une opposition, développement rapide de la presse indépendante, grave "disette" en Afrique de l'est), cet entretien demeure très intéressant pour la compréhension de la politique régionale. La rencontre. La rencontre a eu lieu à son hôtel. Après cet entretien, il recevait une délégation dentrepreneurs sud-africains. Obtenu et conduit par Robert Wiren, lentretien a eu lieu en anglais, en présence de Alain Leterrier et de W-G-Tsegay, Mohamed Abdelmajid ayant participé à sa préparation. Katia Girma (partie chercher des sandwichs durant lattente) est arrivée en retard et a dû se contenter dexercer lefficacité de son amharique auprès des membres de la sécurité éthiopienne. Les thèmes. Polique bi-latérale, organisation fédérale, conflit avec l'Érythrée, démocratie, liberté de la presse, développement économique, pénuries de nourriture. Un second entretien, dédié au conflit érythréo-éthiopien, eut lieu à Addis-Abeba le 21 janvier 1999, à l'initiative du Premier ministre. -- AL LNA. -- Quels sont les principaux sujets qui intéressent lÉthiopie à loccasion de cette conférence à Paris ? Le deuxième point concerne le conflit entre lÉthiopie et lÉrythrée, après linvasion dune partie de notre territoire par lÉrythrée. Je suis venu ici pour rencontrer un certain nombre de dirigeants africains à ce sujet. Et enfin, mais ce nest pas moins important, il y a beaucoup de sujets à lordre du jour du sommet Afrique-France. Cette année, en particulier, la sécurité est vraiment dactualité et nous sommes venus pour apporter notre contribution dans ce domaine. LNA. -- À propos des relations avec la France, pensez-vous quelles vont se développer et pensez-vous quil y ait un lien particulier entre nos deux pays ? LNA. -- En France nous avons une relation particulière avec votre pays en raison de lhistoire du chemin de fer Djibouti / Addis-Abeba. La rénovation des infrastructures a-t-elle vraiment commencé et quand ce moyen de transport sera-t-il modernisé et rendu plus efficace ? LNA. -- Les travaux sont-ils à présent en cours sur la ligne ? LNA. -- Quelle est lévolution de lÉthiopie depuis la mise en place de la constitution fédérale ? Est-ce que la vie politique a gagné quelque chose de façon significative ou est-ce que les problèmes auxquels vous avez à faire face sont les mêmes ? Comme vous le savez probablement, la France a été impliquée dans la mise au point de nos codes civil, pénal et commercial et récemment nous avons repris la coopération en vue de réviser ces codes légaux mis en place il y 30 ans avec laide de la France. Maintenant nous demandons une assistance pour les refondre, les réformer en fonction des évolutions récentes. Ainsi les institutions et les lois dune administration démocratique, la décentralisation des pouvoirs, ont accru la stabilité de notre pays et donné à la population un intérêt pour le futur. Mais comme tous les processus politiques, comme tous les systèmes, ils ont pour but la gestion des problèmes et non leur élimination. Il sagit de les gérer pacifiquement, légalement et démocratiquement. Et je pense que nous pouvons revendiquer davoir accompli ceci : nous avons mis en place un système qui nous permet de surmonter les problèmes de façon légale et pacifique. LNA. -- À propos du pouvoir régional : sans argent, cest difficile. Comment est établi le partage du budget ? Est-ce que le gouvernement fédéral donne de largent aux régions ou les régions ont-elles leurs propres taxes ? LNA. -- Comment fonctionne ce système ? Est-il équitable ? Certains diront toujours : « Cette région a reçu plus que la mienne ». Comment établissez-vous le ratio ? En fonction des populations ? Ensuite, nous avons deux autres critères : lun est lié au retard relatif des régions. Si lune delle est relativement en retard, elle obtient plus, si une autre est relativement développée, elle obtient moins. Puis nous avons un troisième critère qui est leffort fait par les régions pour lever des impôts LNA. -- Aidez-vous... et Addis-Abeba vous aidera ! LNA. -- Quels progrès économiques significatifs peut-on noter pour les années passées ? À présent, nous récoltons suffisamment non seulement pour nous nourrir mais aussi pour exporter un peu. Ce qui ne veut pas dire quil ne reste pas des poches de malnutrition. Mais dans le passé, nous avions deux sortes de problèmes : pas assez de nourriture produite dans lensemble du pays et puis il y avait un problème de répartition. Certains avaient plus, dautres pas assez. Maintenant nous avons réglé le premier problème. Il y a plus quassez dans le pays pour nourrir les Éthiopiens. Le second problème concerne laccès à cette nourriture : il y a des zones pauvres qui nont pas les moyens financiers ou qui ne produisent pas de nourriture. Elles doivent donc être aidées. Mais dans lensemble, nous produisons assez pour nous nourrir et pour en exporter un peu. LNA. -- Et ce résultat dans lagriculture a été obtenu malgré des sécheresses épisodiques ? LNA. -- Venons en maintenant au sujet brûlant : lÉrythrée. Y a-t-il un espoir de solution pacifique ? Car les amis de lÉthiopie sont inquiets. Ils pensent que ce serait une honte de voir un pays pauvre dépenser à nouveau son argent pour des armes et pour la guerre. Jusquà présent toutes les propositions de paix présentées par tous les médiateurs ont été acceptées par lÉthiopie. Elles ont été rejetées par lÉrythrée. Nous attendons encore la réunion finale du comité de lOUA prévu à la mi-décembre à Ouagadougou. Nous espérons toujours que les érythréens changeront davis et accepteront les recommandations de lOUA. À ce jour, ils les ont rejetées. Notre espoir est quils les accepteront cette fois-ci. Sils les acceptent, alors nous aurons la paix. Sils rejettent toutes les offres de paix, la situation se compliquera et sera difficile. LNA. -- Pensez-vous quà la source de cette tension il y a dabord eu une confrontation économique ? Car il y a un an lÉrythrée a introduit sa monnaie, le nakfa, et il semble que ceci ait engendré des problèmes et des querelles. Et, deuxièmement, lÉrythrée navait pas de différend économique avec le Yemen, mais elle a envahi les îles Hanish ; lÉrythrée navait pas de différend économique avec Djibouti, mais il y a quelques années lÉrythrée a attaqué plusieurs avant-postes de police djiboutiens et a revendiqué une partie de Djibouti comme son propre territoire. Donc, même si des problèmes économiques ont contribué à la tension, ce qui a réellement généré cette invasion est un type de comportement de la part de lÉrythrée qui consiste en premier lieu à dresser une carte incorporant à lÉrythrée de larges morceaux des pays voisins et ensuite, en prenant cette carte comme référence, y aller et occuper les lieux. Voilà le comportement en cinq ans dindépendance ! LÉrythrée a atteint un record du monde en envahissant trois de ses voisins en cinq ans dindépendance ! Cest ce comportement qui est à la racine de la tension actuelle entre lÉthiopie et lÉrythrée. LNA. -- Mais vous parlez la même langue que Ato [monsieur] Issayas Afeworki ! Ne serait-ce pas sain et normal que vous ayez des discussions ? Car il semble que vous vous évitiez et quà Ouagadougou vous vous nêtes pas rencontrés directement. Il est vraisemblable que la mésentente ne peut quaugmenter si les gens ne se rencontrent pas. Nest-ce pas possible ? De fait, la première attaque était déjà assez grave et nous avons poursuivi les discussions. Ils ont envahi notre pays les 6 et 8 mai. Mais quand ils ont rejeté loffre de paix et ont étendu leur avancée sur notre territoire, -- malgré le fait que nous étions en train de parler avec eux au téléphone, presque chaque jour et pendant des heures, et malgré le fait que des médiateurs discutaient avec eux depuis des semaines sans interruption nous avons senti que parler avec eux napportait rien. LNA. -- Cependant vous gardez lespoir dune solution pacifique ? LNA. -- Si je comprends bien, vous hésiteriez avant de dire : « Maintenant nous navons plus quune solution : la guerre ». Nest-ce pas ? LNA. [AL] -- Il va y avoir le XXVème anniversaire de la Révolution éthiopienne. LÉthiopie va-t-elle commémorer ou non cette révolution ? Ce qui a mal tourné cest que le mouvement a été pris en otage par une clique militaire. Et cette clique militaire la dévoyé. Nous célébrons la révolution en gardant ses éléments positifs comme la réforme agraire que nous avons conservée intacte malgré, je dois le dire, les pressions dinstitutions financières internationales en faveur de son abolition. Ainsi nous avons supprimé, nous avons corrigé les erreurs commises au nom de la révolution, comme ce quon appelé la terreur rouge, labsence détat de droit, la suppression des libertés. Nous avons changé cela. Donc, pour moi, le meilleur moyen de célébrer la révolution de 1975 est de trier lor véritable de la révolution et de le garder, et de se débarrasser des scories. LNA. -- À propos de la révolution : elle signifie couramment, pour nous en France, la liberté. Que répondez-vous lorsque Amnesty International ou dautres organisations non-gouvernementales disent que lÉthiopie a un mauvais dossier au sujet des journalistes emprisonnés ? En Allemagne, cest le respect de la liberté. En Éthiopie, cest une violation de la liberté. Nous pensons quil y a là deux poids, deux mesures et nous lavons dit à Amnesty International. LNA. -- Merci monsieur le Premier ministre. |
Autres entretiens du Premier ministre éthiopien avec Les nouvelles d'Addis
Mélès Zénawi, Addis-Abeba, 21 janvier 1999 [alors que la guerre avec l'Érythrée semble inévitable]
Mélès Zénawi, LNA, Addis Abeba, 23 janvier 2003 [avant le premier sommet de l'Union africaine]
Entretien du Premier ministre éthiopien avec Abyotawi Tous les entretiens concernant l'Éthiopie et les pays voisins |
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