Le contexte. Haïle Weldensae est né le 15 février 1947 à Asmara. Il occupe les fonctions de ministre des Affaires étrangères dÉrythrée depuis février 1997, après avoir été en charge du ministère des Finances et du Développement de 1993 à 1997.
Il a commencé ses activités militantes au sein du mouvement étudiant érythréen pour la libération nationale au début des années soixante. Haïle Weldensae a ensuite occupé diverses fonctions politiques au sein du Front populaire de libération érythréen (FPLE) et du gouvernement provisoire. Les récentes années de son activité politique sont plutôt centrées sur léconomie même si, parallèlement, il a participé à diverses négociations diplomatiques au cours de la jeune histoire de lÉrythrée indépendante. Haïle Weldensae ne conçoit pas la diplomatie sans léconomie et le développement et, pour lui, coopération égale partenariat.
En ce qui concerne le conflit entre son pays et lÉthiopie, la seule solution dit-il, cest la présence dobservateurs en mesure dassurer la cessation des hostilités et ensuite la démarcation incontestée de la frontière. Car Haïle Weldensae reste confiant sur les futures relations entre les peuples des deux pays et optimiste sur un développement commun de la Corne de lAfrique.
La rencontre. Nous avons rencontré ato [monsieur] Weldensae à Paris, en marge de la réunion de suivi du sommet des chefs dÉtat dAfrique et de France. Lentretien sest déroulé au consulat dÉrythrée, en présence de w/ro [madame] Hanna Simon, ambassadeur dÉrythrée en Belgique et auprès de lUnion européenne.
Les thèmes. Politique internationale, développement dans la corne de l'Afrique, coopération, relations avec lÉthiopie. CD
[Paris, 6 décembre 1999]
LNA. Quattend lÉrythrée de la réunion ministérielle de suivi et, au-delà, de la prochaine conférence des chefs dÉtat et de gouvernement dAfrique et de France ?
HW. Lobjectif principal de cette réunion est daméliorer les relations franco-africaines qui peuvent contribuer à la paix et à la stabilité, et, en même temps, daborder les questions de développement. Donc la réunion aura à faire avec les deux partenariats existant entre lAfrique et la France : dun côté favoriser les conditions de la paix et de la stabilité, ce qui est un préalable au développement, et puis le partenariat pour le développement.
LNA. Que pensez-vous du rôle de la France ?
HW. La France en particulier a un rôle important à jouer. En Afrique, dune manière générale, en Afrique de lest en particulier et dans la Corne de lAfrique tout particulièrement. Car la présence française à Djibouti a joué un rôle très important pour la stabilité de la corne. Cest pourquoi, depuis le début -- depuis lindépendance de lÉrythrée -- nous avons toujours considéré la présence française comme une contribution particulière à la paix et à la stabilité. Mais en même temps nous estimons quil est possible de développer également notre coopération pour le développement. Cest la raison pour laquelle lÉrythrée, malgré de nombreuses contraintes financières, a maintenant décidé de renforcer sa présence en France en élevant son consulat au rang dambassade de plein exercice.
LNA. Pensez-vous que la politique française en Afrique a changé et, si oui, en quoi ?
HW. Dune façon générale il est très difficile de faire des commentaires sur ce point, mais en considérant au moins lAfrique et ses partenaires, lEurope -- la France et la Grande-Bretagne en particulier -- nous sommes dans une période où il est nécessaire dévaluer la situation. Aussi bien, du point de vue africain que de celui des partenaires ce qui inclut la France également. Car au cours des trois dernières décennies de relations, beaucoup daide a été fournie à lAfrique, il y a eu beaucoup dapports financiers, mais cela a-t-il produit des réalisations fructueuses ? A chacun dévaluer cela.
Dhabitude, il y a cette façon de blâmer les acteurs extérieurs, mais nous considérons que les Africains doivent dabord évaluer leurs propres réalisations. Donc si des erreurs ont été commises de lextérieur cest seulement parce quelles ont trouvé un terrain en Afrique. En Érythrée, nous nessayons pas de désigner du doigt les acteurs extérieurs. En premier lieu les Africains ont à nettoyer leur maison. Et en Afrique, la corruption a été lun des plus importants problèmes de ces trois décennies. Ainsi malgré une aide importante venue des partenaires, cela ne sest pas traduit par une amélioration des conditions de vie des gens en Afrique. Cest pourquoi je pense quil est temps de faire des évaluations et de corriger les choses dans les deux sens.
LNA. Quelles sont les relations de lÉrythrée avec les autres pays africains ?
HW. Pour le moment lÉrythrée est un nouveau pays en train démerger et donc nous pensons devoir apprendre beaucoup de choses à partir de lexpérience des autres pays frères africains. Bien quétant arrivés après une longue guerre, donc avec une économie dévastée, nous pensons que cest une chance pour une nouvelle nation darriver au moment où lAfrique et ses partenaires évaluent leurs relations passées, ce qui nous donne loccasion de ne pas refaire les mêmes erreurs que les autres Africains. Et pour nos partenaires, cest aussi une occasion, car à présent en Érythrée, dans une nouvelle nation, des partenaires comme la France pourraient imaginer une nouvelle façon de coopérer, cest aussi dans lintérêt de chacun davoir une réussite. De penser et dexpérimenter une approche nouvelle dans les relations.
En ce qui concerne nos relations africaines, elles sont fondées sur le respect de la souveraineté, de lintégrité territoriale et sur les bonnes relations de voisinage. En Afrique, à lère de la globalisation, il est impératif davoir une coopération étroite entre tous les pays. Mais, afin de réaliser une unité effective, il faudrait des regroupements sous-régionaux, une coopération qui peut aller jusquà lintégration économique. On aurait ainsi construit des ensembles pour une grande communauté africaine.
LNA. Depuis son indépendance, lÉrythrée a connu des différends et des tensions avec tous ses voisins : Soudan, Yémen, Djibouti, Éthiopie. Récemment le président djiboutien a accusé votre pays daider des rebelles dans son pays et il a affirmé que vos deux pays étaient presque en état de guerre. Que répondez-vous à cela ?
HW. Tout dabord, il est malheureux quune image fausse ait été créée. Alors que nous avons un pays nouveau et indépendant, il y a peut être beaucoup dAfricains qui ne sont pas prêts à accepter lindépendance de lÉrythrée. En particulier cela a été le cas parce que lÉthiopie na jamais essayé daccepter lÉrythrée comme entité séparée, comme une colonie italienne semblable aux autres colonies italiennes, la Lybie et la Somalie, et parce que le siège de lOUA se trouve à Addis-Abeba, lorganisation a été influencée par la politique et la diplomatie de lÉthiopie. On ne nous a pas octroyé notre indépendance, nous lavons gagnée. Bien quayant gagné notre indépendance, nous voulions létablir par un processus légal. Nous voulions montrer au monde, à nos surs et frères africains que cest la volonté du peuple érythréen, non la volonté dune organisation politique, le FPLE (1) ou quelque chose de ce genre. Cest pourquoi nous avons annoncé unilatéralement la tenue dun référendum pour que le peuple dÉrythrée décide ce quil veut. Veut-il lunité avec lÉthiopie ou lindépendance ? Je pense quil y a une idée préconçue selon laquelle lÉrythrée fait partie de lÉthiopie. Cest une nouvelle réalité et chaque fois quil y du nouveau, ce nest pas accepté facilement. Voilà un aspect. Lautre aspect cest que nous, en Érythrée, nous avons souffert pendant presquun demi-siècle de loppression coloniale et de lasservissement, et nous avons gagné par la guerre qui a été très dévastatrice. Nous avons payé un prix élevé et lourd. Nous savons ce que signifie la guerre. Donc depuis le début, notre politique a été de vivre en paix avec nos voisins. Mais cela implique que deux mains soient tendues, et pas une seule. À propos de Djibouti, nous Érythréens navons aucun problème. Pas de revendication, pas de problème frontalier, rien. En fait, nous avons été ceux qui ont travaillé intensément pour revitaliser lIgad (2) et nous avons toujours dit aux autorités de Djibouti quelles ont un rôle neutre à jouer au sein de lIgad. Cest pour cela que nous avons été très favorables à ce que Djibouti abrite le siège de lIgad. Nous savons que le problème de Djibouti a toujours été la revendication expansionniste de la Somalie et de lÉthiopie. Car les Somalis y voient la Somalie française et veulent la prendre. Les Éthiopiens ont toujours réclamé Djibouti. En Érythrée, nous ne demandons pas un pouce de territoire de Djibouti. Et nous savons que seule la présence française a toujours sauvegardé Djibouti. Nous avons toujours dit aux autorités françaises que leur présence nest pas seulement un facteur de stabilité pour Djibouti mais que celle-ci joue aussi ce rôle pour la corne de lAfrique. Malheureusement, Djibouti a ses propres problèmes internes, des divisions politiques, et même lorsque le problème avec lÉthiopie a commencé, nous avons dit aux autorités de Djibouti que cétait leur droit de développer des relations bilatérales avec lÉthiopie. Nous nous sommes exprimés seulement quand ils ont commencé à coopérer à leffort de guerre éthiopien. Nous avons dit que Djibouti navait pas besoin de collaborer avec lÉthiopie.
LNA. Comment ont-ils collaboré ?
HW. Ils ont autorisé les troupes éthiopiennes à utiliser le territoire djiboutien, ils ont permis le passage dengins de guerre vers lÉthiopie. Mais pire encore, ils ont pris parti dans le conflit en affirmant que lÉrythrée était en tort. Alors quils participaient au processus de paix de lOUA, ils ont pris parti. Ce nétait pas nécessaire ils pouvaient développer des relations bilatérales sans cela. En réalité, il est préférable pour Djibouti de remplir un rôle de neutralité pour la stabilisation de la corne de lAfrique.
Concernant la déclaration du président de Djibouti : nous ne soutenons pas de groupe dopposition. Fin novembre dernier, une délégation érythréenne est venue en France. Elle a été reçue par les autorités françaises à qui elle a demandé les preuves dune aide érythréenne à des groupes dopposition djiboutiens et elles nont pu apporter aucune preuve concrète.
LNA. Selon une citation de Patrick Gilkes dans un magazine de la BBC, Ato Issayas Afeworki, président de lÉrythrée aurait déclaré : « Le conflit a lavantage de montrer à la jeune génération érythréenne la réalité du combat pour lindépendance. » En Éthiopie, on le sait, le conflit a permis au gouvernement de rassembler autour de lui. On a limpression que ce conflit qui dure permet aux pouvoirs en place de se renforcer. Quen pensez-vous ?
HW. Dabord, je ne suis pas sûr de la citation. En Érythrée nous navons aucun problème. Nous navons aucun problème interne. Le peuple érythréen a été uni durant le long combat pour la libération et le gouvernement nest pas fondé sur des critères ethniques ou religieux. Nous, tout le peuple, avons été impliqués dans la mise au point de la constitution que nous sommes prêts à mettre en vigueur. Cest pourquoi nous navons pas de problèmes internes. Selon notre constitution, nous aurons un système multipartiste. Mais nous en sommes à la rédaction des lois sur les partis. Après cela seulement il y aura des partis politiques. Maintenant nous navons quun front. Cest une base large, les tendances vont de la gauche à la droite et il y plusieurs organisations qui travaillent ensemble. Il nest pas besoin de créer un problème externe afin dunir les Érythréens. En Éthiopie, il y a ce problème à cause des différentes nationalités et parce que le parti au pouvoir, le FPLT (3), fonde sa constitution sur lethnicité. Et le pacte fédéral est basé sur les groupes ethniques. Il y a une question au sujet de la participation des différents groupes qui pensent ne pas être bien représentés. Donc en ce qui concerne lÉthiopie, cest aux Éthiopiens de répondre. Nous, nous navons aucun problème.
LNA. La question portait aussi sur les frustrations économiques qui pourraient pousser un gouvernement à utiliser un conflit pour se renforcer, et non pas seulement sur les problèmes ethniques...
HW. Tout est relatif. Même dans le monde développé, vous avez des problèmes économiques. Mais la gravité du problème est relative dun pays à lautre. Dans le cas de lÉrythrée, je demanderai simplement à tout observateur dexaminer les indicateurs économiques et sociaux des institutions de Bretton Woods, la Banque Mondiale et le FMI. Ils parleront deux-mêmes. Quel était le taux de croissance annuel avant le conflit ? Ils parleront deux-mêmes. Je peux vous le dire, mais plutôt que dessayer de me croire, il est préférable de regarder les résultats annuels dans les domaines économiques et sociaux. Donc, nous navons aucun problème. Il nest pas nécessaire de créer un problème avec dautres pays pour résoudre une question interne.
LNA. Votre président a déclaré en novembre que lÉrythrée est prête à retirer ses troupes unilatéralement. Pouvez-vous commenter cette information ?
HW. Depuis le tout début du problème, le 13 mai 1998, quand le Parlement éthiopien a émis une déclaration de guerre, le gouvernement érythréen a fait une proposition très constructive le 14 mai 1998, déclarant que lÉrythrée était prête à retirer ses troupes de son propre territoire, afin de réduire la tension et permettre à un tiers dentreprendre la démarcation de la frontière. Voilà la position constante de lÉrythrée : cessez-le-feu, retrait des troupes de tout territoire contesté, laisser un tiers borner la frontière à partir des traités coloniaux. Et, sans hésiter, les déclarations de mon président sont à tout moment conformes cette position.
LNA. Mais ce qui est frappant, cest la manque de confiance entre les belligérants. On sent que la situation ne peut que senliser sil ny a pas une médiation forte acceptée par les deux parties.
HW. Cest une question de confiance : si les Éthiopiens disent quils ne font pas confiance à lÉrythrée, cest naturel, nous ne leur faisons pas non plus confiance. Sinon il ny aurait pas eu besoin dun tiers pour négocier. Nous pouvions négocier entre nous. Donc il ny a pas de confiance, cest sûr. Cest pourquoi il y a un tiers comme médiateur et pour créer les conditions de la confiance. Cest pourquoi lOUA a fait une proposition. Cela ne satisfait peut-être pas chaque partie à 100%. Mais le problème cest que la solution cest : il faut que chacun accepte la condition dune résolution pacifique et légale. La seule solution durable doit être pacifique et légale. Et cest la démarcation de la frontière fondée sur les traités coloniaux et la loi internationale. Aussi le besoin dun tiers est évident.
Nous ne leur demandons pas de nous croire, nous pouvons ne pas les croire. Cest pourquoi il y a une organisation internationale en Afrique et, en vue de tout accord provisoire, en attendant la démarcation de la frontière, il faut une mesure pour instaurer la confiance : le retrait des troupes, afin déviter une confrontation, puisquun seul soldat pourrait produire létincelle. Nous devons faire confiance à la communauté internationale. Cest pour cela que nous avons accepté laccord cadre, les modalités techniques et leur mise en uvre, nous avons dit ok !, bien que non satisfaits à 100% du plan de paix. Quelle est lobjection des Éthiopiens aux modalités techniques ? Les Éthiopiens sopposent à la cessation des hostilités et au cessez-le-feu. Alors, quel est leur engagement en faveur dune solution pacifique ? Les Éthiopiens sopposent aux missions dobservation, de maintien de la paix... Pourquoi sopposent-ils à toute tierce partie ? Puisque cest la seule façon de garantir la cessation des hostilités et lapplication du plan de paix. Ils ont accepté laccord cadre et ses modalités, or le premier élément quils contiennent cest la cessation des hostilités. Pour avoir une cessation des hostilités, il faut que tout le monde puisse la contrôler, un corps dobservateurs, une mission de maintien de la paix et dautres observateurs.
LNA. Avant le conflit le commerce avec lÉthiopie était important. Par exemple beaucoup de céréales étaient importées dÉthiopie. Doù viennent à présent les importations alimentaires ?
HW. Avant tout, en Érythrée depuis lindépendance nous pensons quil faut une coopération. Nous préférons oublier et pardonner toutes les atrocités commises par les gouvernements éthiopiens précédents à légard du peuple érythréen. En un demi siècle il y a eu beaucoup datrocités commises contre notre peuple. Mais nous avons dit après lindépendance que nous devions oublier et pardonner et démarrer une nouvelle coopération. Car cest notre conviction que dans cette nouvelle ère de globalisation, en dehors même de lÉrythrée et de lÉthiopie, sur tout le continent africain, même sil est uni, il ne peut pas être concurrentiel dans ce monde de compétition. Donc cest une obligation. LÉthiopie a ses avantages propres, lÉrythrée a les siens. Donc il doit y avoir une complémentarité au sein de relations bilatérales. Nous sentions que lÉrythrée ne pouvait se développer comme une île. Donc nous navons même pas voulu avoir notre propre monnaie. Nous pensions pouvoir utiliser la monnaie éthiopienne mais notre perspective était une monnaie commune non seulement pour lÉthiopie et lÉrythrée, mais pour toute la sous-région. Et nous avons essayé de développer nos relations bilatérales. Dans ce monde de globalisation, de libéralisation de léconomie, cest un élément important. Nous insistions en faveur de la libéralisation mais lÉthiopie nétait pas prête. Donc à la fin nous ne pouvions harmoniser nos politiques. Pour ce qui concerne les relations commerciales, lÉrythrée aurait été le partenaire fournisseur de services.
Les Éthiopiens nont pas voulu poursuivre les relations et nous avons dû chercher dautres marchés. Au sujet des céréales, nous avons un programme agricole mais nous pensons quil serait mieux que lÉthiopie, plutôt que nous-mêmes, produise ces matières premières. Autrement sil ny a pas de relations commerciales avec lÉthiopie, nous pouvons aussi produire nos céréales. Mais il est comparativement plus avantageux dimporter des produits alimentaires dÉthiopie. Mais maintenant nous les produisons nous-mêmes. Nous ne sommes peut être pas autosuffisants en ce moment mais il y a des marchés tout autour. Ce que nous nobtenons pas de lÉthiopie, nous lobtenons du Yémen, de lInde, du Soudan...
LNA. Et le téf (4) qui est très consommé par les populations des hauts-plateaux ?
HW. Quand vous évoquez le téf, vous parlez dune région spécifique, pas seulement des hauts-plateaux. Mais en Érythrée, cest seulement la classe supérieure qui consomme le téf, ce nest pas comme en Éthiopie. Par exemple nous avons beaucoup de poisson. Sur les hauts-plateaux, les gens ne mangeaient pas de poisson, maintenant nous introduisons ce genre dalimentation et cette habitude de la côte est à présent effective sur les hauts-plateaux.
LNA. A propos de vos institutions, la période de transition est terminée. Les élections nationales étaient prévues cette année. Quen est-il ?
HW. -- Nous avions prévu les élections pour lassemblée constituante fin 1999, début 2000. À cause du conflit cest devenu un problème pour tous. Mais cela est maintenant programmé.
LNA. Et à propos du multipartisme ?
HW. Ce sera discuté par le gouvernement constituant. Car nous aurons un comité électoral et en même temps il y aura une loi sur les partis qui doit être promulguée après les élections.
LNA. Par ailleurs, on assiste à un développement de la presse privée en Érythrée ; mais il semblerait quelle ne dispose pas de toute la liberté dexpression, particulièrement en ce qui concerne le conflit avec lÉthiopie ?
HW. En premier lieu, il est toujours nécessaire quil y ait une culture politique dans les questions de presse. Il y a une responsabilité pour tout média. Des annonces diffamatoires autorisent chacun, individu ou gouvernement, à poursuivre tout journal qui est diffamatoire sans fondement. Donc un individu a le droit de demander confirmation auprès du gouvernement et il a le droit au cas où il aurait été traité incorrectement dexprimer également ses propres observations. Le développement de la culture politique est en cours. Je ne dirais pas que nous avons des publications complètes et responsables aussi bien que conscientes au sujet de la société mais il y une loi de la presse qui autorise nimporte qui à publier. Mais il y a des devoirs comme dans tout autre pays. Certains critiquent la politique du gouvernement. Ils sont autorisés à le faire.
LNA. Mais, létat de guerre, ne pourrait-il agir comme un prétexte pour museler la presse ?
HW. En Érythrée, nous navons pas de problème parce que la position au gouvernement est favorable à une solution pacifique et légale. Nous sommes opposés à lutilisation de la force pour résoudre ce problème. Nous sommes opposés à la déclaration de la guerre, nous avons accepté laccord cadre.
Les deux peuples, comme voisins, doivent savoir vivre ensemble même si les politiques divergent. Les gouvernements passent mais les peuples restent. Pour le gouvernement érythréen tous les pays de la sous-région, lÉthiopie aussi, doivent vivre ensemble. Nous avons vu beaucoup de méfaits commis auparavant contre le peuple érythréen, maintenant nous voyons les mêmes choses mais nous sommes confiants dans le fait que les deux peuples ont un intérêt dans une destinée commune indépendamment des problèmes actuels. Les peuples éthiopien et érythréen nont pas dintérêt dans la guerre. Donc la résolution pacifique et légale de ce problème est un intérêt commun pour les deux peuples. Particulièrement, comme amis du peuple éthiopien, je madresse à vous, il y a une perspective éventuelle de solution pacifique et les peuples dÉrythrée et dÉthiopie se rencontreront pour résoudre les problèmes. À présent, à cause de ces problèmes, nous ne devons pas nous inquiéter pour les relations futures entre les deux peuples. Comme amis du peuple éthiopien, vous avez le droit de connaître la situation éthiopienne réelle et le devoir daider à une solution pacifique. Il ny a pas dhostilité entre les deux peuples. Ils doivent avoir des relations avec leurs voisins et entre eux.
(1) Front populaire de libération de lÉrythrée.
(2) Agence intergouvernementale de développement regroupant : Djibouti, lÉrythrée, lÉthiopie, le Kénya, lOuganda, la Somalie et le Soudan.
(3) Front populaire de libération du Tigray.
(4) Céréale servant à fabriquer linjera, galette traditionnelle en Érythrée et en Éthiopie.