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Érythrée / Politique

Haïle Weldensae
ministre des Affaires étrangères d’Érythrée

« Les deux peuples, comme voisins, doivent savoir vivre ensemble même si les politiques divergent. Les gouvernements passent mais les peuples restent »

  


PROPOS RECUEILLIS PAR
COLETTE DELSOL ET ROBERT WIREN

  

Actualisation (22/09/01). Haïle Weldensae a été arrêté le 17 septembre 2001, dans le cadre de mesures visant à la fois les 15 réformateurs érythréens ayant critiqué publiquement le président Issayas Afeworki, et les 8 journaux privés qui avaient publié leurs lettres ouvertes.

Après l'entretien publié ci-dessous, Colette Delsol avait souligné la faible motivation du Ministre à parler de la guerre. Réserve audacieuse dans le contexte d'alors, où derrière les propos obligés semblait déjà pointer son "opposition" aux choix politiques du président Issayas. – AL

        


Le contexte. Haïle Weldensae est né le 15 février 1947 à Asmara. Il occupe les fonctions de ministre des Affaires étrangères d’Érythrée depuis février 1997, après avoir été en charge du ministère des Finances et du Développement de 1993 à 1997.

Il a commencé ses activités militantes au sein du mouvement étudiant érythréen pour la libération nationale au début des années soixante. Haïle Weldensae a ensuite occupé diverses fonctions politiques au sein du Front populaire de libération érythréen (FPLE) et du gouvernement provisoire. Les récentes années de son activité politique sont plutôt centrées sur l’économie même si, parallèlement, il a participé à diverses négociations diplomatiques au cours de la jeune histoire de l’Érythrée indépendante. Haïle Weldensae ne conçoit pas la diplomatie sans l’économie et le développement et, pour lui, coopération égale partenariat.

En ce qui concerne le conflit entre son pays et l’Éthiopie, la seule solution dit-il, c’est la présence d’observateurs en mesure d’assurer la cessation des hostilités et ensuite la démarcation incontestée de la frontière. Car Haïle Weldensae reste confiant sur les futures relations entre les peuples des deux pays et optimiste sur un développement commun de la Corne de l’Afrique.

La rencontre. Nous avons rencontré ato [monsieur] Weldensae à Paris, en marge de la réunion de suivi du sommet des chefs d’État d’Afrique et de France. L’entretien s’est déroulé au consulat d’Érythrée, en présence de w/ro [madame] Hanna Simon, ambassadeur d’Érythrée en Belgique et auprès de l’Union européenne.

Les thèmes. Politique internationale, développement dans la corne de l'Afrique, coopération, relations avec l’Éthiopie. – CD

        


[Paris, 6 décembre 1999]

LNA. – Qu’attend l’Érythrée de la réunion ministérielle de suivi et, au-delà, de la prochaine conférence des chefs d’État et de gouvernement d’Afrique et de France ?
HW. – L’objectif principal de cette réunion est d’améliorer les relations franco-africaines qui peuvent contribuer à la paix et à la stabilité, et, en même temps, d’aborder les questions de développement. Donc la réunion aura à faire avec les deux partenariats existant entre l’Afrique et la France : d’un côté favoriser les conditions de la paix et de la stabilité, ce qui est un préalable au développement, et puis le partenariat pour le développement.

LNA. – Que pensez-vous du rôle de la France ?
HW. – La France en particulier a un rôle important à jouer. En Afrique, d’une manière générale, en Afrique de l’est en particulier et dans la Corne de l’Afrique tout particulièrement. Car la présence française à Djibouti a joué un rôle très important pour la stabilité de la corne. C’est pourquoi, depuis le début -- depuis l’indépendance de l’Érythrée -- nous avons toujours considéré la présence française comme une contribution particulière à la paix et à la stabilité. Mais en même temps nous estimons qu’il est possible de développer également notre coopération pour le développement. C’est la raison pour laquelle l’Érythrée, malgré de nombreuses contraintes financières, a maintenant décidé de renforcer sa présence en France en élevant son consulat au rang d’ambassade de plein exercice.

LNA. – Pensez-vous que la politique française en Afrique a changé et, si oui, en quoi ?
HW. – D’une façon générale il est très difficile de faire des commentaires sur ce point, mais en considérant au moins l’Afrique et ses partenaires, l’Europe -- la France et la Grande-Bretagne en particulier -- nous sommes dans une période où il est nécessaire d’évaluer la situation. Aussi bien, du point de vue africain que de celui des partenaires ce qui inclut la France également. Car au cours des trois dernières décennies de relations, beaucoup d’aide a été fournie à l’Afrique, il y a eu beaucoup d’apports financiers, mais cela a-t-il produit des réalisations fructueuses ? A chacun d’évaluer cela.

D’habitude, il y a cette façon de blâmer les acteurs extérieurs, mais nous considérons que les Africains doivent d’abord évaluer leurs propres réalisations. Donc si des erreurs ont été commises de l’extérieur c’est seulement parce qu’elles ont trouvé un terrain en Afrique. En Érythrée, nous n’essayons pas de désigner du doigt les acteurs extérieurs. En premier lieu les Africains ont à nettoyer leur maison. Et en Afrique, la corruption a été l’un des plus importants problèmes de ces trois décennies. Ainsi malgré une aide importante venue des partenaires, cela ne s’est pas traduit par une amélioration des conditions de vie des gens en Afrique. C’est pourquoi je pense qu’il est temps de faire des évaluations et de corriger les choses dans les deux sens.

LNA. – Quelles sont les relations de l’Érythrée avec les autres pays africains ?
HW. – Pour le moment l’Érythrée est un nouveau pays en train d’émerger et donc nous pensons devoir apprendre beaucoup de choses à partir de l’expérience des autres pays frères africains. Bien qu’étant arrivés après une longue guerre, donc avec une économie dévastée, nous pensons que c’est une chance pour une nouvelle nation d’arriver au moment où l’Afrique et ses partenaires évaluent leurs relations passées, ce qui nous donne l’occasion de ne pas refaire les mêmes erreurs que les autres Africains. Et pour nos partenaires, c’est aussi une occasion, car à présent en Érythrée, dans une nouvelle nation, des partenaires comme la France pourraient imaginer une nouvelle façon de coopérer, c’est aussi dans l’intérêt de chacun d’avoir une réussite. De penser et d’expérimenter une approche nouvelle dans les relations.

En ce qui concerne nos relations africaines, elles sont fondées sur le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et sur les bonnes relations de voisinage. En Afrique, à l’ère de la globalisation, il est impératif d’avoir une coopération étroite entre tous les pays. Mais, afin de réaliser une unité effective, il faudrait des regroupements sous-régionaux, une coopération qui peut aller jusqu’à l’intégration économique. On aurait ainsi construit des ensembles pour une grande communauté africaine.

LNA. – Depuis son indépendance, l’Érythrée a connu des différends et des tensions avec tous ses voisins : Soudan, Yémen, Djibouti, Éthiopie. Récemment le président djiboutien a accusé votre pays d’aider des rebelles dans son pays et il a affirmé que vos deux pays étaient presque en état de guerre. Que répondez-vous à cela ?
HW. – Tout d’abord, il est malheureux qu’une image fausse ait été créée. Alors que nous avons un pays nouveau et indépendant, il y a peut être beaucoup d’Africains qui ne sont pas prêts à accepter l’indépendance de l’Érythrée. En particulier cela a été le cas parce que l’Éthiopie n’a jamais essayé d’accepter l’Érythrée comme entité séparée, comme une colonie italienne semblable aux autres colonies italiennes, la Lybie et la Somalie, et parce que le siège de l’OUA se trouve à Addis-Abeba, l’organisation a été influencée par la politique et la diplomatie de l’Éthiopie. On ne nous a pas octroyé notre indépendance, nous l’avons gagnée. Bien qu’ayant gagné notre indépendance, nous voulions l’établir par un processus légal. Nous voulions montrer au monde, à nos sœurs et frères africains que c’est la volonté du peuple érythréen, non la volonté d’une organisation politique, le FPLE (1) ou quelque chose de ce genre. C’est pourquoi nous avons annoncé unilatéralement la tenue d’un référendum pour que le peuple d’Érythrée décide ce qu’il veut. Veut-il l’unité avec l’Éthiopie ou l’indépendance ? Je pense qu’il y a une idée préconçue selon laquelle l’Érythrée fait partie de l’Éthiopie. C’est une nouvelle réalité et chaque fois qu’il y du nouveau, ce n’est pas accepté facilement. Voilà un aspect. L’autre aspect c’est que nous, en Érythrée, nous avons souffert pendant presqu’un demi-siècle de l’oppression coloniale et de l’asservissement, et nous avons gagné par la guerre qui a été très dévastatrice. Nous avons payé un prix élevé et lourd. Nous savons ce que signifie la guerre. Donc depuis le début, notre politique a été de vivre en paix avec nos voisins. Mais cela implique que deux mains soient tendues, et pas une seule. À propos de Djibouti, nous Érythréens n’avons aucun problème. Pas de revendication, pas de problème frontalier, rien. En fait, nous avons été ceux qui ont travaillé intensément pour revitaliser l’Igad (2) et nous avons toujours dit aux autorités de Djibouti qu’elles ont un rôle neutre à jouer au sein de l’Igad. C’est pour cela que nous avons été très favorables à ce que Djibouti abrite le siège de l’Igad. Nous savons que le problème de Djibouti a toujours été la revendication expansionniste de la Somalie et de l’Éthiopie. Car les Somalis y voient la Somalie française et veulent la prendre. Les Éthiopiens ont toujours réclamé Djibouti. En Érythrée, nous ne demandons pas un pouce de territoire de Djibouti. Et nous savons que seule la présence française a toujours sauvegardé Djibouti. Nous avons toujours dit aux autorités françaises que leur présence n’est pas seulement un facteur de stabilité pour Djibouti mais que celle-ci joue aussi ce rôle pour la corne de l’Afrique. Malheureusement, Djibouti a ses propres problèmes internes, des divisions politiques, et même lorsque le problème avec l’Éthiopie a commencé, nous avons dit aux autorités de Djibouti que c’était leur droit de développer des relations bilatérales avec l’Éthiopie. Nous nous sommes exprimés seulement quand ils ont commencé à coopérer à l’effort de guerre éthiopien. Nous avons dit que Djibouti n’avait pas besoin de collaborer avec l’Éthiopie.

LNA. – Comment ont-ils collaboré ?
HW. – Ils ont autorisé les troupes éthiopiennes à utiliser le territoire djiboutien, ils ont permis le passage d’engins de guerre vers l’Éthiopie. Mais pire encore, ils ont pris parti dans le conflit en affirmant que l’Érythrée était en tort. Alors qu’ils participaient au processus de paix de l’OUA, ils ont pris parti. Ce n’était pas nécessaire ils pouvaient développer des relations bilatérales sans cela. En réalité, il est préférable pour Djibouti de remplir un rôle de neutralité pour la stabilisation de la corne de l’Afrique.

Concernant la déclaration du président de Djibouti : nous ne soutenons pas de groupe d’opposition. Fin novembre dernier, une délégation érythréenne est venue en France. Elle a été reçue par les autorités françaises à qui elle a demandé les preuves d’une aide érythréenne à des groupes d’opposition djiboutiens et elles n’ont pu apporter aucune preuve concrète.

LNA. – Selon une citation de Patrick Gilkes dans un magazine de la BBC, Ato Issayas Afeworki, président de l’Érythrée aurait déclaré : « Le conflit a l’avantage de montrer à la jeune génération érythréenne la réalité du combat pour l’indépendance. » En Éthiopie, on le sait, le conflit a permis au gouvernement de rassembler autour de lui. On a l’impression que ce conflit qui dure permet aux pouvoirs en place de se renforcer. Qu’en pensez-vous ?
HW. – D’abord, je ne suis pas sûr de la citation. En Érythrée nous n’avons aucun problème. Nous n’avons aucun problème interne. Le peuple érythréen a été uni durant le long combat pour la libération et le gouvernement n’est pas fondé sur des critères ethniques ou religieux. Nous, tout le peuple, avons été impliqués dans la mise au point de la constitution que nous sommes prêts à mettre en vigueur. C’est pourquoi nous n’avons pas de problèmes internes. Selon notre constitution, nous aurons un système multipartiste. Mais nous en sommes à la rédaction des lois sur les partis. Après cela seulement il y aura des partis politiques. Maintenant nous n’avons qu’un front. C’est une base large, les tendances vont de la gauche à la droite et il y plusieurs organisations qui travaillent ensemble. Il n’est pas besoin de créer un problème externe afin d’unir les Érythréens. En Éthiopie, il y a ce problème à cause des différentes nationalités et parce que le parti au pouvoir, le FPLT (3), fonde sa constitution sur l’ethnicité. Et le pacte fédéral est basé sur les groupes ethniques. Il y a une question au sujet de la participation des différents groupes qui pensent ne pas être bien représentés. Donc en ce qui concerne l’Éthiopie, c’est aux Éthiopiens de répondre. Nous, nous n’avons aucun problème.

LNA. – La question portait aussi sur les frustrations économiques qui pourraient pousser un gouvernement à utiliser un conflit pour se renforcer, et non pas seulement sur les problèmes ethniques...
HW. – Tout est relatif. Même dans le monde développé, vous avez des problèmes économiques. Mais la gravité du problème est relative d’un pays à l’autre. Dans le cas de l’Érythrée, je demanderai simplement à tout observateur d’examiner les indicateurs économiques et sociaux des institutions de Bretton Woods, la Banque Mondiale et le FMI. Ils parleront d’eux-mêmes. Quel était le taux de croissance annuel avant le conflit ? Ils parleront d’eux-mêmes. Je peux vous le dire, mais plutôt que d’essayer de me croire, il est préférable de regarder les résultats annuels dans les domaines économiques et sociaux. Donc, nous n’avons aucun problème. Il n’est pas nécessaire de créer un problème avec d’autres pays pour résoudre une question interne.

LNA. – Votre président a déclaré en novembre que l’Érythrée est prête à retirer ses troupes unilatéralement. Pouvez-vous commenter cette information ?
HW. – Depuis le tout début du problème, le 13 mai 1998, quand le Parlement éthiopien a émis une déclaration de guerre, le gouvernement érythréen a fait une proposition très constructive le 14 mai 1998, déclarant que l’Érythrée était prête à retirer ses troupes de son propre territoire, afin de réduire la tension et permettre à un tiers d’entreprendre la démarcation de la frontière. Voilà la position constante de l’Érythrée : cessez-le-feu, retrait des troupes de tout territoire contesté, laisser un tiers borner la frontière à partir des traités coloniaux. Et, sans hésiter, les déclarations de mon président sont à tout moment conformes cette position.

LNA. – Mais ce qui est frappant, c’est la manque de confiance entre les belligérants. On sent que la situation ne peut que s’enliser s’il n’y a pas une médiation forte acceptée par les deux parties.
HW. – C’est une question de confiance : si les Éthiopiens disent qu’ils ne font pas confiance à l’Érythrée, c’est naturel, nous ne leur faisons pas non plus confiance. Sinon il n’y aurait pas eu besoin d’un tiers pour négocier. Nous pouvions négocier entre nous. Donc il n’y a pas de confiance, c’est sûr. C’est pourquoi il y a un tiers comme médiateur et pour créer les conditions de la confiance. C’est pourquoi l’OUA a fait une proposition. Cela ne satisfait peut-être pas chaque partie à 100%. Mais le problème c’est que la solution c’est : il faut que chacun accepte la condition d’une résolution pacifique et légale. La seule solution durable doit être pacifique et légale. Et c’est la démarcation de la frontière fondée sur les traités coloniaux et la loi internationale. Aussi le besoin d’un tiers est évident.

Nous ne leur demandons pas de nous croire, nous pouvons ne pas les croire. C’est pourquoi il y a une organisation internationale en Afrique et, en vue de tout accord provisoire, en attendant la démarcation de la frontière, il faut une mesure pour instaurer la confiance : le retrait des troupes, afin d’éviter une confrontation, puisqu’un seul soldat pourrait produire l’étincelle. Nous devons faire confiance à la communauté internationale. C’est pour cela que nous avons accepté l’accord cadre, les modalités techniques et leur mise en œuvre, nous avons dit ok !, bien que non satisfaits à 100% du plan de paix. Quelle est l’objection des Éthiopiens aux modalités techniques ? Les Éthiopiens s’opposent à la cessation des hostilités et au cessez-le-feu. Alors, quel est leur engagement en faveur d’une solution pacifique ? Les Éthiopiens s’opposent aux missions d’observation, de maintien de la paix... Pourquoi s’opposent-ils à toute tierce partie ? Puisque c’est la seule façon de garantir la cessation des hostilités et l’application du plan de paix. Ils ont accepté l’accord cadre et ses modalités, or le premier élément qu’ils contiennent c’est la cessation des hostilités. Pour avoir une cessation des hostilités, il faut que tout le monde puisse la contrôler, un corps d’observateurs, une mission de maintien de la paix et d’autres observateurs.

LNA. – Avant le conflit le commerce avec l’Éthiopie était important. Par exemple beaucoup de céréales étaient importées d’Éthiopie. D’où viennent à présent les importations alimentaires ?
HW. – Avant tout, en Érythrée depuis l’indépendance nous pensons qu’il faut une coopération. Nous préférons oublier et pardonner toutes les atrocités commises par les gouvernements éthiopiens précédents à l’égard du peuple érythréen. En un demi siècle il y a eu beaucoup d’atrocités commises contre notre peuple. Mais nous avons dit après l’indépendance que nous devions oublier et pardonner et démarrer une nouvelle coopération. Car c’est notre conviction que dans cette nouvelle ère de globalisation, en dehors même de l’Érythrée et de l’Éthiopie, sur tout le continent africain, même s’il est uni, il ne peut pas être concurrentiel dans ce monde de compétition. Donc c’est une obligation. L’Éthiopie a ses avantages propres, l’Érythrée a les siens. Donc il doit y avoir une complémentarité au sein de relations bilatérales. Nous sentions que l’Érythrée ne pouvait se développer comme une île. Donc nous n’avons même pas voulu avoir notre propre monnaie. Nous pensions pouvoir utiliser la monnaie éthiopienne mais notre perspective était une monnaie commune non seulement pour l’Éthiopie et l’Érythrée, mais pour toute la sous-région. Et nous avons essayé de développer nos relations bilatérales. Dans ce monde de globalisation, de libéralisation de l’économie, c’est un élément important. Nous insistions en faveur de la libéralisation mais l’Éthiopie n’était pas prête. Donc à la fin nous ne pouvions harmoniser nos politiques. Pour ce qui concerne les relations commerciales, l’Érythrée aurait été le partenaire fournisseur de services.

Les Éthiopiens n’ont pas voulu poursuivre les relations et nous avons dû chercher d’autres marchés. Au sujet des céréales, nous avons un programme agricole mais nous pensons qu’il serait mieux que l’Éthiopie, plutôt que nous-mêmes, produise ces matières premières. Autrement s’il n’y a pas de relations commerciales avec l’Éthiopie, nous pouvons aussi produire nos céréales. Mais il est comparativement plus avantageux d’importer des produits alimentaires d’Éthiopie. Mais maintenant nous les produisons nous-mêmes. Nous ne sommes peut être pas autosuffisants en ce moment mais il y a des marchés tout autour. Ce que nous n’obtenons pas de l’Éthiopie, nous l’obtenons du Yémen, de l’Inde, du Soudan...

LNA. – Et le téf (4) qui est très consommé par les populations des hauts-plateaux ?
HW. – Quand vous évoquez le téf, vous parlez d’une région spécifique, pas seulement des hauts-plateaux. Mais en Érythrée, c’est seulement la classe supérieure qui consomme le téf, ce n’est pas comme en Éthiopie. Par exemple nous avons beaucoup de poisson. Sur les hauts-plateaux, les gens ne mangeaient pas de poisson, maintenant nous introduisons ce genre d’alimentation et cette habitude de la côte est à présent effective sur les hauts-plateaux.

LNA. – A propos de vos institutions, la période de transition est terminée. Les élections nationales étaient prévues cette année. Qu’en est-il ?
HW. -- Nous avions prévu les élections pour l’assemblée constituante fin 1999, début 2000. À cause du conflit c’est devenu un problème pour tous. Mais cela est maintenant programmé.

LNA. – Et à propos du multipartisme ?
HW. – Ce sera discuté par le gouvernement constituant. Car nous aurons un comité électoral et en même temps il y aura une loi sur les partis qui doit être promulguée après les élections.

LNA. – Par ailleurs, on assiste à un développement de la presse privée en Érythrée ; mais il semblerait qu’elle ne dispose pas de toute la liberté d’expression, particulièrement en ce qui concerne le conflit avec l’Éthiopie ?
HW. – En premier lieu, il est toujours nécessaire qu’il y ait une culture politique dans les questions de presse. Il y a une responsabilité pour tout média. Des annonces diffamatoires autorisent chacun, individu ou gouvernement, à poursuivre tout journal qui est diffamatoire sans fondement. Donc un individu a le droit de demander confirmation auprès du gouvernement et il a le droit au cas où il aurait été traité incorrectement d’exprimer également ses propres observations. Le développement de la culture politique est en cours. Je ne dirais pas que nous avons des publications complètes et responsables aussi bien que conscientes au sujet de la société mais il y une loi de la presse qui autorise n’importe qui à publier. Mais il y a des devoirs comme dans tout autre pays. Certains critiquent la politique du gouvernement. Ils sont autorisés à le faire.

LNA. – Mais, l’état de guerre, ne pourrait-il agir comme un prétexte pour museler la presse ?
HW. – En Érythrée, nous n’avons pas de problème parce que la position au gouvernement est favorable à une solution pacifique et légale. Nous sommes opposés à l’utilisation de la force pour résoudre ce problème. Nous sommes opposés à la déclaration de la guerre, nous avons accepté l’accord cadre.

Les deux peuples, comme voisins, doivent savoir vivre ensemble même si les politiques divergent. Les gouvernements passent mais les peuples restent. Pour le gouvernement érythréen tous les pays de la sous-région, l’Éthiopie aussi, doivent vivre ensemble. Nous avons vu beaucoup de méfaits commis auparavant contre le peuple érythréen, maintenant nous voyons les mêmes choses mais nous sommes confiants dans le fait que les deux peuples ont un intérêt dans une destinée commune indépendamment des problèmes actuels. Les peuples éthiopien et érythréen n’ont pas d’intérêt dans la guerre. Donc la résolution pacifique et légale de ce problème est un intérêt commun pour les deux peuples. Particulièrement, comme amis du peuple éthiopien, je m’adresse à vous, il y a une perspective éventuelle de solution pacifique et les peuples d’Érythrée et d’Éthiopie se rencontreront pour résoudre les problèmes. À présent, à cause de ces problèmes, nous ne devons pas nous inquiéter pour les relations futures entre les deux peuples. Comme amis du peuple éthiopien, vous avez le droit de connaître la situation éthiopienne réelle et le devoir d’aider à une solution pacifique. Il n’y a pas d’hostilité entre les deux peuples. Ils doivent avoir des relations avec leurs voisins et entre eux.


(1) Front populaire de libération de l’Érythrée.
(2) Agence intergouvernementale de développement regroupant : Djibouti, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Kénya, l’Ouganda, la Somalie et le Soudan.
(3) Front populaire de libération du Tigray.
(4) Céréale servant à fabriquer l’injera, galette traditionnelle en Érythrée et en Éthiopie.

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