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Djibouti / Politiques / Opposition
Ahmed Dini Ahmed « La revendication de démocratisation, présentée dans laccord [signé avec la présidence djiboutienne], correspond bien aux revendications de toute lopposition djiboutienne unifiée, pas seulement à celles du Frud »
Nous écrivions alors : « On parle de son entrée au gouvernement. Une nouvelle conception de la politique pourrait-elle voir le jour dans la Corne de lAfrique ? » Force est de constater que le processus de Paris semble aujourd'hui en panne. Les thèmes. Trois thèmes ont été abordés : lutte armée, perspectives politiques, paix-sécurité-développement régional. -- AL Lire aussi : entretien avec Mohamed Kadamy, délégué du Frud en France et en Europe. Ahmed Dini. -- La lutte armée cest une forme dexpression, lorsque le dialogue devient impossible ou inopérant. À ce moment-là, la lutte armée devient inévitable. Voilà le but dune lutte armée : donner la parole à la parole. Notre lutte armée a été déclenchée en 1991, lorsquune partie de la communauté nationale a considéré quelle était lobjet dune politique systématique dexclusion et de marginalisation. Le pouvoir a répondu par la force. Étant donné que la force était privilégiée par le pouvoir, elle a également été choisie par la partie qui se sentait lésée, comme réponse à la force. LNA. -- Laccord-cadre entre le gouvernement et le Frud met-il fin à la lutte armé ? LNA. -- Avez-vous une idée des conséquences humaines, du gâchis humain de la lutte armée ? Afin daffaiblir les tentatives des combattants maquisards, le gouvernement a appliqué un blocus alimentaire et un blocus médical. Il y a eu plusieurs épidémies qui ont aggravé les effets des combats. Des régions entières ont été dévastées, les cultures totalement détruites, les gens qui vivaient délevage ont vu leurs troupeaux décimés, par des actions voulues de larmée gouvernementale. Il y a eu des tortures, des viols ; il y a des filles et des femmes qui sont traumatisées pour la vie. Nous navons pas mené une guerre totale. En neuf ans de conflit, nous navons pas perpétré un seul attentat individuel, pas dassassinat, pas un seul sabotage de bien public, pas dactes de guérilla urbaine. Les seules bavures possibles peuvent avoir eu lieu lors du minage des voies de circulation empruntées par les véhicules militaires. Nous navons pas posé une seule mine antipersonnel. Cest un type darme que nous navons jamais voulu posséder, que nous navons jamais utilisé. Nous avons mené une guerre chevaleresque pour laisser une porte ouverte à la réconciliation et à la coexistence. Nous avons commencé à déminer. Nous connaissons le nombre de mines, les emplacements. Il ny a pas eu minage systématique. Pour nous, quelques dizaines... seulement sur des tronçons de routes reliant un poste militaire à un autre. LNA. -- Revenons aux aspects politiques de la lutte armée ; quels en étaient les fondements et les visées idéologiques ? Rien que de très classique et de conventionnel. Mais le pouvoir considérait une partie de la population, les Afars, comme des intrus introduits dans le pays par le colonialisme français. Alors quils étaient là lorsque le colonialisme français est arrivé, ils étaient même, je peux dire, les seuls à se trouver là. Partant de là, il les considérait comme un résidu de colonialisme qui devait donc être éliminé par lindépendance. Aujourdhui le Frud-armé est devenu un mouvement national. LNA. -- Estimez-vous que lélection de M. Ismaël Omar Guelleh a créé une ère politique nouvelle ? Mais la différence entre loffre actuelle et les multiples offres précédentes, cest que les précédentes avaient été formulées par lintermédiaire dune tierce partie. Cest une ère nouvelle parce que cest un nouveau président. Son prédécesseur avait refusé toutes les démarches. LNA. -- Est-ce seulement parce que cest un nouveau président ou parce quil nest pas pareil ? Je crois quil comprendra, ou même quil a déjà compris, que la formule actuelle dexercice du pouvoir est une formule sans avenir. Parce que lenvironnement international, lenvironnement régional et lenvironnement local ne sont pas comme avant. Les dictatures ont été éliminées de plusieurs continents ; elles sont actuellement, je ne dirais pas harcelés mais encerclés. On fait attention aux violations des droits de lhomme, au développement humain. Donc les pouvoirs autoritaires, autocratiques, qui empêchent le développement humain et le développement économique de leurs pays ne sont pas très appréciés à travers le monde. Il a été élu, il y a moins dun an, il lui reste encore cinq ans avant les prochaines élections pour redresser la situation. Si les cinq ans sont utilisés pour faire taire les oppositions, les syndicalistes, les critiques... ce seront cinq ans de perdus et pour un résultat aléatoire ; si ces cinq ans sont utilisés pour libéraliser, pour réaliser une vertu et un début de développement humain et une remise sur la voie des progrès économiques, je pense que le résultat sera meilleur. LNA. -- Laccord-cadre dit « il ny a pas de république viable sans démocratie, ni démocratie sans équilibre des pouvoirs, pluralité de lopinion, liberté den faire état et de droits dagir pour les faire valoir », quelles garanties vous sont offertes concernant ces aspects ? LNA. -- En somme, vous venez de poser le fusil mais il restera dans un coin de la maison... LNA. -- Tout le monde dit que vous allez entrer au gouvernement. LNA. -- À quel niveau accepteriez-vous de « faire quelque chose dutile » ? LNA. -- Il existe plusieurs mouvements dopposition à Djibouti. Le fait que vous seul, leader du Frud-armé, ayez signé un accord dégal à égal avec le président djiboutien ne modifie-t-il pas léquilibre des pouvoirs ? Je naurais pas servi la démocratie si je participais à la marginalisation de lopposition ou dune partie de lopposition. La démocratie a besoin dopposition. LNA. -- Vous avez qualifié de « gesticulations » linitiative djiboutienne visant à régler la crise somalienne [cf. une déclaration à lAFP publiée le 18/11/99]. Que pensez-vous de la politique étrangère de Djibouti dans la région ? LNA. -- Vous avez déclaré que « le groupe afar est le plus intéressé par larrêt des combats entre lÉthiopie et lÉrythrée ». Avez-vous une position personnelle dans les revendications des deux parties en présence dans ce conflit ? Les Afars se trouvent en Érythrée comme Érythréens, en Éthiopie comme Éthiopiens et bien sûr à Djibouti aussi. En Éthiopie ou en Érythrée, ils sont conscrits dans larmée de gré ou de force. Ils ont la particularité dappartenir aux mêmes tribus, aux mêmes familles. Donc des frères, des cousins se tirent dessus en estimant quils ont tort des deux côtés. Dans chaque famille cest un drame. Et cest un drame politique également parce que les Afars dÉrythrée font lobjet de soupçons de sympathies avec lÉthiopie et on se méfie deux en Érythrée. Et linverse, en Éthiopie. Donc pour un Afar, il ny a pas de paix et il ne jouit de la confiance de personne dans la guerre. Il tue à tort, il meurt à tort. Une partie des Tigréens se trouve dans la même situation puisquil se trouve des Tigréens des deux côtés. Ce sont les deux peuples qui se trouvent dans cette situation. Les trois frontières passent au milieu des familles afars. Nous sommes donc le groupe le plus concerné par la paix. Sil ny a pas la paix, nous ne pouvons pas choisir, puisque nous avons de la famille de lautre côté. Nous ne pouvons pas considérer lÉrythrée comme ennemie, nous ne pouvons pas considérer lÉthiopie comme ennemie puisque les rapports entre les familles dépendent des rapports entre les États. Nous sommes les seuls à nous trouver dans cette situation. Les Afars ne peuvent pas avoir un avenir indépendant de lavenir de la région. Les Afars érythréens se considèrent comme Érythréens, les Afars djiboutiens se considèrent comme Djiboutiens, les Afars éthiopiens se considèrent comme Éthiopiens. Et leur avenir dépend des relations entre ces trois États. Les aspirations des Afars sont que les relations entre les trois pays soient les meilleures possibles pour ne pas être écartelés. La politique de chacun de ces trois pays est la politique afar. Pour éviter lécartèlement, il faut quils vivent en harmonie. Et lavenir afar se trouve dans cette harmonie. Pour le moment, dans les trois pays ils craignent dabord dêtre marginalisés parce que chacun les soupçonne dêtre en faveur de lautre. LNA. -- Mais à Djibouti, quel est lavenir des Afars djiboutiens ? LNA. -- Certains de vos frères du Frud ont été arrêtés par les autorités éthiopiennes et livrés à Djibouti. En concevez-vous de la rancur ? LNA. -- Quel est votre point de vue sur lévolution des relations djibouto-éthiopiennes ? Djibouti sans port, ce nest pas Djibouti. Donc il y a ce lien. Mais à partir de ce lien, Djibouti et lÉthiopie doivent éviter plusieurs écueils dont le principal et le plus dangereux, du côté éthiopien, serait de vouloir mettre la main sur Djibouti pour quil soit sous la souveraineté éthiopienne. Cest un risque dangereux pour lÉthiopie. Si lÉthiopie mettait la main sur Djibouti, elle perdrait ce port. Djibouti deviendrait ipso facto partie intégrante, prolongement de lOgaden, donc un territoire à libérer. Il y aurait donc une lutte de libération. Les autorités djiboutiennes doivent éviter de se conduire en vassaux de lÉthiopie. Il doit y avoir complémentarité, pas dépendance. Djibouti doit garder sa marge de manuvre, sa liberté. LNA. -- Quand rentrez-vous à Djibouti ?
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