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Djibouti / Politiques / Opposition
Mohamed Kadamy, « La révolte ou la résistance qui a eu lieu à Djibouti sapparente à une lutte armée politique, inscrite dans le courant des grandes libérations nationales. »
L'homme. Mohamed Kadamy est parmi les membres fondateurs du Frud. Les thèmes. Histoire du Frud, perspectives de l'opposition djiboutienne, continuité du pouvoir quasi dictatorial, le processus de Paris serait-il bloqué ?, emprisonnement à Gabode, la nouvelle situation en Somalie. -- AL La lutte armée par défaut de dialogue et de perspective politique Les Nouvelles dAddis. -- Il faudrait que vous fassiez un portrait du Frud. À lorigine cest un mouvement dindépendance nationale, un mouvement dindépendance afar... Non sans avoir essayé tous les recours, tous les moyens pacifiques pour changer lordre des choses à Djibouti, il a finalement opté pour la lutte armée. Dabord en établissant une présence armée dans certaines régions sans déclencher dailleurs de lutte armée. Entre le mois daoût et le mois de novembre 1991, suite à une offensive lancée par le gouvernement dans le sud-ouest du pays le 12 octobre 1991, le Frud a effectivement déclenché la lutte armée. Cest un mouvement qui est originairement composé des Afars mais qui, au fur et à mesure de la poursuite de la lutte, a intégré des couches somaliennes et la minorité arabe. Mais en même temps cette lutte armée a été ponctuée et assortie dappels au dialogue. Dès les premières semaines de la lutte armée, alors que le Frud était en situation doffensive favorable, il a décrété un cessez-le-feu unilatéral pour offrir un dialogue au pouvoir. Comme toute réponse, il y a eu mobilisation générale et recrutement des soldats de lancien régime de Syad Barré [Somalie] et de celui de Menguistou [Éthiopie] en faveur des forces gouvernementales. Donc, en face du dialogue, il y a toujours eu une espèce descalade, et plus dintransigeance du pouvoir djiboutien. Loffre de dialogue est inscrite dans les pratiques des membres du Frud, et ce nest pas toujours facile. Le dialogue a été utilisé au sein du Frud en 1994, lorsquune dissidence a éclaté à Aba (sud-ouest de Djibouti). Nous étions un certain nombre de dirigeants et cadres à essayer de convaincre les instigateurs de cette dissidence à ne pas diviser le Frud. Certains dirigeants militaires ont fait preuve de cécité politique malgré leur connaissance du terrain. On na pas pu les retenir, et le Frud les laissa partir sans coup férir. Cest donc une façon de procéder qui est dabord salutaire pour le mouvement mais qui peut lêtre aussi pour la gestion de notre pays. Parce que ce qui manque le plus, aussi bien à Djibouti que dans la région, cest cette notion de dialogue, de négociation. LNA. -- Le Frud est dorigine afar, même si les choses ont évolué. Les Afars sont des nomades, or on sait que les nomades dérangent les États. Comment étiez-vous perçus au début de votre lutte armée et comment la situation a-t-elle évolué vis-à-vis des pays de la corne de lAfrique, Érythrée, Éthiopie et Somalie, sans parler de Djibouti où la lutte se menait ? Pour répondre à la question, ce nest donc pas léternel problème entre les nomades et lÉtat. La révolte ou la résistance qui a eu lieu à Djibouti sapparente à une lutte armée politique, inscrite dans le courant des grandes libérations nationales. Alors effectivement, comme les Afars se trouvent aussi en Éthiopie et en Érythrée, dès quon parle dun problème afar quelque part, ça hérisse un peu les États de la région. Au début, tout le monde a été surpris par les conquêtes du Frud à Djibouti. Je me trouvais au Yémen à lépoque et jai appris que les États de la région étaient vraiment paniqués à lidée que le Frud puisse accéder au pouvoir. Mais au fur et à mesure quon expliquait lévolution du Frud -- on a eu beaucoup de mal -- mais les gens voyaient que cétait un mouvement responsable. Parfois même cela les étonnait que nous soyons aussi pondérés que cela. Il y a eu beaucoup de cessez-le-feu, alors que la position du Frud était à loffensive. M. Ahmed Dini et moi-même sommes allés à Addis-Abeba et à Asmara pour expliquer les revendications du Frud. Tout le monde trouvait cela raisonnable et même parfois soutenait ces revendications ou ces positions du Frud. Donc à force dexplications, les gens ont commencé à voir le problème dune façon plus réaliste. LNA. -- La situation a évolué. Ahmed Dini, en tant que président du Frud armé, a signé un traité de paix avec la présidence djiboutienne. Il était en exil à Paris et il est rentré à Djibouti. Selon vous, « ça évolue » dans quel sens ? Mais Ahmed Dini a des revendications très précises et cest la raison pour laquelle le Frud la porté à sa tête, alors quau début il ne faisait pas partie de la direction du mouvement. On connaît sa pondération et sa droiture qui font tellement défaut, je lai dit, dans ces régions. Il est allé (chose la plus extraordinaire) jusquau fief du pouvoir djiboutien qui le combat. Ce régime qui a toujours combattu le Frud dune façon violente et même combattu des populations civiles qui ont été les victimes de ses exactions. M. Dini y est allé pour amener la paix, pour faire entrer dans les faits les accords de principe signés en février 2000 ; il est renforcé par la présence déminents dirigeants du Frud qui ont une grande expérience du terrain. Finalement laccord du 7 février, cest un accord-cadre qui énonce un certain nombre de principes et qui précise certains autres points. Premièrement léchange de prisonniers et la libération des prisonniers politiques. Cela a été fait. Cest positif dailleurs, sinon je ne serais pas là pour vous parler [rires] ! (1) Deuxièmement le déminage. Pour ce qui concerne le Frud, cela a été fait, dès le début. Le gouvernement a traîné les pieds, il refuse de déminer. Troisièmement, un point qui na pas été respecté dans cet accord-cadre, le fait que larmée devait rentrer dans ses casernes. Cest-à-dire, évacuer les points deau, les collines, les montagnes pour permettre à la population de vaquer à ses occupations, pour permettre la libre circulation des marchandises et le retour des réfugiés qui, à lheure où je parle, sont à peu près 18.000 en Éthiopie et 10.000 en Érythrée. Ils ne peuvent pas rentrer parce que la présence de larmée les en dissuade et parce que certains logements ne sont pas encore évacués. Par exemple, à Obock, à Randa, ils sont toujours occupés par les familles des militaires. Même Ahmed Dini na pas voulu rentrer dans son logement à Obock, par solidarité, parce que dautres logements étaient encore occupés. Ahmed Dini est rentré à Djibouti pour donner la chance à la paix, peut-être la dernière chance. Cela pourrait sortir Djibouti de la crise actuelle, de cette situation où se trouve le pays depuis 23 ans. Sil y a une vraie paix à Djibouti, ce sera la meilleure contribution que nous aurons apportée à la région.
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Entretiens politiques concernant Djibouti
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