Le contexte. Après la visite en Éthiopie de M. Védrine ministre français des Affaires étrangères, en octobre 1997, M. Josselin ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie a présidé à Addis-Abeba les 8 et 9 décembre la commission mixte générale de coopération franco-éthiopienne.
Notre interview a été réalisée par télécopie. Nous avons adressé nos questions au ministre le 3 décembre, il nous a retourné ses réponses le 16.
Les thèmes. Langue française ; coopérations économique, juridique, vétérinaire ; chemin de fer "djibouto-éthiopien".
[Paris, 16 décembre 1997]
LNA. -- Quels seront les domaines dintervention privilégiés de la coopération française, en Éthiopie ?
Charles Josselin. -- La coopération française en Éthiopie est ancienne, le projet vétérinaire a été initié en 1963, et elle a été institutionnalisée par un accord de coopération culturelle, scientifique et technique, le 27 août 1966. Aujourdhui, elle est en profonde réorientation et modernisation, afin de mieux répondre aux besoins de ce pays qui est engagé depuis près de sept ans dans un processus de reconstruction et de développement qui sera long. Nous concevons notre coopération bilatérale comme complémentaire de laction de lUnion européenne en Éthiopie et, le cas échéant, des autres coopérations bilatérales de nos partenaires européens. Deux domaines sont privilégiés : la coopération juridique et lélevage.
La coopération juridique et administrative, engagée à la demande de M. Mélès Zénawi, Premier ministre, lors de sa visite officielle en France, en janvier 1996, ne cesse de prendre de lampleur. M. Jean-Marc Baïssus, expert détaché auprès du ministre éthiopien de la Justice, depuis le début de lannée, participe à la révision des codes pénal et civil dinspiration française, et la révision du code commercial éthiopien sera une priorité pour 1998. Il est également chargé de dispenser des cours.
Sagissant de la coopération dans le domaine de lélevage, nous voulons donner une définition plus régionale à une action ancienne au profit dun secteur important pour léconomie éthiopienne, notamment à travers un programme organisé dans le cadre de lAutorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).
LNA. -- On dit le lycée Guebre-Mariam menacé. Quel est son avenir ?
CJ. -- Le lycée Guebre-Mariam qui, depuis cinquante ans, symbolise les liens culturels unissant nos deux pays, nest en aucun cas menacé. Sil est arrivé que des critiques, toujours infondées, soient menées à son encontre, je souhaite vivement que laccord auquel nous sommes parvenus avec les autorités éthiopiennes lors de la commission mixte générale, le 8 décembre dernier, à Addis-Abeba, portant sur la création dun groupe consultatif composé de représentants des deux gouvernements, mettra un terme définitif à des malentendus qui ont pu survenir. Je me dois de rappeler que le lycée Guebre-Mariam est, bien au contraire, un établissement dexcellence qui accueille 1.800 élèves de toutes nationalités, dont 1.200 Éthiopiens qui contribuent à lapprofondissement des relations bilatérales.
LNA. -- Quelle suite sera donnée au projet de mineure de français à luniversité dAddis-Abeba ?
CJ. -- En tant que ministre chargé de la Francophonie au sein du gouvernement français, je suis particulièrement sensible au développement de lenseignement de notre langue, et jai pu noter que les Éthiopiens étaient de plus en plus nombreux à exprimer le souhait dapprendre le français. Pour répondre à leur demande, nous déployons des efforts remarquables par lintermédiaire, outre du lycée Guebre-Mariam, de notre réseau dAlliances françaises avec ses établissements dAddis-Abeba et de Diré-Daoua qui senrichira prochainement dune troisième Alliance, à Meqellé. La formation denseignants de français est donc une priorité de notre coopération linguistique. Quant au projet de mineure de français à luniversité dAddis-Abeba, tout comme celui de la généralisation de lenseignement du français, dans le secondaire, leur mise en uvre appartient au gouvernement éthiopien, sachant que celui-ci élabore aujourdhui une nouvelle définition de son système éducatif. Je ne peux quémettre le souhait que le gouvernement éthiopien réponde de façon positive à nos demandes qui, par ailleurs, bénéficieront à lÉthiopie, dont la capitale abrite le siège de lOUA.
LNA. -- La poursuite détudes en France pour les étudiants éthiopiens, louverture aux bacheliers du lycée Guebre-Mariam de luniversité dAddis-Abeba, la coopération juridique
Quelles mesures envisagez-vous (bourses, coopération, etc.) en ces domaines ?
CJ. -- Laccueil détudiants étrangers dans les universités françaises est un élément essentiel du rayonnement de notre langue et de notre culture. Leur séjour dans notre pays contribue également au développement de liens plus forts avec les élites de demain. Cest dailleurs en ce sens que le gouvernement français a décidé dassouplir la politique de délivrance de visas en faveur des étudiants. Pour ce qui est de lÉthiopie, nous accordons entre 25 et 30 bourses chaque année à des étudiants désireux dachever leurs études supérieures en France.
Lobtention du baccalauréat leur facilite naturellement une inscription dans les universités françaises, ainsi que loctroi de bourses. Par ailleurs, comme vous lindiquez, le baccalauréat permet également aux élèves du lycée Guebre-Mariam, depuis 1994, lentrée à luniversité dAddis-Abeba.
Quant à la coopération en matière juridique que je mentionnai peu auparavant, notre expert, détaché auprès du ministère éthiopien de la Justice, dispense des cours au Civil College qui forme des magistrats éthiopiens.
LNA. -- Quels sont les domaines dinvestissement couverts par les entreprises françaises ? Sur quels créneaux serait-il nécessaire de développer des offres ?
CJ. -- Les relations économiques entre la France et lÉthiopie gagnent chaque jour en substance. Les entreprises françaises portent un intérêt croissant au marché éthiopien, comme latteste leur forte participation à lexposition France 2000, en mai dernier, à Addis-Abeba (elles étaient 115 à sêtre déplacées), suivie de la visite dune délégation du patronat français. Nos échanges ont ainsi progressé de 50% sur trois ans et la France est récemment devenue le deuxième investisseur en Éthiopie. Les succès les plus importants ont été obtenus dans les secteurs des travaux publics, de leau et des études. Je souhaite vivement que la conclusion, dans les meilleurs délais, dun accord de protection et dencouragement réciproques des investissements entre la France et lÉthiopie, permette à nos entreprises daccroître leurs interventions dans ce pays.
LNA. -- On parle dune relance de la coopération avec le chemin de fer djibouto-éthiopien. Où en sommes-nous ? Quelles sont les perspectives ?
CJ. -- Le chemin de fer éthio-djiboutien est dune importance essentielle au désenclavement de lÉthiopie qui na plus de façade maritime depuis laccession à lindépendance de lÉrythrée en mai 1993. Le port moderne de Djibouti constitue ainsi le débouché naturel de lÉthiopie, faisant du chemin de fer un moyen de communication indispensable vers lextérieur, notamment en matière commerciale. La France a ainsi rapidement mis en uvre un programme durgence de réhabilitation du chemin de fer éthio-djiboutien, notamment grâce à un don de la Caisse française de développement de 40 MF, auquel sest ajouté un don du Trésor de 15 MF. Il sagit, dans un premier temps, daugmenter la capacité de traction en dotant le chemin de fer de quatre nouvelles locomotives. Naturellement, il faudra aider à une modernisation complète de la ligne qui nécessitera des investissements beaucoup plus lourds et, pour ce faire, la participation dautres bailleurs de fonds.
LNA. -- Inondations dans lest du pays, spectre de la famine. Quelles aides la France met-elle en uvre, au niveau de lurgence et sur le long terme ?
CJ. -- Le spectre de la famine resurgit en Éthiopie. À une saison de pluies insuffisantes ont succédé depuis quelques semaines, de très violentes précipitations à lest du pays. En réponse aux appels du gouvernement éthiopien en vue de combler le déficit alimentaire consécutif des conditions climatiques défavorables, jai annoncé à Addis-Abeba, le 8 décembre, un effort nouveau substantiel sur notre aide alimentaire. Afin de venir en aide aux populations dans lest du pays, nous avons accordé un soutien logistique par le biais des troupes françaises stationnées à Djibouti.
Sagissant de laide que nous apportons à lÉthiopie sur le long terme, je mentionnerai en particulier notre coopération dans le domaine vétérinaire car elle touche un secteur essentiel de lactivité économique de ce pays qui possède le premier cheptel dAfrique. Ainsi, le centre de production de vaccins du laboratoire de Debre-Zeit, lun des trois grands centres africains en ce domaine, permet à lÉthiopie dêtre autosuffisante.