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Éthiopie / Politiques
Seyoum Mesfin « Il ny a pas deux communautés, dans cette sous-région, qui se sont intégrées comme les Érythréens et les Éthiopiens. Après tout nous nétions quun peuple et quun pays pas plus loin quhier. Lhistoire a séparé ces deux peuples mais nos liens naturels et notre héritage commun resteront. Cest ce que je vois pour le futur, des liens très forts dans la relation entre les deux peuples. » (Déclaration faite quelques jours après la victoire éthiopienne de Badmé sur les forces érythréennes.) L'homme. Né le 25 janvier 1949 à Adigrat (Tigray), membre du comité central du FPLT (Front populaire de libération du Tigray) depuis 1976. À la tête des relations diplomatiques du FPLT depuis 1975, puis du Front populaire révolutionnaire et démocratique (au pouvoir). Ministre des Affaires étrangères depuis juin 1991. Élu à la Chambre des représentants des peuples en tant que membre du FPLT (mai 1995). Seyoum Mesfin dont le nom véritable est Embaye Mesfin est issu dune famille aisée du Tigray. Il est lun des membres fondateurs du FPLT et continue de jouir dune grande popularité dans le mouvement en raison de son passé de fighter [combattant, ndlr] de la première heure. L'entretien. Lentretien sest déroulé dans son bureau au ministère des Affaires étrangères. Habituée à recevoir des refus polis lorsque je demande à un acteur politique dutiliser la caméra comme outil méthodologique, je dois reconnaître que cest la première fois quun homme politique accepte, avec tant dassurance, de se laisser filmer. Jai eu, dans un premier temps, en face de moi, une personne profondément convaincue par ses actions, puis dans un second temps, un homme hésitant, capable dexprimer ses propres regrets à légard de la politique dexpulsions. Laccent de cette interview est donc celui de la sincérité. Elle est centrée sur la guerre avec lÉrythrée, guerre qui senlise et laisse le public occidental saturé par les conflits du Kosovo et du Timor oriental dans une parfaite indifférence. Les thèmes. Lentretien insiste sur quatre points fondamentaux : 1) Le cynisme des occidentaux à légard de ce conflit [érythréo-éthiopien, ndlr]. Le manque de crédibilité dune presse superficielle avalant la propagande érythréenne sans vraie maîtrise du terrain. 2) Limpact de la victoire éthiopienne (militaire et psychologique) de février-mars 1999. 3) Une interprétation du conflit qui insiste sur le leadership érythréen comme racine de la guerre : le goût prononcé pour le fusil des acteurs politiques à Asmara serait à lorigine du conflit. 4) Un regret exprimé à légard des expulsions dÉrythréens. Mesures qui sont une réponse éthiopienne aux menaces proférées par le président Issayas concernant la sécurité du pays. -- FLH Seyoum Mesfin. -- Cest lÉrythrée qui a commis lagression. Que lÉthiopie ait été victime de lagression érythréenne, cela a été vérifié par lOUA. Cela est clairement exprimé dans le projet daccord de lOUA qui a été jugé par le Conseil de sécurité des Nations-Unies comme juste et équilibré, de même que par lUnion européenne. Ils savaient donc tous très bien que lÉrythrée avait perpétré lagression mais les nations ont échoué dans leur appellation et nont pas dit que lÉrythrée était lagresseur. Cest du cynisme ! Cest du double langage. Cest une manière de saper les usages en matière de relations internationales. Force mest dobserver que la communauté internationale a échoué. FLH. -- Quelles sont les preuves concernant lagression érythréenne ? Alors voilà ce que jai compris aujourdhui : cest que pour que la diplomatie fonctionne, il faut que du sang soit versé. Cest après que lÉrythrée verse le sang, après que lÉthiopie verse le sang pour se défendre que la diplomatie commence à être active. La diplomatie aurait pu se mettre en scène avant que le sang ne soit versé
Quittez cet endroit ! Quittez ces territoires ! Retirez vos troupes, sinon la communauté internationale prendra des mesures sévères pour forcer lÉrythrée à quitter la zone. LÉthiopie a interpelé la communauté internationale : le conseil de sécurité, lOUA et tous ceux qui avaient les moyens de faire pression sur lÉrythrée. Pas un minimum de pression ne sest exercé contre lÉrythrée afin quelle fasse marche arrière. Rien. Voilà pourquoi lÉrythrée a été intransigeante pendant les neuf derniers mois [juin 1998 à février 1999, ndlr] Laissez-moi vous raconter cette histoire. Toutes les propositions en provenance de différentes parties ont été continuellement acceptées par lÉthiopie alors quen retour lÉrythrée les refusait constamment. Pendant neuf mois. LÉrythrée ne voulait négocier quà sa façon, dans ses propres termes, en rejetant les compromis. Elle était gourmande et voulait gagner à cent pour cent sur le front militaire mais aussi sur le front diplomatique. Voilà ce quils ont fait. Puis quand la communauté internationale a commencé à réagir, en leur demandant daccepter les termes de laccord, les Érythréens étaient au pied du mur. Cest parce quils se sont retrouvés au pied du mur quils ont fait en sorte de provoquer lescalade du conflit le 6 février afin de se dégager de cette impasse. Après neuf mois ils ont voulu créer des faits nouveaux sur le terrain militaire en faisant escalader le conflit. Cela na pas marché ! LÉthiopie a été forcée de se défendre. Maintenant ce sont eux les vaincus sur le champ de bataille. Maintenant on entend quils sont prêts à accepter le plan de paix proposé par lOUA. FLH. -- Le sont-ils réellement ? FLH. -- Ces jours-ci lÉthiopie a remporté dimportants succès militaires
FLH. -- Quelque chose au niveau symbolique ? FLH. -- La BBC a-t-elle réellement prononcé le terme dinvincibilité ? FLH. -- Qui dit cela ? FLH. -- Ne pensez-vous pas que lÉrythrée a fourni dans le domaine de la communication un plus gros effort que lÉthiopie ? FLH. -- Ils lont fait ! FLH. -- Payé ? FLH. -- Des histoires toutes prêtes
FLH. -- La presse française a caractérisé cette guerre comme fratricide. Quen pensez-vous ? Que cela soit une affaire entre frères ou non ! Si ce que lÉrythrée fait est légitime, cela doit être prouvé par une cour de justice ! Mais vous ne pouvez pas envoyer des troupes et occuper un territoire parce que vous avez des revendications sur ce territoire ! et pourtant cest ce quils ont fait ! Quils soient frères ou pas ! Alors cest une guerre pour que la loi soit respectée. On ne peut pas suivre la loi de la jungle ! Alors cette guerre est un refus de la loi de la jungle ! Dans son souci de respecter la loi, concernant lÉthiopie, cette guerre a été imposée à lÉthiopie. LÉthiopie na pas répondu à la force par la force au début. On na pas dit à lÉrythrée : vous nous avez envahi, daccord, voilà en retour le force et, nous aussi, nous allons nous battre. Cela na pas été notre réponse. Notre réponse était civilisée. Notre réponse était guidée par le respect de la loi. Ce que nous demandions à lÉrythrée était de quitter le territoire, de retirer ses troupes, avec ou sans conditions. Sil y a un différend au sujet de la frontière, négocions pacifiquement pour le résoudre. De manière pacifique. Nous navons pas sauté tout de suite dans la guerre provoquée par lÉrythrée. FLH. -- De nombreux observateurs ont expliqué ce conflit par les rivalités économiques entre le Tigray et lÉrythrée. Ils ont insisté sur lintroduction de la nouvelle monnaie érythréenne, le nakfa. Quen pensez-vous ? FLH. -- Artificiel ? Alors pourquoi les différences de politique économique entre lÉrythrée et lÉthiopie sur le commerce, sur la monnaie, sur dautres choses, devraient conduire à une guerre ? Est-ce que lÉrythrée peut dicter sa politique monétaire en déclarant la guerre à lÉthiopie ? Est-ce que les différences de politique entre les États sont des casus belli ? Oui, le Tigray est le voisin de lÉrythrée mais le Tigray nest pas la seule province qui jouxte lÉrythrée. Alors pourquoi ce serait une cause de guerre. Aussi je pense que ce genre danalyse relève de lincompréhension. FLH. -- Cest une analyse répandue. FLH. -- Comment envisagez-vous de futures perspectives de paix ? FLH. -- Comment voyez-vous les relations de demain avec lÉrythrée ? Après des expulsions qui ont fait souffrir de nombreuses personnes ? FLH. -- Oui mais ce conflit entre deux États naurait pas dû avoir de conséquences sur des civils. Pourquoi impliquer des civils dans le domaine militaire ? FLH. -- Tous les Érythréens sont-ils espions ? FLH. -- Est-ce que vous allez continuer dexpulser des Érythréens ou allez-vous arrêter ? |
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