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Éthiopie / Social

Fikré Mariam Worku
fondateur de l’ONG Misericordia Ethiopia

« À moyen terme, je veux former des travailleurs sociaux, des travailleurs sociaux de base, des gens qui travaillent au sein de la communauté, pas dans des bureaux. »

  


PROPOS RECUEILLIS PAR
ALAIN LETERRIER

  


[Paris, 20 novembre 2000]

LNA. -- Misericordia Ethiopia est un centre de formation de travailleurs sociaux et d’étude pour le développement. Comment s’articulent les deux activités ?
FMW. -- S’il n’y a pas de développement, le travail social n’est pas important. Si vous voulez résoudre les problèmes des gens, vous devez travailler pour le développement aussi bien que pour le travail social. Ce que je veux dire c’est que pour que le travail social soit efficace il doit être soutenu. Les gens doivent être autonomes, ils doivent s’aider eux-mêmes, et c’est ça le développement. Par le travail social, vous leur donnez un soutien, un guide, et vous facilitez le processus de développement. vous devez leur donner les deux pour solutionner les problèmes des gens sur le long terme. Quand vous parlez de travail social, ma perception est différente de ce que vous entendez par travail social en Europe. En Europe, vous pourriez travailler avec des psychologues, mais en Afrique le travail social doit être orienté vers la pauvreté qui est le problème des gens. Si vous travaillez sur la pauvreté, vous travaillez pour le développement, il y a un lien étroit. Donc, en fait, je ne vois pas de différence entre travail social et développement en Afrique et en Éthiopie. C’est comme ça que je suis devenu un travailleur associatif. C’est mon expérience, c’est ainsi que j’en suis venu au développement, parce que je travaillais avec des associations qui ne s’occupaient des gens que quand l’enfant était supposé mal nourri. Vous pouvez donner des médicaments, mais l’enfant reviendra. Et vous pourrez encore distribuer des médicaments. Si vous ne résolvez pas le problème, si vous ne donnez pas correctement à manger à la mère et à l’enfant, vous aurez toujours un enfant mal nourri et vous devrez toujours donner de la nourriture. Vous ne devez pas seulement vous occuper des enfants des rues ou des gens qui vivent dans la rue et qui sont dans des instituts. Vous devez traiter les causes. Et les causes ce sont la pauvreté, la crise sociale. La crise sociale doit être résolue par une éducation au développement, par les études, par l’éducation. L’enseignement, l’éducation sont la solution pour un développement à long terme. Pour cela nous devons donner une formation à l’éducation. C’est de cette façon que je relie le travail social et le développement.

LNA. -- Quels sont les programmes en cours et les développements à moyen terme ?
FMW. -- Jusqu’à présent, ce que j’ai fait c’est mener une étude sur les principaux problèmes du pays. Nous n’avons pas de personnes qui sont formées au travail social. Des gens qui comprennent les problèmes économiques, sociaux, de santé, politiques du pays. Afin que des gens soient en mesure de comprendre la réalité, nous devons les préparer à avoir une pensée critique. C’est-à-dire être une personne qui comprend ce qui se passe avec l’économie, avec les problèmes sociaux, avec la situation politique du pays. Pour cela, la formation au travail social et au développement est importante. Ce que j’ai fait jusqu’à maintenant, c’est une étude d’où il ressort un besoin de formation pour les travailleurs sociaux dans le pays. J’ai mis au point un programme de soutien. Nous avons disséminé des informations dans les 245 ONG du pays et nous avons monté un centre, un petit centre avec dix ordinateurs, parce que nous voulons intégrer des cours d’informatique dans nos formations sociales. Et nous cherchons à créer une organisation pour couvrir les salaires des personnes qui seront les formateurs et qui constitueront notre personnel.

À moyen terme, je veux former des travailleurs sociaux, des travailleurs sociaux de base, des gens qui travaillent au sein de la communauté, pas dans des bureaux. Nous avons assez de gens inoccupés dans les bureaux ! Mais nous n’avons personne sur le terrain. C’est pour cela que nous avons des problèmes de sida, de pauvreté, de gens dans la rue, qui ne cessent de croître malgré l’intervention d’organisations sociales. Donc, çà c’est la partie formation que nous faisons dans l’institut. Nous avons les ordinateurs, les études.

Des moyens pour les enfants orphelins et les familles nombreuses

L’autre partie concerne le programme de sponsoring. Avec ce programme, nous avons pu accueillir environ 75 enfants dans notre centre. Nous donnons environ 150 birr par mois par enfant orphelin ; pour les familles ayant plusieurs enfants, cela va de 600 à 800 birr par mois. Parce que nous voulons aider les familles à faire partie de la classe moyenne. Nous ne voulons pas leur donner 50 ou 60 birr parce que c’est insuffisant pour une famille pour vivre, manger, étudier… Pour être à l’aise, elle a besoin d’assez d’argent. Notre programme d’aide est un peu différent. Nous essayons de répondre à leurs besoins de base, les besoins éducatifs, de nourriture, de santé. Nous essayons de leur donner cela. Nous avons aussi réparé des maisons pour les familles qui avaient des maisons abîmées. Donc il y a 75 enfants concernés par ce programme, pour lequel nous avons donné beaucoup d’argent. Nous avons des jeunes, que nous avons inscrits à l’école, dans des formations professionnelles, 12 sont inscrits dans des cursus techniques ou professionnels. C’est-à-dire informatique, mécanique, coiffure… Quand ils ont fini leur formation, nous essayons de les aider à se débrouiller tous seuls. Voilà, c’est le programme de sponsoring.

Des outils pédagogiques et médiatiques

Nous avons d’autres programmes dans les médias sociaux. Nous essayons de défendre les pauvres, les marginaux au travers de médias écrits et audiovisuels. Le média audiovisuel utilisé est la vidéo. Nous avons un programme vidéo qui n’existait pas dans le pays. Il n’y a pas de centre vidéo social dans le pays. Quelques organisations peuvent avoir un centre vidéo, mais ce que nous faisons est totalement, exclusivement centré sur les problèmes spécifiques qui affectent le pays, comme le sida, les problèmes des femmes, les viols d’enfants, les problèmes éducatifs. Nous voulons faire un film documentaire, des films éducatifs comme matériels de formation. Nous voulons aussi faire des films, par exemple sur le sida. Nous devons avoir des artistes pour réaliser les films et il faut les distribuer dans les écoles, dans les entreprises, un peu partout. Pour ça, nous avons construit un mini studio, un studio de réalisation vidéo. Pour l’instant, nous avons une vieille caméra, une caméra digitale et nous allons avoir un ordinateur d’édition vidéo. Il y a deux personnes qui travaillent sur ça, un réalisateur et un éditeur vidéo. Nous devrions recevoir un don, nous ne l’avons pas encore, pour la vidéo. Nous avons fait un film documentaire sur Addis-Abeba et un film publicitaire sur Addis-Abeba.

L’autre programme médiatique porte sur la presse écrite, nous avons un support appelé Synergy. Ce magazine est important dans le pays, parce qu’il n’est pas orienté vers le profit. Il est fait pour faciliter le processus de développement qui existe dans le pays. Cela signifie que différentes organisations mènent différents programmes de développement ; nous essayerons de publier cela et de le montrer au public afin qu’il en ait connaissance. Et nous essayerons d’obtenir d’autres informations sur le développement par internet et par les gens et nous les publierons aussi. Les deux objectifs de ce magazine sont d’abord le grand public et ensuite les personnes travaillant dans les ONG. Nous essaierons de faciliter le processus de développement. Le magazine Synergy aura 32 pages. Il sera orienté sur les enfants, les femmes, les problèmes de santé, de développement, sur les organisations et ce qu’elles font ; il y aura des interviews de personnalités en charge du développement et d’autres personnes qui sont actives dans le pays. Nous voulons les soutenir et c’est pour cela que nous les publierons dans notre magazine. C’est l’objectif.

Informer le gouvernement et le public du travail des 245 ONG

LNA. -- Donc le media video a plutôt vocation à servir pour la formation, l’éducation et le magazine est plutôt destiné à faire connaître à l’extérieur les expériences ?
FMW. -- Le magazine est fait pour encourager la transparence avec les ONG ; ce qu’elles font n’arrive pas au grand public. Elles ne montrent pas au public ce qu’elles font et la plupart des ONG sont confinées dans leur propre système. Nous voulons créer une synergie, les faire se rencontrer. Et puis cela facilitera les programmes du gouvernement et des ONG. Nous allons interroger aussi bien le gouvernement que les ONG sur leurs politiques. Comment ils font pour travailler ensemble. L’objectif du magazine est plus centré sur le travail des gens et sur le programmes de développement. Et il y a des gens qui ne savent pas qu’il y a des organisations qui opèrent à différents endroits. les gens ne savent pas quelle ONG fait quoi. Aussi, en lisant ça, ils peuvent dire : "OK !", cette organisation travaille avec les enfants, qu’est-ce qu’elle fait ? Ils pourront y aller et bénéficier du service.

À propos de la vidéo, il y a trois aspects. L’un est un film documentaire qui peut être utilisé par les chercheurs, pour montrer au public ce qu’une organisation est train de faire avec les enfants et ce film documentaire sert aussi à montrer la signification des différents problèmes du pays. Par exemple, nous avons un film sur les enfants des rues, on peut le voir à la télévision et les gens seront sensibilisés à cela. Les gens réfléchiront, le gouvernement réfléchira.

Nous avons aussi un film vidéo éducatif. Il est de dix à quinze minutes. Il sera utilisé pour les programmes de formation. Il peut porter sur la communication, sur la direction, sur différents programmes. Cette vidéo sera utilisée par des gens qui veulent donner des formations dans ces secteurs. C’est un travail éducatif.

LNA. -- Vous parlez comme un ministre intelligent. Ne voudriez-vous pas devenir ministre des Affaires sociales et du développement ?
FMW. -- Oh non. Je veux apporter ma contribution à mon petit niveau, d’abord. Je veux marquer une différence. Plus je grandirai plus je serai attiré par le côté politique. Il y a toujours des influences politiques. Quand vous êtes efficace dans votre travail, les gens vous approchent, pour rejoindre le système politique. Pour l’instant, je pense que le système politique n’est pas pire pour le pays que les problèmes de développement et de travail social. Quand les gens font des études, ils peuvent choisir ce qu’ils veulent. Quand les gens n'ont pas reçu de formation, ils végètent et le système politique est corrompu. Parce que les gens qui n’ont pas à manger ne pensent pas à la politique. J’essaie de voir mon peuple libéré de la pauvreté et de la faim.

Les moyens financiers des programmes

LNA. -- Quels sont les moyens financiers de vos programmes ?
FMW. -- Pour les programmes pour les enfants, c’est une des choses que j’ai expliquées, c’est comme une école. Pour le travail social scolaire, nous voulons intervenir au niveau élémentaire avec les enfants, dans les écoles publiques, pour soutenir une éducation qui se détériore dans le pays maintenant. Il y a à peu près 60 enfants par classe. Si nous ne changeons pas cela, le futur du pays sera compromis. Nous ne pouvons pas rêver de développement sans qu’il y ait une éducation de base pour tous nos enfants. Et la plupart des enfants sont dans ce type d’écoles. Des écoles qui n’ont pas de confort, des services éducatifs insuffisants, des maîtres non formés ; il n’y a pas assez de services pour la plupart des enfants. Aussi, nous voulons intervenir dans les écoles publiques pour aider le système éducatif à se développer. Nous avons eu un financement partiel pour les enfants au début de l’année, environ 500 enfants que nous voudrions aider, c’est mon rêve. Cela sert à acheter le matériel et les uniformes qui sont les principaux problèmes que rencontrent les familles au début de l’année scolaire.

Nous sommes aussi en train de rechercher des agences qui pourraient soutenir financièrement notre programme de travail social scolaire. Le soutien dont nous avons besoin inclut une aide financière pour permettre aux enfants d’aller à l’école, achat d’uniformes et de livres scolaires, une fois par an. Nous apprécierions aussi une assistance en termes de dons de matériels scolaires, de marionnettes, de matériels de sport et de matériels pédagogiques.


Contact. Misericordia Ethiopia, Center for Social Work and Development Studies, P/O. Box 18087, Addis-Ababa (Ethiopia). -- Tel. : (251-1) 55 28 67 or 56 47 71. -- Fax : (251-1) 56 47 72. -- E-mail 1 : miseth@telecom.net -- E-mail 2 : fikre20@hotmail.com
         

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