[Paris, 18 avril et 7 mai 2001]
À noter : Cet entretien a été réalisé avant la signature, le 17 mai à Djibouti, d'un « Accord de réforme et de concorde civile » entre M. Dini et le gouvernement djiboutien.
LAssociation pour la démocratie et le développement à Djibouti (ADD)
Les Nouvelles dAddis. -- Pouvez-vous nous parler de votre association et de son apport, dans le contexte actuel de tentative dinstauration dune démocratie à Djibouti ?
Hassan Mokbel. -- LAssociation pour la démocratie et le développement à Djibouti est née de lidée que sans véritable démocratie, il ne peut y avoir de développement ; Djibouti ne peut pas faire exception à la règle. Créée en 1991, lADD est le creuset du mouvement associatif à caractère humanitaire lié aux droits humains et un prolongement du mouvement étudiant.
Elle a bénéficié des mobilisations politiques des années 90 qui étaient à leur sommet. Paradoxalement, cest au moment du reflux des luttes démocratiques, en 1994, que lADD fait parler delle, émerge dune façon autonome. LADD prend date en stigmatisant les dérives de la dissidence qui est apparue au sein du Frud, lors du Congrès extraordinaire du 25 décembre 1994.
LNA. -- Cest-à-dire celle qui avait rejoint le pouvoir en place dHassan Gouled Aptidon en 1994 ?
HM. -- Oui. La dissidence dont on parle cest celle dOugouré Kiflé et de Jean-Marie qui ont abandonné les revendications pour la démocratisation du pays, se contentant de deux portefeuilles ministériels. Ce quils ont présenté à lépoque comme un accord de paix et de concorde civile, na instauré ni paix et na résolu aucun des problèmes qui se posaient au pays. LADD sest démarquée de cette dissidence qui a permis au pouvoir de restreindre les quelques conquêtes démocratiques obtenues, grâce aux actions du Frud.
LNA. -- Quels sont les outils de votre association et quelles sont ses activités ?
HM. -- Il y a des priorités selon les périodes.
Nous essayons avec nos moyens modestes de briser les murs du silence et de blocus, en dénonçant les atteintes aux droits de lhomme ; en en dénonçant avec virulence les viols des femmes et des jeunes filles commis par larmée nationale ; en lançant lappel à laide humanitaire pourles populations des régions en guerre sous blocus alimentaire et sanitaire (envois de médicaments, de couvertures, de livres, etc.).
Blocus des régions nord de Djibouti et Interdiction de la circulation des « Toyota afars »
L'action pour rompre le mur du silence
LNA. -- Ce que vous appelez « le blocus des régions nord de Djibouti » dure depuis combien de temps ?
HM. -- On peut sincèrement estimer que ce blocus dure depuis lindépendance de Djibouti, en 1977. Dès octobre 1977, le régime de Gouled a entrepris disoler les régions nord et sud-ouest du pays des autres régions.
LNA. -- Pourquoi ?
HM. -- Parce que la région de Tadjoura, de Dikhil et dObock vivaient traditionnellement de commerce avec lÉthiopie. Le gouvernement a interdit les circulations sur les trois routes qui traversent ces régions. Les « Toyota afars », des pick-up, appartenant à des commerçants de Tadjourah, transportant des marchandises, des tissus, etc., destinés à lÉthiopie ont été interdits de circulation. Un ministre a justifié ces mesures en prétextant que les trois routes traversaient toutes les régions afar.
LNA. -- Sagissait-il dune simple centralisation économique ou dune action à visée politique ?
HM. -- Lintérêt de lÉtat central aurait été de développer cette partie du commerce, cela pouvait constituer un apport à léconomie du pays. Or cest exactement la position contraire quil a prise. Cela ne nous étonne pas car le régime avait comme objectif politique dasphixier économiquement cette région, dappauvrir ses populations pour quelles restent dépendantes du pouvoir en place. Ainsi, en interdisant la circulation des « Toyota afars », le pouvoir voulait réduire la puissance des commerçants de Tadjourah.
Ces régions étaient traitées comme territoires ennemis. Le pouvoir a institué un couvre-feu à partir de décembre 1977, date à laquelle il y a eu un attentat au bar « Le palmier en zinc », fréquenté par les Français. Un Djiboutien et un Français ont été tués et plusieurs personnes blessées. Le régime a utilisé cet attentat pour instaurer une répression à caractère ethnique, ciblée sur les Afars.
M. Ahmed Dini avait démissionné, à lépoque, du poste de Premier ministre, en qualifiant cette répression de « coup dÉtat ethnique ». Dans la foulée, Hassan Gouled a pris la décision dinterdire tout parti politique. À lépoque, les partis étaient le MPL (1), lUNI (2), le LPAI (3) ; linterdiction visait surtout les mouvements afars.
LNA. -- Sous couvert de votre organisation lADD, ny a-t-il pas une volonté de reconquête ethnique du pouvoir par les Afars ?
HM. -- Non, véritablement non. La direction et les membres de lADD nont jamais cessé de revendiquer les libertés pour lensemble de la population djiboutienne. Ni dans ses écrits, ni dans ses pratiques, lADD ne privéligie pas une seule nationalité ou une seule ethnie. Dailleurs, léchec du régime en la matière nous incite les uns et les autres à sauvegarder les intérêts de toutes les composantes nationales du pays. Pour des raisons historiques, lADD a évolué surtout au sein de la nationalité afar qui a été la plus mobilisée dans la diaspora djiboutienne, mais dans ses principes, elle sengage pour toute la population djiboutienne.
LNA. -- Parlons des principes, quelle est la plateforme de lassociation en termes de démocratie et de développement ? Commençons par la démocratie.
HM. -- Dès le début, notre association sest prononcée pour linstauration dune démocratie, alors que le mouvement étudiant djiboutien sétait illustré dans la lutte pour lindépendance.
Le manque de démocratie a emmené le pays dans limpasse ; il ny a eu donc ni développement économique, ni cohabitation des communautés. La lutte armée a été la conséquence de cette situation. LADD a toujours lutté pour quon puisse reconnaître les principes mêmes de la démocratie. Ceci implique les libertés de la presse, syndicales, lindépendance de la justice. Or le gouvernement viole tous les jours ces libertés fondamentales. Il vient darrêter les travailleurs et les syndicalistes qui ont manifesté à loccasion du 1er mai 2001. Même la limitation à quatre partis est une caricature de démocratie, on ne peut pas faire dans la demi-mesure.
LNA. -- Vous avez évoqué « la rupture du mur du silence » concernant la situation dans le nord et votre mission daide aux populations. Or, daprès ce que jentends, ma sensation est plutôt que lADD serait la préfiguration dun parti politique.
HM. -- LADD na pas la prétention dêtre un parti politique, loin de là. LADD est un instrument qui permet aux étudiants, aux réfugiés et aux résidents djiboutiens en France de sexprimer, de participer aux luttes pour la démocratie, de participer aux aides humanitaires et à la défense des droits humains à Djibouti. Pour autant, ce nest pas une association aseptisée, apolitique.
Elle a soutenu toutes les forces luttant pour la démocratie. cest ainsi quelle fut amenée à soutenir le Frud. La majorité des membres estime que nous avons le droit de nous prononcer sur la situation politique qui prévaut dans notre pays.
Action publique, action clandestine
LNA. -- Ce que je voudrais savoir précisément, en dehors de lorganisation structurelle de lADD, ce sont ses finalités, les moyens quelle utilise et les secteurs où elle a déjà obtenu des résultats.
HM. -- Au delà de ses prises de positions politiques, lADD qui est une organisation de masse, composée de militants principalement en France et aussi en Europe, participe à la conscientisation de ses membres. Si des sections existent à Paris, à Poitiers, au Mans, à Amiens, lADD influence aussi la diaspora djiboutienne en Hollande, en Belgique, en Allemagne, en Suède, en Norvège, en Angleterre
LNA. -- Comment se passent les choses au niveau des sections ? Quelles sont les actions menées ?
HM. -- Concrètement, les sections développent les adhésions, organisent des collectes de médicaments, de livres ; certaines sections participent aussi à briser le mur du silence par une politique active dinformation.
Grâce aux collectes, nous avons pu acheminer à Djibouti, à linsu du gouvernement djiboutien, des médicaments, des livres, des couvertures, etc.
LNA. -- Mais comment vous faites ?
HM. -- Vous comprendrez que je ne peux pas tout dévoiler. Mais notre apport, si modeste soit-il, est apprécié dans les régions isolées.Si vous avez loccasion daller dans le Mabla (nord du pays), vous pourrez vous rendre compte de lutilité des actions de lADD.
LNA. -- Votre association me semble avoir une forme dorganisation de résistance similaire à celle du Frud. Si je comprends bien, il y a une part daction publique (adhésions, information, collectes etc.) et une part daction clandestine qui consiste à acheminer les biens collectés ?
HM. -- Ce nest pas tout à fait exact. Toutes nos actions en France ou en Europe sont claires, identifiables, transparentes. Nos activités deviennent clandestines à partir du moment où nous devons introduire des produits de première nécessité sur le territoire djiboutien et que le gouvernement refuse que nous le fassions.
LNA. -- Et pour cette phase « clandestine », avez-vous avez hérité dun savoir-faire, du Frud ?
HM. -- Absolument. Sans cela, nous naurions jamais pu introduire des médicaments, par exemple. Le Frud a cette expérience et il nous a apporté son soutien, il connaît mieux que quiconque, les besoins urgents de la population en matière sanitaire et alimentaire.
LNA. -- Cest Mohamed Kadamy (4) qui disait je crois : « On na pas rendu les armes, on les a remisées. » Cela signifie que pendant que Ahmed Dini continue de négocier avec le pouvoir, les combattants du Frud attendent depuis plus dun an. Cest un peu extraordinaire, non ? Comment font-ils pour être aussi patients ?
HM. -- Cette patience na pas commencé avec laccord de Paris (5). Il y a plus de deux décennies quelle dure. La population a enduré dans sa chair la répression. La lutte armée menée par le Frud dure depuis dix ans, une période longue, compte tenu de la taille de notre pays et de sa population. Parmi les camarades qui ont rejoint le Frud, certains sont morts, dautres blessés et en gardent des séquelles, certains sont découragés. Les impatients, les fatigués ont quitté le navire, sans pour autant adoucir le régime. Ceux qui sont restés ont fait preuve de patience, non seulement au niveau de la direction, mais aussi des combattants du Frud. Il serait juste de dire que cette patience est la résultante dune prise de conscience et dune maturation politique. Bien sûr, à lheure actuelle, il y a de limpatience chez les combattants qui ont demandé à la direction dagir vite.
L'accord-cadre signé à Paris
L'usure du pouvoir
LNA. -- Quel est votre sentiment, en tant que membre de lADD et membre du Frud, par rapport à la situation présente à Djibouti ?
HM. -- Je voudrais dabord préciser que non seulement je préside lADD, mais je suis aussi un membre actif du Frud et à ce titre je faisais partie de la délégation qui sest rendue à Djibouti, le 29 mars 2000. En tant que président de lADD, je peux dire que notre association sest toujours prononcée pour une négociation entre les deux parties. Nous considérons que tout le peuple souffre de cet état : que des gens dans notre pays soient en conflit, se tirent dessus. Nous avons toujours insisté pour que le gouvernement djiboutien envisage une bonne fois pour toutes douvrir le dialogue avec lensemble de lopposition, et en particulier avec le Frud qui est sa composante principale. LADD a toujours essayé de démontrer que la guerre civile nétait bonne pour personne et quil fallait trouver un terrain dentente. Notre joie a été grande dapprendre que le Frud et le gouvernement djiboutien avaient signé un accord-cadre à Paris. Au delà de lADD, cet accord a déclenché un immense espoir à Djibouti. Cela permettait denvisager une perspective de développement et de démocratie. Nous avons essayé daccompagner cette perspective.
Avant même notre arrivée sur place, nous avons été informés dun certain nombre de blocages, de sabotages, une mauvaise volonté qui émanaient du gouvernement. LODU (6), le FUOD (7), lensemble de lopposition avait mobilisé ses sympathisants pour nous accueillir. Le gouvernement, voyant que notre arrivée allait avoir un grand retentissement sest empressé de saboter cet accueil en dispersant les manifestants à coups de matraque et de gaz lacrymogènes. Les habitants du quartier Arhiba, qui est supposé être le fer de lance de lopposition, ont été empêchés de sortir par un service dordre musclé. Malgré ces obstacles, laccueil réservé à la délégation du Frud a été impressionnant, dans la capitale comme Obock et Tadjourah.
LNA. -- Votre point de vue porte sur la signature de laccord-cadre, mais que pensez-vous des suites de cette signature ? On na pas la sensation que le processus avance.
HM. -- Il faut préciser que pendant les 14 mois qui se sont écoulés, et pendant lesquels les deux parties étaient sensées discuter et arriver à finaliser laccord-cadre qui a été signé à Paris, il semble que le Frud a fait son travail. Le gouvernement djiboutien sest entêté pour que les discussions se passent par le biais de commissions, alors que la proposition de départ du Frud était que ces discussions se fassent directement entre deux délégations, lune du gouvernement, lautre du Frud.
Notre proposition était que ces délégations se rencontrent, donnent du contenu politique à laccord-cadre et parvienent à un accord sur sa mise en uvre, avant de travailler administrativement au sein des commissions ad hoc. Le pouvoir a refusé cette proposition. À partir du moment où il a choisi la continuation du travail dans les commissions, les choses sont devenues plus restrictives et verrouillées. Mais le Frud a travaillé, même dans ces conditions. Le gouvernement djiboutien a été surpris par ça, il sattendait peut-être à ce que le Frud refuse de travailler au sein des quatre commissions (réforme démocratique, paix et sécurité, réhabilitation et construction, décentralisation). Dans ces quatre commissions, le Frud a été le seul à faire son travail et à présenter le compte-rendu de ses travaux au gouvernement. Cela na pas été réciproque. Non seulement le gouvernement na pas fait ses propres propositions, mais il na même pas répondu à celles qui lui étaient soumises par le Frud. On ne peut que constater que le bloquage est venu du gouvernement. Le Frud a déployé tous ses moyens pour produire quelque chose de concret, de positif et pour permettre daller de lavant. Jusquà maintenant, on ne peut que constater que le gouvernement et Ismaël Guelleh ne font rien, alors que le pays est en train de sombrer de plus en plus dans la misère. Le pays est exangue économiquement, politiquement ko ! Politiquement, aujourdhui, le président djiboutien na pas beaucoup de perspectives. Il a des problèmes avec son ancien allié qui lui a permis de prendre le pouvoir, -- Mélès Zénawi naurait pas été à côté, Ismaël Omar naurait jamais accédé à la présidence. On peut aussi bien sûr impliquer la France. En dehors des problèmes du président djiboutien avec son voisin éthiopien, il faut bien constater aussi quIsmaël Omar Guelleh a aussi des problèmes au sein de la nation somalienne.
LNA. -- Mais alors comment expliquer que malgré lisolement dont vous parlez, le Président puisse rester à son poste ?
HM. -- Jusquà maintenant il a su jouer avec un système qui existait déjà avant quil naccède à la présidence. Dailleurs, lui-même en faisait partie, en tant que chef de cabinet du président Hassan Gouled Aptidon. Mais aujourdhui ce système arrive à ses limites. Ce régime est au bout de ce quil pouvait faire. Il na plus didées, plus de marge de manuvre. Il est coupé de sa base dorigine, lunité issa. Cette base sest effritée. Dabord à cause de la répression qui a conduit à la création du Frud. Et, à la suite de cela, aux avancées démocratiques dont le Frud était à lorigine. Si le régime de Gouled a pu accepter quon parle de constitution ; sil a pu accepter quon légalise quatre partis politiques, cest le résultat des actions que le Frud a menées. Mais le régime a continué sa répression et la étendue aux Gada Boursi, même aux Issas. Il sest aussi coupé des ethnies quon appelle périphériques, par exemple, les Gada Boursis, les Issacks, les Darodes. Il sest aussi coupé de son propre clan, les Issas. Il y a eu léviction dIsmaël Guedi (8), de Moumin Bahdom (9), de Aden Robleh (10), de Gabayo (11) et de tous les anciens membres du parti unique le RPP (12). Le dernier coup de grâce cétait la tentative de « coup dÉtat » des policiers, alors que le général Yacin Yabeh, ex-chef de la police, était lun des piliers du régime. Ce régime a essayé de saccaparer le pouvoir totalement et il a fait le vide autour de lui. Il en est à faire appel à M. Dileïta, comme Premier ministre. Cest un enfant de la maison, quelquun du sérail, ce nest pas une nomination en soi. Cette nomination napporte aucune crédibilité au Président, ni au niveau international et encore moins à lintérieur du pays. M. Dileïta est sensé drainer lassise afar au sein du régime pour soi-disant équilibrer le pouvoir aux mains dun sous-clan issa, les Mamassans. M. Dileïta nassurera jamais la docilité de la nation afar au sein du pays
Sans même parler de sa crédibilité internationale.
Portrait du militant
LNA. -- Permettez-moi une question plus personnelle. Qui est Hassan Mokbel ? Quest-ce quil a fait et quest-ce quil attend aujourdhui ?
HM. -- Hassan Mokbel est avant tout et plus quautre chose militant. Je suis militant depuis les années 70. Je suis arrivé en France, pour la première fois, en 1974. Après avoir passé deux ans à Talence, près de Bordeaux, je me suis déplacé vers Paris où jai obtenu une équivalence du Bac A et je suis entré à luniversité Paris-7 (Jussieu) pour y suivre des études en sciences humaines.
Je suis rentré à Djibouti en 1983 et jai commencé à travailler dabord dans une société à économie mixte, le Société dexploitation des eaux de Tadjourah, en tant que responsable du personnel et ensuite à lOffice national des eaux de Djibouti, où jai occupé le poste de chef-adjoint de service administratif. En 1989, lors dun événement politique qui a secoué le pays, plusieurs personnes ont été arrêtées et torturées. Lune delles a trouvé la mort dans des circonstances obscures. Je faisais partie des personnes qui ont rédigé et diffusé un tract interpellant le gouvernement de sexpliquer sur les raisons exactes qui ont provoqué le décès de ce détenu politique. Jai été arrêté, torturé, emprisonné et licencié pour avoir simplement participé à ces activités. Un aspirant-lieutenant ma éclaté le tympan de loreille droite avec un coup de poing. Amnesty internationa nous ayant adoptés comme prisonniers dopinion, grâce aux actions menées à Djibouti et en France, par tous les démocrates, nous avons pu sortir de prison. Plus tard, jai quitté Djibouti avec ma femme et mes deux enfants.
Jai milité au MPL (Mouvement populaire de libération), à lUNECAS (Union des étudiants de la côte afar-somali), à lUED (Union des étudiants de Djibouti) et aujourdhui je suis président de lADD. Cest une continuation, je nai jamais cessé dêtre militant. Jai vécu aussi dans le maquis.
Fondamentalement, je nattend quune chose : lavénement de la démocratie à Djibouti et, partant de là, un développement économique qui permettrait au peuple de Djibouti denvisager lavenir avec sérénité. En tout cas, je crois profondément au travail de M. Kadamy. Heureusement que les Djiboutiens ont un homme comme lui.
Ismaël Omar a failli dans lancrage du pays dans la démocratie et le développement. En outre, il a fortement contribué à faire voler en éclats lunité et son esprit qui a caractérisé le peuple djiboutien dans sa lutte anti-coloniale. Je suis sûr et certain que mon propos concernant M. Kadamy est partagé par la majorité de la population djiboutienne. Si vous me demandez pourquoi, je vous répondrais que cest parce que cest un homme franc et sincère dans ses relations avec autrui, quil est caractérisé par une détermination sans faille dans la réalisation de ses objectifs qui sont essentiellement linstauration de la démocratie et le justice dans son pays. Mais plus encore, il a un esprit rassembleur, impreigné dune pondération exemplaire. On lui reconnaissait volontiers déjà cet esprit dans la communauté afar et une bonne partie des autres composantes du pays. Cest cette logique unitaire qui lui a fait dire quil ne sortirait pas de prison tant que ses compagnons de geôle issas, tous membres du commandement sud du Frud ne seraient pas libérés. Après vingt-neuf mois de détention, dans les pires conditions, refuser de sortir par solidarité avec un groupe de personnes issas, eût un énorme retentissement politique ; ça suscita l'admiration et le respect et incita à une réflexion intense. Cétait du jamais vu sue la scène politique djiboutienne et cela restera gravé pour toujours dans la mémoire collective de la population.
Apports de la solidarité et de la pression humanitaire internationales
Je voudrais aussi profiter de l'occasion de cet entretien avec vous pour saluer le succès qua remporté lAfrique du Sud dans la lutte qui la opposée à lindustrie pharmaceutique concernant lemploi des médicaments génériques contre le sida. Cette lutte durait depuis 1997 et le moins que lon puisse dire est que la solidarité internationale a joué à fond. Plus de 270.000 signatures ont été récoltées dans 130 pays et des personnalités comme Kofi Annan et Nelson Mandela (ex-président de lAfrique du Sud qui est à lorigine de la loi sud-africaine pour lutilisation des génériques) ont pesé de tout leur poids pour faire infléchir les lobbies pharmaceutiques.
Cela démontre que quand on se soucie du bien-être de sa population et quon possède la volonté dy parvenir, on réussit à soulever des montagnes. Je ne peux mempêcher de rendre hommage à la Belgique qui a initié sur son propre territoire un procès contre des génocidaires ayant participé directement aux massacres des Tutsis au Rwanda. Certes, ce nest quun début, mais combien prometteur, qui ouvre des perspectives qui nenchantent certainement pas les tortionnaires et autres apprenis dictateurs aux mains tachées de sang. En tout cas, chapeau pour la Belgique qui sort aggrandie quelle que soit lissue du procès. Bien dautres pays devraient suivre son exemple.
(1) MPL. Mouvement populaire de libération.
(2) Unicas. Union nationale des étudiants de la côte afar-somali.
(3) UED. Union des étudiants de Djibouti.
(4) Mohamed Kadamy. Co-fondateur du Frud ; délégué du Frud en Europe.
(5) Accord-cadre « de réforme et de concorde civile » signé entre la présidence djiboutienne et le Frud-armé, le 7 février 2000, à Paris.
(6) ODU. Opposition djiboutienne unifiée.
(7) FUOD. Front uni de lopposition djiboutienne.
(8) Ismaël Guedi. Ancien directeur de cabinet de Hassan Gouled Aptidon.
(9) Moumin Bahdom. Ex-ministre des Affaires étrangères.
(10) Aden Robleh Awallé. Ancien ministre et président du Parti national démocratique (opposition).
(11) Gabayo. Ex-ministre de la Défense.
(12) RPP. Rassemblement populaire pour le progrès (au pouvoir).