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Djibouti / Politiques / Accord de réforme et de concorde civile
Ahmed Dini Ahmed : « La nécessité de cet accord a été que laction militaire avait atteint ses limites. » Dans un entretien exclusif accordé aux Nouvelles dAddis, Ahmed Dini, président du Frud précise les raisons de sa signature le 12 mai 2001 à Djibouti de lAccord de réforme et de concorde civile, liant son mouvement et le gouvernement djiboutien. Répondant à des interprétations divergentes concernant ce texte et lopportunité qu'il y avait de le signer (dissonances dont les Nouvelles d'Addis sétaient fait lécho), M. Dini argumente sur lutilité économique et politique de l'accord ; assure quil a fait lunanimité au niveau des combattants, de leur encadrement, de la direction politique ; annonce que le désarmement des maquisards est fini, quil a été intégral et sans contestation. [Paris, 12 juin 2001]
Je nai pas réagi sur le moment parce que cela nappelait pas une réaction de ma part. Mais je voudrais quand même apporter quelques précisions autour de cet accord, de la manière dont il a été conclu et de ses motivations. Dabord, cet accord est laboutissement dun combat militaire de dix ans et dune négociation politique de quinze mois. Donc il na pas été réalisé, ni signé dans la précipitation. Cest un processus long qui a subi une maturation et qui a été réalisé à lavantage des deux parties. Mais en fait, il ne sagit que dune seule partie puisque cela concerne le même pays et le même peuple. Quand on parle de deux parties ici, cest parce quon se trouvait face à face pendant les combats militaires et dans la négociation, mais le résultat concerne lensemble, donc cest une seule partie. Cet accord na pas été le résultat dune précipitation, en prévision dun événement quelconque. La nécessité de cet accord a été que laction militaire avait atteint ses limites. Le gouvernement nétant pas suffisamment fort pour nous éradiquer et le front armé nétant pas suffisamment fort pour conquérir les villes principales de garnison et la capitale, nous étions parvenus à un blocage total sur le plan militaire. Il fallait en sortir, car ce blocage nétait pas supportable ni acceptable par aucune des parties en conflit, il fallait donc en sortir par une action qui ne soit pas militaire, puisque celle-ci était devenue impossible. La solution était donc politique et qui dit politique dans une négociation dit concessions de part et dautre. Ce qui a été réalisé. La revendication autour de laquelle les combats étaient livrés, organisés, a été acceptée dans sa majeure partie. Cette revendication consistait en plus de la démocratie, en une meilleure organisation de ladministration, plus proche des administrés et un désenclavement des régions enclavées. Nous avons trouvé la solution théorique avec la décentralisation dont la mise en uvre pratique attend ladoption de la loi par lassemblée qui doit ladopter lors de sa prochaine session. La démocratisation a été obtenue par le multipartisme non limité, intégral, conformément à larticle 6 de la Constitution de Djibouti qui entrera en application le 3 septembre 2002 et la mise en place dune commission électorale indépendante qui rend impossible lautocratie ou la dictature. Donc nous avons eu satisfaction sur les points de la démocratisation, de la décentralisation et sur la fin des actions militaires. Les négociations ont été menées par des commissions ; le dialogue, la concertation au sein de ces commissions a été permanent. Ces négociations ont été soutenues par lunanimité des cadres politiques du Frud, de lencadrement militaire et de lensemble des combattants. Il y a eu unanimité en faveur de laccord que nous avons signé. Ce nest pas un accord signé par une personne même si cest toujours une personne qui appose sa signature au bas dun document mais lacceptation du contenu de ces négociations a fait lobjet de lunanimité des combattants, de leur encadrement militaire et de la direction politique du Frud. La signature que jai apposée en tant que président du Frud est conforme au mandat dont jétais investi par lorganisation que je dirigeais. Mon mandat était de rechercher le dialogue, de mener les négociations, de diriger léquipe des négociateurs ; cétait cela mon mandat. Jai exécuté mon mandat, conformément aux décisions des dernières assises nationales du Frud. Cet accord ouvre, pour la République de Djibouti, dans son ensemble, des perspectives politiques et des perspectives économiques. Dautant plus que la paix est un objectif pour la communauté internationale, partout dans le monde, et principalement à Djibouti, qui en plus de sa position stratégique très sensible à lentrée de la mer Rouge est utilisé comme base arrière de logistique pour la MINUEE, les forces des Nations-Unies dinterposition entre lÉrythrée et lÉthiopie. Tous les utilisateurs de la position de Djibouti voient la paix civile à Djibouti comme une nécessité pour la paix régionale et pour la sécurité internationale. Et la population de Djibouti voit la paix à Djibouti comme lunique chance de sortir de la crise économique dont souffre le pays. LNA. On sait ce quil en est de légoïsme des nations et des organisations internationales. À un moment donné lEurope, la France ou dautres peuvent avoir intérêt à stabiliser la situation dans la région pour six mois, un an, deux ans
Mais ils ne tiennent pas forcément compte des intérêts profonds des pays. Est-ce que cette précipitation, dun côté de la présidence djiboutienne, de lautre de la France et de lUnion européenne ou dautres, tient compte des intérêts du peuple de Djibouti ? LNA. Ny a-t-il pas eu précipitation de la part de puissances extérieures ? Nous parlions souvent, et certains de nos compatriotes continuent de le faire, de blocus des régions nord et sud-ouest de la République de Djibouti. Mais, à y bien réfléchir, le gouvernement de Djibouti ou les forces gouvernementales ne pouvant nous expulser de ces régions, comme nous ne pouvions expulser les forces gouvernementales de garnison dans les villes, les régions dans lesquelles nous nous trouvions, en tant que front armé, avaient fini par être considérées comme des régions dinsécurité. Par la présence déléments armés échappant au gouvernement légal du pays. Donc personne ne venait dans notre région, pas dONG, pas de médecins, pas de scolarisation. Le gouvernement ne pouvait pas sy aventurer parce que les voies daccès étaient minées et le survol en a été interdit par des batteries antiaériennes que nous avions installées. Notre présence constituait le principal élément du blocus. Alors que nous avions interdit laccès du gouvernement à ces régions, nous ne pouvions pas nous substituer au gouvernement puisque nous napportions rien à la population. Pas décoles, pas de médecins, pas de forages, nous napportions rien à cette population qui dépendait de nous et dont nous dépendions. Puisque pour organiser nos caravanes dapprovisionnement et de ravitaillement, nous avions besoin des chameaux de ces populations, nous étions devenus, sinon la principale cause, du moins le principal prétexte pour laisser à labandon ces régions. On ne pouvait pas, par exemple, envoyer des équipes de vaccinateurs dans la région pour vacciner les enfants contre la poliomyélite parce que cétait une région dinsécurité. Donc, la paix désenclave ces régions. LNA. Il y avait lassitude, non pas des combattants mais lassitude de la population
LNA. Mais quand on déclenche une lutte armée on connaît les conséquences que cela va avoir ; on sait que cela va créer un isolement des régions où est implanté le maquis. Quest-ce qui fait que ce qui était juste et représentait la seule solution au moment où vous meniez une lutte armée soit brusquement devenu impossible et vous a conduit à signer cet accord ? LNA. Où en est-on maintenant ? Le désarmement
Il y a aussi la reconstruction des régions touchées par le conflit. Il sagit de rouvrir les pistes, de faire des forages et des puits, remettre en marche les écoles, les dispensaires, reconstruire les villes et les villages détruits, faire revenir les réfugiés qui avaient fui les zones de combats. Il y a tous ces chantiers à mettre en uvre. LNA. Comment les perspectives de développement de ces régions peuvent contribuer à un renouvellement de léconomie djiboutienne ? Cela a-t-il une influence ? LNA. Rien de plus concret à cet égard, est-il trop tôt ? LNA. Il y avait notamment des sommes créditées lUnion européenne et qui attendaient la démobilisation des combattants
LNA. Mais à part cela, il y avait bien aussi dautres fonds qui avaient été mobilisés et qui attendaient la mise en uvre de laccord ? LNA. Cet aspect nest quun des volets de la démocratie
LNA. Les textes constituent tout de même une bonne garantie
LNA. Il y a quand même un problème de contenu des fonctions ministérielles, non ? À la tête dun État, il ne peut pas y avoir deux coprésidents, ça ne peut pas marcher. Si le Premier ministre est chef de gouvernement, le chef de lÉtat devient décoratif, honorifique. Ou bien, sil doit exercer des compétences gouvernementales, il est normal quil soit chef de gouvernement. LNA. Permettez-moi une insolence. Il y a de la marge entre deux coprésidents à égalité et lomnipotence dun président avec rien derrière. Il y a peut-être des solutions intermédiaires
LNA. Alors cela veut dire quil ny a aucun contrôle possible sur les activités du Président. LNA. En France, il y a plusieurs niveaux de contrôle, y compris pour les hommes politiques en fonction, quen serait-il à Djibouti ? LNA. Donc, si le Président était pris les deux mains dans le pot de confiture, on serait obligé dattendre la prochaine élection ? LNA. Il apparaît quun parti politique et son journal livrent un fait, sappuyant sur des documents, et quils ne souhaitent pas donner leurs sources ; et immédiatement des procédures son entamées contre le directeur du journal et contre dautres personnes. Alors quil semble que cela ait un lien avec lutilisation de fonds publics. Cest tout de même bizarre. |
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