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Djibouti / Accord de réforme et de concorde civile
Aref Mohamed Aref : « Pour moi, le multipartisme sapplique dès aujourdhui, dès le 12 mai 2001. Son report ne résulte que dune erreur juridique. » Dans un entretien accordé aux Nouvelles dAddis, Mohamed Aref, avocat et défenseur des droits de l'Homme se livre à une lecture juridique et constitutionnelle de l'Accord de réforme et de concorde civile signé entre le Frud et le gouvernement djiboutien le 12 mai 2001. Dans cet entretien Maître Aref fait des propositions, notamment concernant l'indépendance et la nature du pouvoir judiciaire. Additif (avril 2003). Il y a fort à parier que l'entretien de maître Aref avec Les nouvelles d'Addis s'inscrivait dans la stratégie de rapprochement vers le pouvoir de cet ex-opposant défenseur des droits de l'homme. Aujourd'hui, Aref Mohamed Aref est conseil de la Présidence et du gouvernement djiboutien (ce qui, pour toute personne de bon sens, signifie qu'il met aujourd'hui tout son talent à échafauder des tactiques et détecter des artefacts pour porter atteinte aux idées, aux hommes, aux actions qu'il défendait hier). AL [Paris/Djibouti, 29 mai et 21 juin 2001]
LNA. Quest-ce qui fait que maintenant vous pouvez vous exprimer ? LNA. Vous pensez quil y avait une véritable demande populaire poussant à la signature dun accord le 12 mai, à Djibouti ? LNA. Récemment, le responsable de la dissidence de 1994 du Frud, « Jean-Marie », a déclaré quon avait perdu presque dix ans, que ce qui a été signé le 12 mai dernier était déjà contenu dans laccord quil a signé lui-même en ralliant le pouvoir. LNA. Que pensez-vous de laccord qui vient dêtre signé, hormis votre satisfaction déjà déclarée pour la paix. Que pensez-vous de la nature de cet accord et des enjeux sur la vie démocratique et sur le développement à Djibouti ? Cela nest pas suffisant en soi. Cest ce que nous, juristes, appelons une caution personnelle. Ce nest pas une caution réelle et il faut une caution réelle. La caution personnelle est lengagement quont pris les signataires ; ils ne lont pas pris nimporte comment, ils ne lont pas pris à la légère. En effet, quand on prononce cette phrase : « plus jamais ça », on pense à des faits historiques sur lesquels il serait grotesque de revenir, mais cest dire limportance de cet engagement. La caution personnelle est doublée par la communauté internationale, pas des moindres, lUnion européenne, la France en deuxième lieu, et ce que je regrette dailleurs, timidement. LUnion européenne sest engagée immédiatement par un déblocage de fonds, avant même la signature de laccord. Et quel déblocage puisquil sagit de fonds qui vont être alloués pour permettre la réinsertion des combattants, cest-à-dire le retour à la vie civile, à la vie normale, de ceux qui avaient combattu et qui, sils étaient restés ainsi, auraient peut-être perpétué la situation à laquelle il fallait remédier. Cela, cest la deuxième caution personnelle et non des moindres. Je ne parle pas des autres cautions personnelles, comme celle de la France qui nest pas négligeable, non plus, puisque la France a une présence militaire la plus importante qui soit à lextérieur et quelle peut à tout moment imposer, on a vu historiquement quelle en a les moyens ; et quon ne vienne pas me dire que ces pratiques étaient exclusivement réservées à M. Foccart, ce sont des pratiques qui se sont perpétuées par la suite et de bien mauvaise manière et ailleurs. Avec M. Foccart, il ny a pas eu de génocide, alors quavec dautres il y a eu des génocides. Il y a eu un génocide au Rwanda, en un mois, on a tué un million de personnes. Ils ont fermé les yeux en ayant livré les armes, ce nest pas possible cela. Ça ne sest jamais produit avec M. Foccart, je tiens à le dire. Cest le premier point. La seconde chose cest que cet accord comporte, et cest peut-être le défaut de laccord de 1994, un pan extrêmement important concernant le passage de létat de guerre à un état pacifique. Cest ce que ne comportait pas laccord de 1994. Je le regrette profondément, lopposition djiboutienne a manqué le cours de lhistoire, en omettant, en occultant ce point capital. Cest grave et jespère que cest un oubli de plume et si cest un oubli de plume, il faut quils le corrigent très rapidement. Sans quoi, ils vont traîner ce boulet, tous autant quils sont, toute leur vie politique. Et je serai là pour le leur rappeler. Ce pan de passage de létat de guerre à un état de paix cest : le titre 1 [cf. le texte de l'accord] ; le titre 2 « Paix civile et sécurité » où il est question de lindemnisation ; le titre 3 où il est question de la réhabilitation et de la reconstruction ; ce sont les réformes démocratiques qui sont quelque peu détaillées ; mais cest surtout du titre 1 au titre 3. Et aussi le titre 5, dans lequel il est prévu une commission nationale qui naura pas à soccuper que de la décentralisation, mais qui aura à suivre lapplication de laccord. On sest donné les moyens de veiller à ce quil ny ait pas de dérapage à un moment donné, quon sécarte de lapplication de laccord ou quon retarde pour des raisons de mauvaise volonté lapplication de laccord, ou encore quil y ait des gens qui torpillent cette application. Cest pour cela que je vous dis que, grosso-modo, cet accord me satisfait. Cependant, il comporte des erreurs. Mais ces erreurs juridiques sont tellement grossières que je pense que les deux parties vont les corriger au fur et à mesure de lapplication. Je vais vous donner ces éléments derreurs. Cest, par exemple, dans les réformes démocratiques, et en particulier ce qui concerne le multipartisme. Le multipartisme intégral est renvoyé au 3 septembre 2002, en vertu, dit-on, dune disposition dune loi référendaire. Lerreur juridique vient de ce que cette loi référendaire nest jamais entrée dans le droit positif djiboutien. Pourquoi ? Parce que pour quun texte sapplique, il ne faut pas seulement quil soit voté, il faut quil soit promulgué, quil soit publié. Il manque la promulgation et il manque la publication. Donc ce texte ne sapplique pas. Il ne peut pas sappliquer. Par conséquent, larticle 12 comporte une erreur juridique tellement grossière que les parties vont la corriger delles-mêmes et que le multipartisme intégral va sappliquer, dès le 12 mai 2001. Ajoutons à cela lengagement pris par le président de la République disant « plus jamais ça » et en soulignant les clauses contenues dans larticle 2 b, je cite : « Le conflit auquel il sagit de trouver les remèdes appropriés plongeait ses racines dans les graves déficits de culture démocratique ». Donc, cela veut dire que les deux parties ont parfaitement compris que cest labsence de démocratie, elles lont dit clairement, qui a amené la guerre. On ne va pas aujourdhui mettre un frein au multipartisme ou le renvoyer de plus dune année, alors quil sagit dune des causes, reconnues par les deux parties, du conflit. Donc pour moi, le multipartisme sapplique dès aujourdhui, dès le 12 mai 2001. Son report ne résulte que dune erreur juridique. Il y en a une autre qui est aussi grossière que celle-là. Cest celle qui concerne la décentralisation. Il est indiqué dans le texte que le budget des entités décentralisées serait décidé par décret. Cest une erreur juridique grossière. Puisque vous savez que le principe fondamental régissant le budget dans notre constitution cest le principe de légalité, qui signifie que le budget ne peut être voté que par la loi, par le législateur, par lAssemblée nationale à Djibouti et certainement pas par lexécutif. Donc, par conséquent, cette erreur sera corrigée delle-même. En ce sens que le budget des entités décentralisées sera décidé par le législateur. Jai cru comprendre dans les discours des uns et des autres quils avaient bénéficié de conseils juridiques français. Jose espérer que ces erreurs juridiques grossières ne proviennent pas des conseils juridiques français qui, dans ce cas-là, ne seraient pas du tout avisés. LNA. Concernant ce passage de létat de guerre à létat de paix, ne peut-on pas dire quil sagit dun vu pieux dès linstant où il mise sur le fait quon va désarmer le Frud ? LNA. Garantie politique pour lexercice
LNA.
Je termine ma phrase. Garantie politique pour lexercice de lactivité politique de ce mouvement qui se transformerait en un parti démocratique. Votre premier point était celui-là : puisque le Frud va être désarmé, il ny a pas de garantie. La réponse à la première question est dans laccord. Le Frud ne sera pas totalement désarmé, contrairement à ce que vous laissez entendre. Puisquil y aura deux directions qui seront suivies par les résistants du Frud. En ce qui concerne le point portant sur un éventuel refus des combattants de rendre leurs armes, cette question concernerait une des parties signataires, M. Ahmed Dini. Je vous rappelle que moi je suis un militant des droits de lHomme. Je suis un citoyen djiboutien et à ce titre, je porterai une appréciation sur les uns comme sur les autres, de la même manière. Je voudrais préciser un point. M. Ahmed Dini nest pas eul dans cette affaire, même sil a pu apparaître un peu isolé à un moment donné. Il a pris un engagement qui était de respecter la confidentialité de cet accord. Je lai respectée moi, alors que je navais pris aucun engagement. En ne cherchant pas à savoir ce qui se disait au sein des commissions jen avais les moyens, à Djibouti on peut tout savoir si on veut sen donner la peine. Je nai pas cherché, parce quil y avait confidentialité cétait pour une raison évidente, très précise, cétait pour éviter que certaines personnes torpillent le processus. Cétait peut-être une bonne méthode, peut-être une mauvaise méthode ; je crois quil faut tourner cette page. Le résultat est là, cest quil y a un accord. Il nest peut-être pas parfait. Il ne lest sûrement pas sur certains points. Je ne suis pas daccord, par exemple, sur les détails concernant la décentralisation. Elle nest pas complète. Javais déjà un projet depuis 1991, que jai concocté à ce que jappelle « luniversité de Ali Adeh », puisquon ma mis dans les mains dun professeur ès-politique, en loccurrence, mon oncle Ali Aref. Jai appris beaucoup de choses, plus que je nai appris à luniversité. Jai des idées très précises là-dessus et des idées qui sont couchées sur le papier. Donc, même si cet accord nest pas parfait, il appartient à tous les Djiboutiens, quels quils soient, où quils soient, de le perfectionner. Puisque désormais la porte est ouverte à la démocratie, à la liberté, donc à la liberté dexpression, à la liberté dassociation. À savoir que les gens pourront se constituer en autant de partis politiques quils le voudront et exprimer ainsi autant dopinions que possible. Ensuite il appartiendra au peuple djiboutien de le déterminer, avec ce quon a appelé la commission électorale nationale indépendante. Je crois savoir que le texte est déjà en route, ce qui constitue lexpression même de la volonté davancer dans la bonne voie. Il y aura peut-être des résistances à changer de situation, parce que, même si dun côté on a reproché (jétais parmi ceux qui faisaient ce reproche) la longueur des négociations, il y en a pour qui cest venu un peu trop brusquement. Parce que M. Dini, à tort ou à raison, ce nest pas le problème, nest pas revenu à chaque fois discuter chaque point avec tous les membres du Frud. Il lui faudra peut-être un peu plus de temps pour expliquer les tenants et les aboutissants de laccord. Il faut laider dans ce sens. Il devra le faire pour ceux qui sont dans le pays ; il devra aussi le faire vis-à-vis de la diaspora djiboutienne. Il est essentiel que la diaspora djiboutienne, qui est importante, il y a un très fort pourcentage par rapport à la population du pays qui se trouve au Canada, aux États-Unis ou ailleurs. Et parmi cette diaspora, il y a un fort pourcentage dintellectuels, de personnes qui sont dun tel niveau déducation que le pays en a besoin, pour repartir sur des bases saines avec ses propres moyens. Il faut aussi donc mener un travail dexplication vis-à-vis de la diaspora. Et dans ce sens, je me permettrais de lancer un appel aux autorités djiboutiennes en exercice pour quil y ait une amnistie, non seulement pour ceux qui ont pris les armes, mais aussi pour ceux qui ont lutté pacifiquement. La priorité était en effet de négocier avec ceux qui avaient encore les armes, mais maintenant il faut aussi penser à normaliser la société civile et dans ce sens, ce serait un excellent encouragement pour la diaspora que de voir définitivement tournée une page de lhistoire djiboutienne. Page que le Président a fort justement qualifiée de « peu glorieuse ». LNA. Donc pour vous cet accord est vraiment une clef de voûte de la perspective démocratique à Djibouti ? Ce nest donc pas seulement un accord entre le gouvernement et son opposition armée ? LNA. Espérons que ces annexes ne nécessiteront pas une attente de sept ans supplémentaires et un nouvel accord
LNA. Je me méfie de vous parce que vous êtes un redoutable juriste et je ne voudrais pas quon sembourbe dans des notions purement juridiques. LNA. Oui, est-ce applicable politiquement ? Ensuite quelles sont les implications et les ambitions de Me Aref, son apport personnel à la suite du déroulement du processus ? La deuxième chose cest de savoir si cet accord est politiquement applicable ou pas. Je nen sais rien, je ne suis pas devin. Ce que je sais cest que cet accord deviendra ce que dabord les Djiboutiens eux-mêmes en feront ou voudront quil soit. Ce que je veux dire par là, et vous aurez sûrement perçu une critique sur mes compatriotes : les Djiboutiens ne savent pas, ou en tout cas nont pas su, exprimer ce quils voulaient. Il appartient aux Djiboutiens aujourdhui, sils veulent éviter de replonger dans la même situation et à partir du moment où il y a une volonté politique qui sest exprimée dun peu partout et en tout cas des deux belligérants. Jinsiste sur ce terme de belligérants, parce que ces accords de 1994 et de 2001 ne sont que des accords conclus entre des belligérants. Le peuple djiboutien ne sest pas encore prononcé juridiquement et formellement sur ces accords, même si (jétais présent et jen témoigne) il y a eu dans Djibouti-ville beaucoup de gens qui étaient satisfaits et soulagés de la conclusion dun accord. Parce que je ne sais pas sil y a eu beaucoup de gens qui à Djibouti ont lu laccord. Mais il nen demeure pas moins, je lai constaté, que le vu de la population était la conclusion dune paix. Peut-être même à nimporte quel prix, ce qui était dommage. Mais plutôt que de sen tenir à ce « nimporte quel prix » qui conduit à un vu pieux, il faut que la population arrive à exprimer sa volonté, certes par les urnes mais aussi par tous les autres moyens démocratiques et pacifiques. Ça, cest le militant convaincu des droits humains et aussi lobservateur de la situation internationale qui parle. Je ne vais pas vous citer tous les exemples, ils sont trop nombreux, où la population est parvenue à vaincre un pouvoir dictatorial surarmé qui dépassait de beaucoup la situation djiboutienne. Donc le peuple, sil le veut, il le peut. Cet accord deviendra ce que la population djiboutienne voudra quil soit. Et évidemment aussi ce que les dirigeants djiboutiens voudront quil soit. Je ne suis pas devin pour savoir quel sera le degré de sincérité de la population comme des dirigeants djiboutiens. Je ne peux parler, pour le moment, que pour moi-même. Vous mavez aussi demandé ce que le lambda Aref fera pour apporter sa contribution. Je lai déjà évoqué tout à lheure, lorsque jai parlé des erreurs grossières. LNA. Mais votre contribution aujourdhui est seulement professionnelle
Maintenant pour le détail concernant les différents points sur lesquels il faudrait que laccord soit consolidé. Il y a un volet certainement politique, institutionnel plus exactement, un volet économique et un volet politique et international sur lesquels il faudrait se pencher pour que cet accord soit, à mon sens, un peu plus développé. Il nest pas indiqué dans laccord que cest quelque chose de figé, au contraire, je dis quils ont laissé la place à lévolution, et cest très intelligent, puisquil y a une commission bilatérale qui va continuer à uvrer. Il serait très important que tout un chacun et en particulier les partis politiques djiboutiens, il y en a qui sont capables dun tel niveau de réflexion, apportent leur pierre à lédifice de reconstruction du pays. Jai un certain nombre de propositions. La première cest que les uns et les autres préparent des projets politiques écrits qui ne se résument pas à des verbiages ou à des vux pieux, mais des propositions concrètes qui aboutissent à une application précise, comme jai tenté de le faire. Le premier élément qui ressort de laccord, cest que le Frud et le gouvernement ont convenu, et je le partage totalement, quil faut un modèle fédéral plutôt que vertical. Cest vers ce modèle quil faut tendre et cest vers lui que tend laccord. Ce modèle fédéral tend à prendre en compte la partition géographique, la partition ethnique et assure en même temps une certaine autonomie. Seulement il comporte un certain nombre de défauts, dans le système fédéral lui-même. Quels sont ces défauts ? Cela tient dabord au fait que si ces entités fédérales ont une autonomie, dit-on dans laccord, il nempêche quil manque un maillon important, fondamental ; il manque le maillon qui fait la fédération et qui garantit le système fédéral plutôt que vertical au niveau national. Si on veut créer un véritable système décentralisé, il faut aller vers le système fédéral, cest le sens de laccord. Mais cela veut dire que pour que votre système fédéral fonctionne, il faut quil y ait deux chambres : une chambre des représentants ou des députés et un sénat. On peut garder soixante-cinq élus, en tout ; les deux formant un congrès. La différence entre les deux chambres serait que, par exemple, le sénat serait constitué de vingt-cinq membres, cinq pour chacun des districts (Tadjoura, Obock, Dikil, Ali-Sabieh et Djibouti). Je crois quil est superflu de faire une sixième entité que constituerait Djibouti-ville. On pourrait trouver un système dans le genre de celui qui prévaut pour Washington, assez comparable à celui de Paris, mais sans avoir à construire une entité supplémentaire. Pourquoi ? Parce que cela induit des frais de fonctionnement qui sont tellement lourds quils grèvent les budgets dinvestissement. Il vaut mieux consacrer lessentiel du budget à linvestissement, cest-à-dire au développement économique proprement dit quaux frais de fonctionnement. La chambre des représentants serait, quant à elle, composée de quarante membres. Quant au mode de désignation, pour ce qui concerne le sénat, il y aurait cinq membres par district, dans chacun des cinq districts existant actuellement. Cela signifie que la décentralisation serait à ce moment-là effective. Parce que lorsque chaque district sera représenté à égalité, comme cest le cas au sénat américain, où chaque état fédéral envoie au sénat deux membres, quelle que soit la population de chacun des États. Au niveau de la chambre des représentants, la représentation sera proportionnelle à la population de chacun des districts. Je ne dis pas que le mode délection doit être la proportionnelle, ce nest pas cela. La représentativité doit être proportionnelle pour ce qui concerne la chambre dite « basse » et égalitaire au niveau de la chambre haute (au sénat). Cest ainsi que la décentralisation sera complète et donc équilibrée. Actuellement dans laccord, fait défaut ce pan important au niveau national. Cest ma critique constructive à laccord. Les deux parties, je le pense, ne manqueront pas de procéder à ce correctif qui est absolument indispensable. Sans quoi, la décentralisation ne sera que de la poudre aux yeux. LNA. Vous avez évoqué le mode de désignation des membres des deux assemblées, mais navez pas précisé quel serait, selon vous le plus adapté pour chacune des assemblées. Je suis aussi daccord sur le fait quau niveau du pouvoir exécutif, il ny ait pas de diarchie. Mais seulement au niveau du pouvoir exécutif. Un autre défaut de laccord, cest quil manque aussi un volet sur le pouvoir judiciaire. Il faut à Djibouti un véritable pouvoir judiciaire. Il nexiste pas, nonobstant les termes relativement creux de « pouvoir judiciaire » dans la constitution djiboutienne, la réalité décrite dans la constitution ne correspond pas à un véritable pouvoir judiciaire. Jentends par pouvoir judiciaire indépendant, un pouvoir dans lequel les juges, les magistrats représentant le pouvoir judiciaire, seront indépendants même vis-à-vis de lexécutif pour réclamer ou pour présenter un budget. Cela signifie déjà, quau niveau budgétaire, ils ne dépendront pas du bon vouloir dun ministre de la justice qui, lui, a dautres fonctions à remplir ; ce sera à eux de préparer leur budget, de le décider en leur sein et ensuite de le présenter au pouvoir législatif, quel quil soit, tel que je viens de le suggérer ou tel quil sera selon les accords. Cest cela qui va constituer un premier pas pour lindépendance du pouvoir judiciaire. Vous savez quen France, il nexiste pas de pouvoir judiciaire. Dailleurs, la constitution française na pas cette prétention, il est inscrit noir sur blanc dans la constitution de la Cinquième République quil sagit dune « autorité judiciaire » et non pas dun « pouvoir judiciaire ». Alors quaux États-Unis dAmérique, où il y a un système fédéral et une véritable séparation des trois pouvoirs, le pouvoir judiciaire présente son propre budget au Congrès américain. Deuxième élément qui fera que le pouvoir judiciaire pourra être vraiment indépendant : il faut créer des juridictions pénales véritablement populaires. En ce sens que le juge professionnel sera là pour dire le droit, pour dabord arbitrer les débats, pour assurer léquilibre entre les parties et ensuite va intervenir un jury populaire qui, lui, va délibérer seul, sans la présence du juge professionnel qui, lui, dira les faits. Par exemple, il va statuer sur la culpabilité. Et ensuite, une fois que le jury aura délibéré et si évidemment il décide lacquittement, labsence de preuves ou labsence de charges ; à ce moment-là, le juge naura quà transformer en termes juridiques lacquittement, lélargissement de la personne si elle était détenue, par exemple. Mais si elle est coupable, il lui appartiendra de dire quelles sont les peines qui sont prévues par la loi et quelle est la peine que lui, en tant que juge professionnel, a décidé dappliquer. Il est évident que pour les affaires bancaires, maritimes, commerciales, en général, il faudra quil y ait des chambres spécialisées et forcément des magistrats professionnels. Cest-à-dire des magistrats qui seront formés et, tant quils ne seront pas formés, il faudra que le pays fasse appel à de véritables professionnels dans chaque matière, pour quils jugent en lieu et place des Djiboutiens en formation. Il ne faudra pas samuser à remplacer ces spécialistes extérieurs par des Djiboutiens au rabais. Il faudra que les Djiboutiens fassent leurs preuves pour parvenir à occuper ces postes. LNA. Ces tribunaux spécialisés ne sont-ils pas quelque peu des juridictions dexception ? LNA. Ce nétait pas le sens de la question. Les juridictions dexception peuvent poser question partout. En France on a contesté par exemple les tribunaux de commerce MA. Toujours dans le cadre de la rationalisation des institutions de lÉtat, il est grotesque pour un pays comme Djibouti davoir un conseil constitutionnel, une juridiction constitutionnelle, et une juridiction de type Cour suprême. Il faut que la Cour suprême juge les affaires de nature constitutionnelle, il faut quil y ait une seule Haute Cour. Pour des raisons de respect des droits fondamentaux des individus, il faut bien quil y ait une première instance et un appel, sauf en matière criminelle. Je sais que la France vient dadopter un système dappel, en matière pénale, mais nous navons pas les moyens de ce système. Je préfère quà partir du moment où un jury populaire est intervenu pour juger les faits, il faut faire confiance à ce jury populaire. Cest une forme de formation de la population à la chose judiciaire. Le peuple ne pourra plus se plaindre du mauvais fonctionnement de sa justice, à partir du moment où il y est intéressé et quil y participe. Dun autre côté, quand vous intéressez le peuple et que vous le faites participer au fonctionnement de sa propre justice, il est aussi formé à un vrai civisme. Je ne dis pas quil ne commettra pas derreur, cest possible, et quon ne vienne pas me balancer à la figure les exemples du type de celui qui sest produit aux USA, où il y avait une caméra amateur qui avait filmé des agents de police en train de tabasser un noir américain et que le jury populaire les a acquittés. Cela signifie, à ce moment-là, que le système du jury populaire a permis de mettre à jour un dysfonctionnement au niveau de la population. Il y avait un racisme latent qui est apparu ; sil ny avait pas eu un jury populaire, on aurait mis un couvercle sur le racisme qui existait dans ce quartier et qui allait jusquà permettre le massacre dun homme. Cette décision du jury a permis dattirer lattention, non seulement des pouvoirs publics, mais aussi de lopinion américaine et internationale sur lacuité de la question du racisme dans ce quartier. À ce moment-là il appartient aux institutions, aux gouvernants dapporter une solution. Cest ce qui sest passé dailleurs aux États-Unis. Les institutions doivent aussi servir à révéler les situations pathologiques. Ce que je propose, le jury populaire nest pas forcément la panacée, nul nest parfait, chacun peut commettre des erreurs, mais je pense que cest le système le moins mauvais quon ait trouvé pour garantir le respect des droits des individus. Au sein de la Cour suprême, il doit bien sûr aussi, y avoir une chambre chargée de la Cour des comptes, cest le cas actuellement. Mais il ne doit pas y avoir un déséquilibre entre la chambre de la Cour suprême, chargée de la Cour des comptes et les autres chambres et en particulier la première présidence de la Cour suprême. La Cour des comptes est entièrement financée par la France et ce qui nest pas mauvais en soi, mais ce faisant, la France a déséquilibré les choses, puisquelle a complètement négligé la présidence même de la Cour suprême, qui du coup est très faible. Il faut que le premier président de la Cour suprême soit un véritable premier président et que les autres chambres soient à sa portée. De façon à ce quil puisse remplir ses fonctions de premier président et sa responsabilité sur toutes les chambres, y compris en les présidant lui-même ou en appelant la constitution des chambres réunies pour quil puisse marquer avec solennité une jurisprudence dans une matière donnée et dans une situation donnée. Il faut donc un véritable pouvoir judiciaire qui soit à même, de par son indépendance, sa plénitude de juridiction, darbitrer effectivement le système politique et que létat de droit soit régulé plutôt par le pouvoir judiciaire que par tout autre système aléatoire. Bien sûr, je nexclus pas dans la justice, la nécessité dun ministère de la Justice. Le ministre de la Justice ne doit pas sentendre suivant la conception ancienne française, je dis ancienne puisque maintenant ce nest plus cela, les parquets sont indépendants et ils doivent lêtre. Moi je pense que dabord il faut mettre fin à ce déséquilibre entre les parties, surtout en matière pénale, et le pouvoir absolument exorbitant qui est donné aux parquets. Il faut revenir à un système plus équitable où le parquet sera constitué davocats professionnels qui auront été choisis pour une période donnée, qui auront passé un contrat avec lexécutif pour pouvoir assurer le service public de laccusation. Et lorsquils auront à intervenir, ils seront en bas, avec les avocats, ils ne seront pas sur le même pied dinstal que les juges du siège. Ils ne sortiront pas avec eux de la salle daudience, ils ne traverseront pas la salle des délibérés. Ça évitera toutes les tentations et toutes les confusions. Ces avocats seront soumis évidemment à la discipline des avocats. LNA. Mais le Ministre nélaborant plus le budget (aux mains du pouvoir judiciaire), comment peut-il élaborer une politique de justice ? Concertation avec le pouvoir judiciaire ou politique de vux pieux ? LNA. Et « Aref » là-dedans, il fait quoi ? LNA.
Parce que, là, après ce que vous venez de développer, il y avait peut-être pour vous lopportunité dun poste de ministre de lIntérieur et de la Décentralisation, ou encore celui dun ministre de la Justice
Ayant ainsi tout acquis, y compris une certaine notoriété uniquement liée au seul poste quils occupent et non à leurs aptitudes, à leurs connaissances ou encore à leurs capacités, ces individus nont éprouvé aucun scrupule à saccrocher au pouvoir, allant même jusquà saliéner corps et âme. Il nest donc pas surprenant quils soient devenus, comme lescomptait le colonisateur, les tenants du parti unique, de la dictature, à condition den faire partie, et, par voie de conséquence, les plus farouches adversaires de la démocratie des droits de lHomme, comme de tout développement économique de mon pays. Cest ainsi quils ont érigé le clientélisme en mode de recrutement de ladministration, au mépris dun système basé sur le mérite, et développé la corruption pour tuer léconomie de marché, dont pourtant les institutions étaient porteuses. En déclarant clairement vouloir tourner le dos à un tel passé, les accords qui viennent dêtre parachevés me semblent rompre avec ce système et jespère que leur application le confirmera, faute de quoi, les Djiboutiens sombreront dans le plus profond désespoir qui conduira immanquablement au chaos. Cest dire si les Djiboutiens doivent absolument réussir à rompre avec détermination avec tous les systèmes qui ont conduit à la faillite et à un déchirement sans précédent. Ne faisant pas partie de cette catégorie de bourgeoisie politico-bureaucratique, ne devant mon ascension tant professionnelle quéconomique et sociale quà mes seules capacités et qualités intellectuelles et morales, je nai jamais considéré la nomination à un poste politique, quel quil soit, comme une fin en soi et encore moins comme un moyen de parvenir à une ambition personnelle. Au surplus, je suis farouchement attaché à mon indépendance desprit comme dopinion, autant quaux vertus enseignées par lIslam véritable, ainsi quaux valeurs de la démocratie, des droits de lHomme, du libéralisme économique et du respect de la dignité humaine des travailleurs. Au surplus, les idées que jai développées sont partagées par beaucoup de mes compatriotes et peuvent être appliquées sans ma présence au gouvernement, lessentiel étant que mon pays avance finalement dans la bonne direction. Cest à cet espoir quinvitent les deux accords, espérance que je ne crois pas être le seul à partager, en dedans comme en dehors de Djibouti. LNA. En létat actuel du fonctionnement des ministères à Djibouti, on nen est pas encore à des réformes de l'ordre de celles que vous décrivez. Nallez-vous pas un peu vite en besogne ?
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