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Djibouti / Politiques / Droits humains
Jean-Paul Noël Abdi : « Dénoncer progressivement les lacunes et les flous de laccord, mais ne pas attaquer sabre au clair. » Dans un entretien accordé aux Nouvelles dAddis, Jean-Paul Noël Abdi, président de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH) marque son indépendance. Il émet des réserves sur l'Accord de réforme et de concorde civile signé entre le Frud-armé et le gouvernement, envisage les perspectives démocratiques et les libertés à Djibouti, et parle au passé des mutilations sexuelles traditionnelles. [Paris, 8 juillet 2001] JPNA. Avant tout, permettez-moi de vous remercier pour cette interview. Avant tout, je tiens à vous dire aussi combien japprécie votre journal. Cest lun des rares titres qui sintéresse vraiment à mon pays et à ma région : la corne de lAfrique, et vous avez une bonne approche du contexte. Les Nouvelles dAddis. La LDDH est membre de la Fédération internationale des droits de l'homme. Pouvez-vous nous présenter la spécificité de l'action de votre organisation à Djibouti
Mon passage à Paris est la dernière étape dun périple qui ma dabord conduit au Canada où jai suivi une formation organisée par la Fondation canadienne des droits de la personne. Ensuite je suis allé à Washington où jai rencontré plusieurs responsables dONG et des personnalités. Comme toujours, jai été pris en charge et recommandé par lInternational Republican Institut (IRI) qui nous a toujours soutenus sans aucune défection et je profite de cette occasion pour remercier tous ses dirigeants. Laction de la LDDH sexerce quasi exclusivement à lintérieur de nos frontières nationales. Cela ma valu et me vaut toujours des difficultés et des tracasseries du ministère de lIntérieur et aussi de la part du parquet du Tribunal de Djibouti qui multiplie les embûches. Les tracasseries et les embûches mont appris à agir à deux niveaux : le niveau médiatique qui est la partie visible de liceberg et le niveau caché pour protéger les militants qui interviennent dans une semi-clandestinité ; mais qui uvrent avec la plus grande efficacité possible pour recueillir des informations fiables sur le terrain et pour malerter dès que des violations sont commises par le régime. LNA. Quel est lapport de votre organisation dans le cadre de la FIDH ? LNA. Et quelles sont ces propositions ? LNA. Sous couvers de lutte pour les droits de l'Homme se dissimulent parfois des oppositions négatives ou des tentatives de conquête (ou de reconquète) du pouvoir de la part de politiciens en disponibilité ou écartés
Qu'en est-il concernant Djibouti ? Prenons mon parcours personnel. Jai fait des études à Grenoble et jai milité au sein de la Fédération africaine et lorganisation des étudiants somalis en France. De retour à Djibouti, jai travaillé à la Caisse de prestations sociales (CPS), ce qui ma conduit à militer pour mettre en application les délégués du personnel. Jai été très aidé par le directeur de lépoque, Monsieur Mas, qui avait refusé de nous inquiéter en dépit des pressions quexerçaient sur lui le président du Conseil de lépoque Monsieur Ali Aref. Vingt ans de carrière parlementaire, cela marque profondément un homme. Malheureusement je retiens surtout une chose : cest quen dépit de tous mes efforts, je nai jamais pu faire adopter des textes fondamentaux pour les institutions républicaines ni pour la Démocratie. LNA. Quelles sont les raisons de cet échec ? Mais, pour finir de répondre à votre question précédente, je peux vous assurer que je travaille en toute indépendance. Personne ne me manipule : ni le gouvernement, ni lopposition djiboutienne, ni les organisations nationales et internationales. Les moyens de la LDDH sont extrêmement limités, mais elle a toujours protégé son autonomie et sa liberté dexpression. De par mon éducation familiale et mon combat de militant, je suis imperméable à toute forme de manipulation et de pression, quel que soit le prix à payer. À part cela et pour terminer sur cette question, je peux vous dire que jappartiens à une tribu minoritaire à Djibouti et quà ce titre, et dans le contexte actuel, les portes du pouvoir me sont fermées de toutes les façons. Je nai donc aucune ambition politique et je ne soutiens aucun parti, ce qui me laisse libre duvrer pour favoriser un climat de mobilisation contre toutes les formes de dictature. LNA. Daccord. Mais, si vous le permettez, pour parachever votre portrait personnel, pouvez-vous me dire qui est Jean-Paul Noël Abdi et quelles sont ses objectifs ? En dehors de cela, dès septembre, je me lance dans des études universitaires par correspondance, dans le domaine de la littérature anglaise. LNA. Dix-neuf jours après la signature de l'Accord de réforme et de concorde civile, entre le Frud-armé et le gouvernement djiboutien, la LDDH a publié ses « observations », pour le moins critiques. Sincèrement n'étais-ce pas un peu tôt ? Ensuite nous avons étudié en détail le texte de laccord. Cela nous a conduit très vite à émettre des réserves et à faire état de nos inquiétudes. Les garanties de la paix sociale sont vraiment minces, pour ne pas dire inexistantes. Je veux parler de tout ce qui concerne les libertés fondamentales, la lutte contre la corruption et surtout létablissement dun état de droit avec une justice véritablement indépendante du pouvoir politique. Pour ne pas jeter dhuile sur le feu, nous avons privilégié une communication plutôt soft. Dénoncer progressivement les lacunes et les flous de laccord, mais ne pas attaquer sabre au clair. LNA. Vous avez un peu moqué « l'heureuse extase » de certains dirigeants de l'opposition djiboutienne. N'y aurait-il pas place pour un peu de joie, au moins l'espace d'un succès ? LNA. Pouvez-vous préciser les points positifs et les points négatifs, selon vous, de cet accord ? LNA. Concrètement, que préconise la LDDH sur le multipartisme, les libertés publiques, la liberté de la presse ? Quant à la presse écrite, nous craignons que les amendements proposés par le couple Frud-gouvernement soient en définitive des amendements plutôt restrictifs. Tout est encore traité dans le secret et il faut attendre. À notre avis, le degré de liberté publique pourra être mesuré en fonction de celui de la liberté de la presse et de louverture réelle au multipartisme. LNA. Quel type de société Jean-Paul Noël Abdi souhaite-t-il pour Djibouti ? 1) La réelle application du "titre II" de la Constitution du 4 septembre 1992, conforme à la Déclaration universelle des droits de lHomme ; la ratification par la République de Djibouti des instruments internationaux, en particulier le statut du Code pénal international. 2) Une société libre de poursuivre les personnalités qui ont commis des crimes contre lhumanité. 3) Une société libre de poursuivre les autorités de lÉtat lorsquelles ont détourné des deniers publics et des biens sociaux. 4) Une réelle justice sociale. Sur le plan régional, il est temps ; il est même urgent de préparer la société djiboutienne à lintégration régionale dans le cadre de la corne de lAfrique, sans fermer à tout bout de champ les frontières avec nos voisins immédiats. LNA. Selon des données de 1998 (4), 95% des femmes djiboutiennes seraient victimes de mutilations sexuelles, traditionnelles mais interdites par l'ONU. Quelle est la position de la LDDH sur cette difficile question ? |
Entretiens politiques concernant Djibouti
Aref Mohamed Aref, Tous les entretiens réalisés par Les nouvelles d'Addis |
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