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France / Culture / Création
Geneviève Rosset a deux passions : le théâtre et l'Éthiopie. Après "Léiris à Gondar", Geneviève Rosset a monté "Oncle Vania" dAnton Tchékov à Addis-Abeba. Créée au théâtre du Lycée franco-éthiopien Guebré-Mariam, la pièce est jouée depuis le 15 juillet au Théâtre national. Un jour par semaine, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de spectateurs « C'est comme ça que ça se passe au Théâtre national ! » [Paris, juillet 2001]
Jai donc travaillé avec des acteurs éthiopiens et particulièrement avec Tesfaye Guessesse qui jouait le rôle de linterprète de Michel Leiris à Gondar. Je lavais rencontré à luniversité parce que, étant enseignante à la rue Blanche [école de théâtre parisienne, ndlr], javais fait des stages, animé des ateliers à luniversité dAddis-Abeba, au département théâtre. Cest ainsi que jai rencontré Tesfaye Guessesse et Asnaketch Worku qui sont des gens très connus en Éthiopie, très respectés et que jaime beaucoup. Et puis, jai dit à Tesfaye que jaimerais bien monter un autre spectacle, mais que je voulais monter ce qui appartenait vraiment à ma culture et que, pour moi, lauteur le plus important du début du 20ème siècle, cétait Tchékov. Il a influencé tout le théâtre contemporain et cest pour moi un auteur particulier puisque jai beaucoup travaillé dessus à la rue Blanche. je trouvais que Tchékov et surtout Oncle Vania, pouvait intéresser le public éthiopien pour diverses raisons. Des raisons esthétiques, parce que les acteurs éthiopiens jouent souvent dans des pièces historiques, avec un style déclamatoire « face public » et que Tchékov apporte une autre façon de jouer Stanislavski. Avec eux, il sagit dêtre, non pas de faire, mais dêtre sur scène. Et cest la vie qui passe, il ne se passe pas grand-chose, ce sont juste des moments comme ça Il y avait aussi autre chose, dans Oncle Vania, ce sont toujours des histoires de famille. Dans La Cerisaie, deux hommes sont obligés de vendre la Cerisaie ; là, dans Oncle Vania ils ne vendent pas la propriété finalement, mais cest le passage dun monde à un autre. Du monde des Tsars en Russie, à la fin du 19ème siècle Tchékov meurt en 1904, alors quen décembre 1904 débute en fait la Révolution. Je pensais donc que ce passage dun monde à un autre pouvait toucher beaucoup. Une histoire de famille, une histoire de gens qui perdent leurs terres et puis aussi évidemment, une chose éternelle, lhistoire damour. Autre chose encore, il y a une phrase qui revient très souvent : « le démon de la destruction est en nous » et il y a le personnage du médecin qui est très beau. Il dit : « Oui, on détruit tout, les forêts ; on ne respecte pas la vie et vraiment peut-être que ça ira mieux dans quelques années, mais bon ! ». Lhistoire de la destruction des forêts, la déforestation peut être transposée en Éthiopie où ce problème est actuel. Le docteur replante des arbres. Il dit : « Vous voyez, moi jaime la forêt », en plus dêtre médecin et de soigner des gens. Tchékov a été le premier à mettre en scène, non pas des héros, des princes, mais des hommes ordinaires. Même sils sont en général bourgeois, ce sont des hommes ordinaires avec leurs soucis et avec le fait que
oncle Vania a 47 ans et quil se rend compte quil a été trompé par la vie. Il sest occupé de cette propriété, il envoyait de largent au professeur duniversité, le mari de sa sur, remarié après le décès de celle-ci. Et le professeur arrive et dit ; « La campagne cest épouvantable, je my ennuie et je veux vendre ». Oncle Vania dit : « Jy ai travaillé toute ma vie et je pensais que
vous mavez trompé ». Enfin, il y a ce décalage qui existe dans tous les pays du monde entre la capitale et la province. La pièce se passe dans une petite ville de province en Russie. Les idées qui sont à Moscou, ses universitaires sont admirés. Dans une autre pièce de Tchékov, trois surs disent toujours : « Nous irons à Moscou ». En fait, elles ny iront pas. LNA. Cétait la première fois que Tchékov était traduit en amharique ou cela avait-il déjà été fait, même à un niveau strictement littéraire ? LNA. Cétait donc une découverte totale pour le public éthiopien ? LNA. Vous avez monté la pièce, elle a déjà été représentée. Vous lavez jouée quand ? Je me disais, on va la créer comme ça, on travaillera comme on a envie de travailler et puis on verra après ce qui se passe. Évidemment, javais envie que ce soit pris au Théâtre national et on espérait que ça le serait, mais lenjeu était de faire vraiment un beau travail. Faire une pièce sans penser forcément à une reconnaissance. Il se trouve quil y a des intellectuels qui sont venus et qui ont conseillé au Théâtre national de la prendre parce quil y avait une distribution formidable Elle sera donc jouée au Théâtre national à partir de la première quinzaine de juillet. Elle est prise dans la programmation, cest-à-dire que ce ne sera pas un événement ponctuel, mais quelle sera, comme toutes les autres pièces, jouée régulièrement, un jour par semaine. Et ceci cest le principe du Théâtre national jusquà ce quil ny ait plus de public. Je suis très contente. Cest ce que je voulais mais maintenant jai la trouille parce que je me dis quau Théâtre national, ça ne va pas être pareil du tout et quil faut donc refaire la scénographie ; il faut tout repenser. Le plateau du Théâtre national est immense, vingt-cinq mètres douverture au lieu de dix au théâtre du Lycée. Il faut refaire complètement les décors. Je dois changer la conception même de la mise en scène, parce que javais utilisé vraiment le lieu du théâtre. Certaines parties de la pièce se jouaient en bas, dautres au-dessus Jai travaillé avec mon scénographe en France, là-dessus. Il ma fait les plans que jai envoyés. Je pars demain, peut-être que ce sera fait [rires]. De toute façon, on aura le temps de le faire, le cas échéant. LNA. Comment ça se passe au niveau de la direction dacteurs pour diriger une pièce en amharique quand on nest pas soi-même totalement amharophone ? LNA. La dernière fois, dans Leiris à Gondar, vous aviez beaucoup de choses en français ; vous aviez un acteur français tout au moins avec vous. Comment ça se passe cette fois-ci ? LNA. Et les acteurs parlent langlais ou le français, non ? LNA. Et vous connaissez un peu lamharique ! LNA. Lambiance sera peut-être un peu différente, mais vous serez forte de votre première expérience. LNA. Est-ce que vous avez dautres projets après Tchékov ? LNA. Mais cest une pièce qui demanderait beaucoup de moyens ? Mais jaimerais vraiment monter une pièce française, pour avoir le triptyque [rires]. LNA. Le mariage de Figaro serait peut-être plus facile à monter, non ? |
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© Les nouvelles d'Addis (LNA) 1997-2005. http://www.lesnouvelles.org, version 3.4 Les nouvelles d'Addis, le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté Reproduction de contenus interdite sauf autorisation écrite |