Les nouvelles d'Addis   Magazine – Grandeporte – Négoce
Abonnement en ligne aux Nouvelles d'Addis
I
Dernières nouvelles
I
Lecture thématique
I
Choix de la rédaction
I
Rechercher dans le site
Mot(s) exact(s)
Résultats par page
M
a
g
a
z
i n e
France / Littérature / Histoire

Henry de Monfreid
entretien avec Guillaume, architecte, petit-fils et ayant droit d’Henry

Guillaume de Monfreid est un homme jeune et sympathique. Contrairement à d’autres, l’héritier ne transpire pas la poussière, les rentes, le pognon. Il se “bouge”, il imagine : pour « grand-père », pour faire lire et découvrir « d’autres richesses » que Les secrets de la mer Rouge, pour mettre en lumière les dimensions inconnues d’« un être aussi riche et complexe », victime encore de nombreux « préjugés ».

Depuis longtemps nous souhaitions le rencontrer (au journal on aime Monfreid). Ça s’est fait un peu par hasard, au prétexte d’une question de droits de reproduction d’une photo d’Henry. Aux dires de Guillaume, dans cet entretien, Henry de Monfreid est abordé sous un angle différent de ce qui se fait d’habitude. Souhaitons que ce soit exact. – AL

  


PROPOS RECUEILLIS PAR
ALAIN LETERRIER



(Paris, 25 juin 2001)

LNA. – Vous êtes l’héritier d’Henry de Monfreid. Il y a différentes façons de s’occuper d’un héritage. Il y a la façon protectionniste, où les héritiers par exemple interdisent des republications… Quelle est votre façon de gérer ce fond ? Et d’abord quel est ce fond ?
Guillaume de Monfreid. – Le fond est énorme parce qu’il concerne au moins trois grandes entités artistiques : la littérature, la photographie, la peinture. On sait que Monfreid a été écrivain mais on oublie qu’il a été photographe et on oublie un peu qu’il a été peintre aussi, à des degrés divers évidemment. C’est sûr qu’on ne va pas comparer Monfreid à Gauguin ou à je ne sais qui, mais il a eu une palette d’expression extrêmement large.

Mon but, si but il y a, c’est de faire connaître la vie d’Henry, qui a été très bien remplie. J’ai entendu des gens dire qu’ils avaient vécu sept vies… En tout cas, lui les a vraiment vécues ces sept vies ; tout ce qu’il a fait, il l’a fait à fond. L’écriture il l’a faite à fond, il a écrit beaucoup de choses. Il ne nous reste plus beaucoup de nouveautés à faire paraître, en cette matière, sauf les lettres qu’on a publiées, il y a peu de temps qui apportent vraiment un éclairage nouveau sur son tempérament. La photographie, j’y travaille, ce n’est pas facile parce que Monfreid est relativement incompris en matière photographique.

 


Henry photographe

LNA. – Qu’est-ce que le fond photographique représente ?
GDM. – Plusieurs centaines de photos sur plaques de verre. Des dizaines et des dizaines de bobines 24 x 36, des dizaines de boîtes en stéréo noir et blanc sur verre… Évidemment, tout n’est pas d’un intérêt fantastique, mais il y a de très très belles photos. Ce n’est pas un photographe au sens de Doisneau ou de Cartier-Bresson, par exemple, qui vont faire la photo pour la photo parce qu’il y a un angle, une lumière, un noir et blanc… Mais Henry a “un œil” suffisamment exercé au plan artistique pour, quand il est en reportage, par exemple en Éthiopie, lors du conflit italo-éthiopien, faire quelques photos qui ne sont pas spécifiquement des photos de conflit, très belles graphiquement, dans les noirs, dans les aplats, dans le graphisme d’un arbre, dans des contrastes entre les gens et les fourrés qui sont derrière. Il y a de très belles choses. C’est cela que j’essaie de mettre en valeur.

LNA. – Quelle est l’articulation entre la photo et l’œuvre littéraire de Monfreid ?
GDM. – Au début, il prenait des photos comme on faisait avant la guerre de quatorze (on allait dans un pays étranger et, sans être forcément géographe, on prenait des photos). Donc, Monfreid prenait des quantités de photos, pour faire connaître le pays aux deux ou trois personnes qui lui étaient chères en France (à qui il adressait les fameuses lettres), et à qui il envoyait aussi des photos. Au début, c’étaient des photos “stéréo”. Après, cet intérêt pour la photo s’est relativement estompé, une fois découvertes un certain nombre de choses en Éthiopie.

Il a retrouvé plus tard l’intérêt pour la photo parce qu’elle lui permettait, en plus des cartes marines qu’il avait et qui étaient fausses ou incomplètes, de prendre des vues de montagnes, de silhouettes… pour avoir des points de repère et pouvoir se repérer en mer Rouge, pour filer dans un endroit où il sera sûr que le bateau douanier ne le suivra pas, – parce que le douanier a une aussi mauvaise carte que lui, mais qu’il connaît moins bien le coin que lui… Oui, dans certaines passes, ce n’était pas évident… Donc, ces photos-là servaient pour le repérage ; pas pour la géographie, pour son usage à lui. D’ailleurs, il y a des moments où il se dit, à propos d’une carte : « Je ne suis pas sûr de reconnaître ce pic » ; parce qu’il suffit d’un quart de degré et vous changez de montagne, vous ne savez plus où vous êtes… Il a fait cela pour quasiment toutes les hauteurs de la mer Rouge. J’ai des tas de photos des côtes. Toutes ne sont pas annotées, mais il savait où c’était. C’est le deuxième intérêt des photos d’Henry : l’aspect documentaire, très personnel.

Le troisième aspect, c’est l’aspect journalistique, la courroie de transmission. On l’envoie au Yémen pour la prise de pouvoir de Ibn Saoud, il y va avec un Leica. De même en Éthiopie, lors du conflit italo-éthiopien.

 


Henry journaliste

LNA. – LNA. Journaliste ou autre chose… ?
GDM. – Journaliste. Alors, évidemment son journalisme dans le conflit italo-éthiopien n’est pas innocent. Puisqu’il s’est fait expulser d’Éthiopie, peu avant par le Négus, c’est pour lui un moyen d’y retourner. Et c’est un moyen aussi, parce que je pense qu’il est honnête intellectuellement, de montrer ce qu’il appelait « la duplicité du Négus », dont pourtant il était un grand ami. Quand il a découvert que le Négus avait un double langage, qu’il était malhonnête avec ses sujets et avec la communauté internationale (qu’il disait à la tribune de la SDN que l’Éthiopie ne pratiquait plus l’esclavage ni les sévices corporels alors que manifestement cela se pratiquait tous les jours), Monfreid a essayé de dénoncer tout cela et on l’a expulsé d’Éthiopie. Évidemment, être à la suite des armées italiennes n’était pas non plus innocent de sa part. Cela l’était d’ailleurs d’autant moins qu’il était l’envoyé officiel du Petit Parisien (ce n’était pas une couverture, il devait faire son boulot). Mais ses articles, quand il arrivait à les envoyer en France, étaient parfois trop poétiques pour être effectivement des articles de véritable correspondant de guerre. Il ne faisait pas vraiment l’analyse de la situation politique, militaire ou autre de façon impartiale.

LNA. – Monfreid n’était donc pas un “vrai” journaliste…
GDM. – Non, je ne dirais pas cela. Monfreid était un vrai journaliste mais il était avec ses idées à lui et avec les armées italiennes. Il y avait un autre journaliste à Addis, un autre à Londres et un autre à Genève pour voir ce que disait la SDN ; il y en avait un autre encore à Rome pour voir ce que disait l’Italie… Mais dans les journaux, il y avait peu de papiers signés par Henry ; soit ses articles n’avaient pas plu, soit ils n’entraient pas dans la logique du journal. Il est vrai qu’il était trop juge et partie dans cette affaire, c’était trop passionnel pour lui.

 


La gestion du fond Henry de Monfreid

LNA. – Je vous ai interrompu dans la partie concernant votre manière de gérer le “fond Monfreid”. Souhaitez-vous y revenir ?
GDM. – En ce qui concerne l’écrit, il n’y a plus d’inédit, au sens où on l’entend. J’ai deux objectifs qui se traduisent par différents projets. Le premier est de continuer à mettre sur le marché les livres qu’il a écrits, mais de les présenter de telle sorte que cela corresponde à l’attente des lecteurs d’aujourd’hui. C’est-à-dire que quand un livre, comme Le lépreux, n’a pas l’impact qu’on aimerait qu’il ait, qu’il soit regroupé dans un gros volume, avec d’autres livres un peu différent, sous un nom générique (“Aventures en mer Rouge”, par exemple, pour un volume comprenant entre-autres Les secrets de la mer Rouge). C’est ce que nous avons fait il y a quelques années chez Grasset, et les gens sont satisfaits parce qu’ils ont plus à lire. L’idée est la suivante. Vous prenez des gens dans la rue et vous leur dites : « Kessel ? ». L’un va vous répondre : « Le lion », un autre « L’équipage », etc., et vous récolterez ainsi trois ou quatre titres de Kessel. Vous faites la même chose avec Henry et vous n’avez qu’un seul titre cité : Les secrets de la mer Rouge ; alors qu’il en a écrit soixante-dix, les gens ne connaissent que celui-là. Vous faites la même chose à Londres, à supposer bien sûr qu’ils connaissent Monfreid, les gens ne vous diront jamais : Les secrets de la mer Rouge, ils vous diront : Croisière du haschich… ; pourtant Les secrets de la mer Rouge sont aussi traduits en anglais ! Pour moi, la difficulté c’est de sortir Henry de Monfreid de l’ornière que sont Les secrets de la mer Rouge, c’est-à-dire faire connaître les autres livres. Parce qu’il y a beaucoup d’autres richesses.

Ces livres ont eu énormément de succès. Ce n’était pas une démarche malhonnête parce que les gens ont découvert des textes qu’ils n’auraient vraisemblablement pas lus si nous les avions publiés individuellement. Cela oblige à une réflexion qui n’est pas toujours évidente avec l’éditeur, parce que pour lui cela représente des investissements. Mais c’est intéressant parce que cela oblige à un recul sur l’auteur, sur son œuvre et à se demander comment il est perçu aujourd’hui et comment son lectorat l’envisage.

Dans le même esprit, on a aussi édité la collection avec des dessins d’Hugo Pratt. C’était une manière de présenter Monfreid dans une vision plus actuelle, plus moderne. Hugo Pratt a quelque chose à dire sur l’Éthiopie (même s’il n’y a pas passé beaucoup de temps, puisqu’il y était étant jeune), et il dessine divinement bien, les couvertures ne sont pas mal. L’objectif, là, est de conserver la modernité de Monfreid…

LNA. – Vous trouvez que c’est moderne Monfreid ? À côté de Rimbaud, ce n’est pas moderne du tout, c’est un truc de vieux ! [Rire]
GDM. – Vieux, Monfreid ?… Oui, vous avez raison, c’est « un truc de vieux », qu’on n’aborde qu’à vingt ou à vingt-cinq ans… Mais pas quand on a quinze ans.

LNA. – C’est faux. Ma seconde fille a lu Monfreid à neuf ans. [Rire]
GDM. – Votre fille est une exception. Moi, mes filles n’ont jamais pu en lire une ligne. Maintenant je les vois arriver à un âge où on commence à s’y intéresser et elles rencontrent des gens qui leur en parlent. En fait, on découvre Monfreid à un âge plus avancé que je ne le pensais ; ce sont des gens qui ont un peu vécu, un peu voyagé, vers vingt-cinq/trente ans. Il est rare qu’un jeune de douze ou quinze ans lise Monfreid. De plus, les filles le trouvent terriblement macho… Mais ce que je voulais dire, c’est que son écriture est assez moderne. Quand vous prenez les livres d’académiciens de la même époque, c’est aujourd’hui illisible. Alors que Les secrets de la mer Rouge, qui ont presque soixante-dix ans, peuvent se lire sans difficulté.

Le plus étonnant ce sont les préjugés terriblement lourds et injustes, totalement infondés… Et j’en viens là au deuxième objectif : essayer de faire sortir Monfreid des préjugés que les gens peuvent avoir sur lui. Il y a tout un travail de fond qui a commencé, mais qui a un peu loupé, avec la biographie de Grandclément. Cela n’a pas vraiment arrêté les préjugés mais cela a eu le mérite déjà de donner une chronologie à peu près fiable. Par contre, cela n’a pas permis de faire ressortir les qualités humaines de l’homme, puisque le journaliste qui s’est occupé de cela a eu une attitude, je ne dirais pas de policier, mais qu’il s’est transformé en enquêteur. Il avait, en plus, une opinion avant de commencer, donc déjà c’était mal parti. Mais surtout : la vie d’Henry est tellement riche, il y avait tellement de choses à voir, à recouper, que son livre est une somme prodigieuse de faits et de dates ; donc rien que pour cela, c’est intéressant. On se demande comment Henry a pu faire. L’auteur dit qu’il n’a pas tout mis, qu’il n’avait pas la place ; il lui aurait fallu huit cents pages, mille pages… il a donc élagué. Donc ce livre a ce mérite d’avoir recadré Monfreid, dans sa dimension activiste. Mais cela a eu le défaut de ne le recadrer que dans cette dimension factuelle ; par contre, sa qualité humaine, ses relations avec les autres, là il n’y a rien. Ou alors c’est encore plus manichéen que dans les livres de grand-père : il y a le bon, il y a le méchant, point. Il y aussi quelques affirmations pas très fondées et peut-être un défaut : il ne cite pas précisément ses sources, ce qui rend difficile toute recherche.

Pour faire ressortir cette dimension humaine qui n’existe pas ou peu dans cet ouvrage, j’ai décidé, il y a deux ans, de publier les fameuses lettres de Monfreid, pour qu’on redécouvre sous un angle différent la qualité de l’homme, qu’on comprenne un être aussi riche et complexe que lui. Ce n’était pas un monstre, même s’il n’a pas été facile à vivre. Il n’était pas un monstre d’acier, une machine. En fait, c’est un type qui a eu ses trouilles, ses peines, ses joies… Il ne le dit jamais d’ailleurs, il se transforme lui-même en machine. Jusqu’à la fin de sa vie, il a œuvré dans ce sens. Mais maintenant, vingt-cinq ans après sa disparition, on peut dire des choses qu’on n’aurait pas pu dire au moment de sa mort, parce qu’on n’avait pas assez de recul et qu’il fallait que le personnage décante. D’où ces lettres. C’est donc l’objectif qu’on s’est fixé maintenant. D’où aussi la publication d’un album de photos, que j’aimerais faire pour qu’on voie autrement la facette humaine et pas seulement le trafiquant d’armes. Oui, il a été trafiquant d’armes, mais bon…

LNA. – Trafiquant d’esclaves aussi…
GDM. – Il y en a qui disent ça aussi. C’est faux. Je fais des droits de réponse dans les journaux quand j’entends ça. Mais justement, cela fait partie de ces préjugés.

LNA. – On m’a raconté une histoire, je ne sais pas si elle vous est parvenue. L’histoire de pauvres gens ficelés à l’ancre du boutre et coulés pour que les douaniers ne les trouvent pas…
GDM. – Oui, c’est vrai. Mais la réalité c’est que Henry dénonçait cela, parce que des trafiquants d’esclaves le faisaient, ils coulaient le bateau dès qu’ils étaient découverts.

Donc, il y a ce projet d’album photo. Je suis en train de voir avec un éditeur. Je voudrais faire quelque chose d’un peu mieux que l’album qui est paru chez Arthaud, qui était un peu une redite d’une biographie très générale. Il faudrait que ce soit mieux ciblé. À propos de photos, il faut savoir que j’ai fait faire des tirages spéciaux pour le musée d’Harar ; il y a quatre ou cinq photos d’Henry. Ce sont de très vieux clichés d’Harar, très beaux, en stéréo, qui datent de 1911. On a fait cela avec Michel Perret. Donc ce fond photographique est intéressant aussi de ce point de vue, historiquement ou architecturalement, pour l’Éthiopie.

 


Le musée Monfreid à Ingrandes (France)

LNA. – Il existe aussi un musée Monfreid. Pouvez-vous d’abord le situer sur la carte du monde ?
GDM. – Ce musée c’était un rêve de grand-père. Mais vous avez raison, je vais le situer à sa manière à lui. Quand il était au Kenya, en 1947, il avait donné mission à sa seconde femme qui n’est pas ma grand-mère, de lui trouver une maison en France, dans un coin paumé, où on ne viendrait pas l’enquiquiner. Un endroit vraiment perdu, sur la route de rien. Cela s’appelle Ingrandes ; c’est près d’une transversale qui va de Poitiers vers l’est, vers Châteauroux. C’est un minuscule village très ancien, du XIVème, tout à fait classique des vieux villages français, avec un tout petit bout de château fort, une vieille église ; le tout resserré près d’une rivière qui s’appelle l’Anglin… Quelques petites ruelles… Il y fait une chaleur écrasante l’été ; il n’y a pas de bruit, sauf quelques poulets le matin, c’est tout à fait agréable. C’est l’endroit rêvé quand on veut avoir la paix. Comme il n’y a pas de train, aller à Ingrandes c’est vraiment choisir d’y aller, il faut faire un détour. Monfreid y a vécu près d’une trentaine d’années, puisqu’il y est arrivé en 1947. Ce n’est pas rien sur une vie de quatre-vingt-seize ans. À la fin de sa vie, – c’était peut-être une idée de vieil homme, je ne me rends pas bien compte, – il voulait faire un musée avec ses aquarelles. Il avait mis ça dans son grenier ; il y en avait plusieurs centaines. Honnêtement, c’était d’une qualité très médiocre, parce qu’il s’agissait d’aquarelles représentant le même sujet qu’il avait peint et repeint à l’énième génération. Donc il y avait des sujets qui en étaient à la cinquième redite et, comme il copiait la génération d’avant, il perdait en qualité, en fraîcheur. Mais il y en avait une telle profusion que ce pouvait être amusant. Ensuite, tout cela a été dispersé parmi ses héritiers. Mais l’idée du musée est restée, paradoxalement pas chez les héritiers mais chez les habitants d’Ingrandes. Surtout chez les élus, qui avaient envie de faire “bouger” un peu le village. Ils se sont dit qu’ils avaient eu un grand bonhomme pendant trente ans dans leur village et que même s’il sentait un peu le souffre et qu’il volait quelques pommes…

LNA. – Monfreid volait des pommes !?
GDM. – Oui, il y en a qui ont dit qu’il volait des pommes.

LNA. – Il cumule ! [Rire]
GDM. – Peut-être, il cumule…
Bon, enfin, les élus d’Ingrandes se sont dit qu’ils allaient un peu récupérer le personnage et monter un musée. Honnêtement, je ne vous cache pas que je n’étais pas chaud du tout, parce que je trouvais que cela ne correspondait pas du tout au personnage de le statufier, le muséifier, le figer dans un lieu qui commencerait déjà à sentir la poussière, les champignons et le moisi. Mais devant l’enthousiasme de l’équipe municipale qui déployait tant d’énergie, j’ai accepté de jouer le jeu. Mais je leur ai demandé d’être les acteurs de ce projet. Je ne voulais pas que ce soit un musée de la famille. C’est tout le contraire. C’est une association loi 1901, à laquelle n’importe qui peut adhérer, qui est gérée par des gens de la municipalité : il y a le maire, la femme du maire (qui est trésorière) ; Ingrandes est très impliquée là-dedans. Quant à nous, la famille, on a un droit de regard, parce qu’on a prêté un grand nombre de documents, c’est donc la moindre des choses, mais a priori, nous ne sommes pas les acteurs de cette réalisation. Je ne dis pas que nous ne donnons pas des idées, on les aide du mieux qu’on peut, mais c’est une association qui a sa propre vitalité. Le musée est mentionné dans tous les guides maintenant. Bien sûr, on a un peu de mal à vivre. Pourquoi ? L’une des raisons justement est que Ingrandes est inaccessible de partout : Monfreid avait trop bien choisi ! Donc, on a du mal à amener les gens, mais on y arrive quand même, parce qu’on est dans le Parc de la Brenne. Mais il est vrai que si nous avions fait ce musée à La Franqui, son village natal, on aurait cinq à dix mille visiteurs par an, c’est évident. Alors qu’à Ingrandes, on arrive à un millier et on a du mal. Mais l’avantage à Ingrandes, c’est que les gens qui viennent au musée, ce sont vraiment des mordus. On n’arrive pas là par hasard, et quand bien même on est au centre de la France, tellement perdu, que tout d’un coup de voir le musée Monfreid on est tout étonné. Le musée est aussi relié à toutes les maisons d’écrivains ; il y en a pas mal dans cette région, je pense à George Sand, par exemple.

Ce musée retrace un peu sa vie. Il y a des fusils, on a retrouvé des fusils Gras de l’époque. Enfin, on peut les voir, les toucher, ces fusils avec lesquels il avait fait de la contrebande. On approche un peu mieux l’homme. Et rien que pour ça, c’est pas mal.

…/…

I 1 I 2 I

I
Sommaire
I
Liens
I
Recherche
I
Liste de diffusion
I
Boutique
I
Espace partenaires
I
S'abonner aux Nouvelles d'Addis
I
Qui nous sommes
I
Nous écrire
I

© Les nouvelles d'Addis (LNA) 1997-2005.http://www.lesnouvelles.org, version 3.4
Les nouvelles d'Addis, le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique
Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté
Reproduction de contenus interdite sauf autorisation écrite