[Paris, 10 décembre 2001]
LNA. Quand et pourquoi avez-vous quitté lÉthiopie ?
MBS. Jai quitté lÉthiopie le 25 janvier 1971. Je venais davoir le baccalauréat. À lépoque, quand on était bachelier, on avait une bourse ; je me suis donc retrouvé à la faculté des sciences, parce que javais obtenu un bac C et quil ny avait pas beaucoup dautres orientations possibles alors en Éthiopie. Comme les élèves qui ont suivi les filières C ou D nétaient généralement pas très bons dans les matières littéraires, on les dirigeait vers des études supérieures scientifiques ; en plus, jétais fort en mathématiques. Mais, au bout de trois ans en fac, je me suis rendu compte que cela ne me convenait pas. Et jai arrêté, en 1975, mes études de physique et chimie.
LNA. Physique et chimie ?
MBS. Oui, jai fait des études de physique et chimie, dabord à Bordeaux et ensuite à Orsay. Cétait en 1974, il y avait la révolution en Éthiopie, et ma mère venait de mourir de maladie juste avant la déposition de lEmpereur. Cest elle qui ma élevé, donc je nai pas eu envie de revenir. Toutes ces choses-là mont permis de prendre mes décisions. Jai décidé de ne pas continuer mes études ; cela ressemblait trop au prolongement du lycée.
LNA. Une conjonction dévénements politiques, familiaux et personnels donc
MBS. Oui, cest cela. En 1971 je suis arrivé à Paris ; en 1975 jai arrêté mes études ; en 1981 je suis devenu artiste. Le soir de Noël, dix ans après mon arrivée.
LNA. Vous avez commencé une carrière artistique le 25 décembre 1981 ? Comme ça ? Sur un coup de tête ?
MBS. Oui, oui. Jétais dans ma chambre détudiant. Il y avait une douche et un coin cuisine
Et il memmerdait, ce coin cuisine ; donc je me suis dit que jallais faire un paravent. Ma première peinture, cétait ce paravent. Jai peint la nuit, sur des sets de table en paille. Neuf pièces ! Cétait magnifique, imaginatif et décoratif en même temps ; avec des couleurs superbes. Pour moi, ce fut la révélation, et je me suis dit : « Cest ça que je veux faire ! »
LNA. Vous êtes devenu artiste
pour modifier votre cadre de vie ?
MBS. Exactement. Je venais juste de repeindre mon logis et javais mis sept couleurs. Deux couleurs au plafond, dautres couleurs aux portes, aux fenêtres, etc. Il y avait sept couleurs de bleus dégradés, de jaune et de noir.
Après la création de ce paravent, dans la foulée jai acheté de largile. Jai fait des petits trucs en argile, qui nétaient pas mal, et je les ai peints ; ensuite je suis passé au papier mâché.
Je venais davoir trente ans. Les vingt ans en Éthiopie cétait un peu une préparation ; les trois années détudes supérieures cétait une forme dintégration et une ouverture sur un monde cosmopolite. Quand jai arrêté, jétais vraiment intégré. Je me suis mis à faire comme tout le monde, des boulots en intérim, parce que cétait la crise en 1975 et que je nai pas trouvé de boulot tout de suite. En intérim, je faisais toutes sortes de boulots ; je men sortais. En dix jours je gagnais assez dargent, et je me cassais en auto-stop. Je vivais comme ça. Ce fut cinq années de gestation. Je préparais ma renaissance.
LNA. Aucun rapport donc, entre lÉthiopie et votre découverte du travail artistique ?
MBS. Jai toute lhistoire de lÉthiopie avec moi. Le nationalisme de mes parents, toutes ces choses sont en moi. Je noublie pas que je suis Éthiopien, mes racines sont là-bas. Jai quitté le pays à vingt ans mais jy ai toujours des attachements. Jai gardé de mon pays ce qui est positif ; je me sens toujours Éthiopien, même si je vis à Paris.
Dans ma famille, on sintéressait à lart. Quand il y avait des expositions de Gebré Kristos ou dautres, on en parlait. Ma mère était très cultivée, donc je savais ce que cétait que lart. Je regardais les gens faire des portraits de lEmpereur, il y en avait partout. Je savais ce que cétait que la peinture ; mais moi-même je ne me sentais pas peintre. À lépoque, lart nétait pas né pour moi, personne ne my encourageait et la situation en Éthiopie ne sy prêtait pas. Même aujourdhui, elle nencourage pas les gens à devenir artiste.
Mais dès que jai commencé à peindre, jai fréquenté toutes les galeries. Mes références étaient des artistes européens, latinos américains, des artistes présentés à Paris. Je suis universel en matière dinfluences artistiques, même si je revendique mon éthiopianité. Mais je vis dans un pays cosmopolite, dans une ville cosmopolite depuis trente ans, ce nest pas négligeable. Je suis universel et lÉthiopie est présente, même inconsciemment. Je ne la cherche pas, elle sort.
LNA. Comment apparaît cette éthiopianité dans votre création ?
MBS. Dans les formes et les couleurs. En Éthiopie, il y a beaucoup de formes. Même si les Éthiopiens ne sculptent pas les ustensiles comme en Afrique de louest. Le messob et le mouketcha sont des volumes. Il y a des pierres dressées aux formes variées dans le sud. Il y a aussi des couleurs et jai vécu dans un environnement coloré ; ma grand-mère faisait des messob. En Éthiopie, la couleur est présente dans les maisons, les églises et sur les marchés.
LNA. Dans vos personnages, on sent une présence mythologique
MBS. Oui, absolument. Mais quoi de plus mythologique que lÉthiopie, franchement ? Depuis Aksoum et même depuis la période pré-aksoumite, en passant par le prêtre Jean, Lalibela, etc. Tout nest que mythologie.
LNA. Comment sarticulent les mythologies éthiopiennes et celles de votre uvre ?
MBS. Je trouve luniversalité dans les deux. Par exemple, voilà un menhir (jappelle cette sculpture un menhir). Un menhir, ce peut être en Bretagne ou en Éthiopie. Cest là que je fais la liaison entre les menhirs, les obélisques et les mégalithes du monde entier. Certaines de mes déesses peuvent être grecques, romaines, aksoumites, etc. Il y a lAfrique aussi. Il y a les Rois mages dans mon uvre, les tabernacles, les autels. Tout est mélangé. Cest peut-être là, que dans mon art on voit que lÉthiopie est le berceau de lhumanité, dans le sens où tout le monde sy retrouve, même les Chinois et les Japonais. Mes guerriers peuvent être des samouraïs ; jai aussi des pagodes
Jessaie de montrer que lÉthiopie peut avoir un apport universel. Dans notre langue dartiste, à partir de notre culture et en la défendant, on peut être universel. Cest cela que je revendique. LÉthiopie est suffisamment riche par ses mythologies, par sa position géographique autour de plusieurs mondes : Perse, Inde, Arabie, Afrique, Méditerranée, etc. Il y a osmose culturelle
LNA. On a limpression dune jouissance dans votre travail, quil saccomplit dans un débordement de joie
Pourtant il y a de longues heures de travail à construire les structures. Comment passez-vous de cette phase technique de réalisation du support à lexpression de la joie qui sera dessus ?
MBS. En tant quartiste, je prends mon pied dans cette phase de construction. Cest magnifique, la construction de larchitecture est belle. Il faut solidifier, prévoir ; cela demande beaucoup dintuition. Cest un peu comme des mathématiques. Là, mes études de mathématiques me servent un peu, pour la géométrie, dans lespace qui est là-dedans. Ce nest pas que de la spontanéité ; ce nest pas la formation académique des beaux-arts. Il faut voir dans lespace, il faut solidifier dès la base. Si cela na pas été fait à la base, une fois quon est là-haut, si on na pas solidifié, on ne peut plus accéder, cest caché. On est à lextérieur à ce moment-là, donc si lintérieur nest pas solide, on ne peut plus rien y faire, il ny a plus quà tout recommencer. Cest tout un univers cette création de larchitecture. Jy passe trois jours en moyenne, cest un délire qui me rend très joyeux. Lhabillage en grillage épouse fidèlement la structure rigide, et là cest très fatigant, cest un boulot douvrier. On coupe du grillage, on habille, on serre pour que tout soit une masse compacte. On se coupe, on se pique, cest dur. Ensuite il y a le travail du papier mâché. Je fais ma pâte moi-même, avec des journaux déchirés en lamelles que je fais tremper dans leau pendant vingt-quatre heures. Avant de commencer larmature, les journaux sont mis à tremper. Après, il y a cette cuisine aussi du mâchage du papier qui est merveilleuse aussi. Quand on est avec de leau et la matière cest là quon devient alchimiste. Pendant des heures on voit le mélange devenir un compost ; on essore et on y ajoute de la colle à papier. On obtient en pétrifiant une sorte dargile, une pâte. Enfin on couvre le squelette entièrement, et ça devient incroyable. Quand ça sèche, alors là, cest un délire. Avant davoir latelier où je travaille maintenant, je dormais dans mon atelier et je voyais les uvres sécher. Ça passe du noir, au gris, au blanc ; après ça prend les trois couleurs ; cest très beau de voir comment ça se transforme. Jai vu ça pendant des nuits et des nuits, pendant dix ans.
LNA. Votre démarche est donc inverse à celle des créateurs des églises de Lalibela ? Vous construisez, vous ne creusez pas.
MBS. Oui, je construis. Mais il nempêche quil y a beaucoup dexcavations. Cest creusé.
LNA. Oui, mais les creux sont construits ; vous rajoutez, vous ne retirez pas.
MBS. [Rires.] Oui, je rajoute. Mais lavantage de ce système de construction darchitecture, cest que je peux simuler le bois, la pierre, largile, tout. Les sculptures peuvent ressembler à toutes ces matières. Les grands cavaliers, je ne peux pas les faire en pierre, mais ils auraient pu être de la pierre.
LNA. Vous pourriez passer du travail du papier mâché au travail de la pierre ?
MBS. Non, la pierre nécessite beaucoup dénergie, il faut beaucoup de muscles. Même si maintenant il y a des nouvelles méthodes ; que les Coréens le font avec des machines utilisant leau et le feu, et avec des meuleuses qui tiennent dans la paume de la main (lécole des Beaux-Arts dAddis pourrait enseigner cette façon de sculpter, cela ne coûte pas cher).
Mais jai sculpté la stéatite (une pierre tendre) ; des sculptures miniatures que je vais montrer en janvier et février à la Halle saint-Pierre à Paris. Jen profite pour rappeler quil y a un gisement de pierre tendre à Lalibela (à Ashiten-Mariam, plus précisément), que les sculpteurs devraient exploiter. On pourrait créer ainsi un village dartistes là-bas. Lexpérience pourrait servir de modèle dans toutes les régions dÉthiopie.
LNA. Je pensais plutôt au processus créatif. Construire (ajouter) est une chose, retirer en est une autre.
MBS. Cest exact, mais je peux utiliser les deux méthodes. Une pierre, on rentre dedans, on enlève. Mais certaines de mes uvres peuvent être de la pierre, jy rentre en imagination. Ce nest pas de la pierre, mais en construisant cest comme si jétais dans une pierre et que jenlève. Je fais de la sculpture, jessaie de trouver un équilibre, une esthétique, comme un tailleur de pierre.
LNA. Utilisez-vous le dessin dans le processus créatif ?
MBS. Jamais. Je nai jamais fait desquisse de sculpture. Je suis toujours comme un apprenti sculpteur ; chaque sculpture est un peu comme un brouillon pour la prochaine ; cest une sculpture finie, que jai faite avec mes limites dimagination et de technique. La suivante sera celle que je viens de finir en plus riche. Quand jen suis au milieu, je ne recommence pas la sculpture, je la finis telle quelle, avec mes limites, que je dépasse dans la sculpture suivante. Elles sont toutes des esquisses, et cest ça qui fait leur force ; elles couvrent un vaste espace, allant de lart innocent à lart sophistiqué.
LNA. Avez-vous la volonté de communiquer quelque chose au spectateur de luvre ?
MBS. Oui, jai envie quil soit joyeux, quil reçoive un langage simple. Jai envie que les cinq sens du spectateur sexercent. Jai envie quil touche les uvres (sans les casser !), quil les regarde, non pas quil les lèche [rires] mais quil sente quelque chose, quil les aime. Ou parfois que les gens sinterrogent. Jai aussi envie quils sentent luniversalité : quun Chinois, un Japonais, un Brésilien, un Français puissent regarder et comprendre ce langage des sens de lhumanité.
LNA. Comment votre production artistique a-t-elle évolué ?
MBS. Cest allé très vite. Je crois que trois mois après mon début je commençais déjà à travailler le papier mâché. Jai commencé par le paravent, puis jai fait deux toiles, puis le papier mâché.
LNA. Vous navez pas fait dapprentissage et vous avez acquis tout de suite une cohérence esthétique !?
MBS. Oui, immédiatement. Jai des témoins [rires], ceux qui mont connu avant et après. Cest extraordinaire, cest comme si le fait dêtre artiste métait tombé sur les épaules, et que moi je lai accepté, comme si jétais prêt. Même concernant les expositions et tout le reste, tout était déjà en place.
LNA. Vous semblez touché par la grâce
MBS. Oui, mais la grâce peut tomber sur tout le monde. Il suffit de laccepter quand elle tombe et dêtre prêt. Moi, javais commencé le yoga un mois avant, javais envie de me changer, javais beaucoup voyagé. Pendant cinq ans, entre larrêt de mes études et ce soir-là où je suis devenu peintre, jai fait toutes sortes de délires : intérim, auto-stop, voyages, etc. Et je me suis dit quil fallait arrêter, me retrouver. Donc jai repeint. Jai tout transformé, mon corps, mon habitation et tout en même temps. La grâce, comme vous dites, je lai acceptée parce que jétais prêt. Je pense quil y a un corps pour tout : un corps détudiant, douvrier, de fonctionnaire, dartiste. Mon corps sest transformé avec mon art et je pense que jai un corps dartiste et un mental dartiste.
LNA. Quelle est votre actualité ?
MBS. Je vais faire de petites expositions en Hollande au mois de mars. Il va y avoir un festival africain auquel je suis invité. Je vais y exposer une vingtaine duvres. Après, je vais participer à une exposition sur le Mondial de football, en Corée et au Japon. Je vais y présenter deux uvres de footballeurs. Ensuite, la grande expo qui me réjouit le cur, cest une exposition au Musée national dart africain de Washington en 2003 ; ce sera une exposition dartistes éthiopiens contemporains de la diaspora, daprès ce quon ma dit. Ça, cest bien.
LNA. Au niveau des uvres monumentales, avez-vous des projets ?
MBS. Jai déjà quelques uvres monumentales dans des musées en Hollande et en Allemagne. La dernière commande que jai faite cest celle de la Corée, en pierre, que vous avez vue. Jai aussi des billes de bois moyennes, que jai ramassées après la tempête il y a deux ans à Paris. Jai ramené des outils dAfrique pour sculpter le bois. Il faudra que je messaie au bois aussi. Il y a plein de projets, beaucoup dexpos et dautres choses. Si ça roule, jirai exposer en Éthiopie dici deux ou trois ans, à lAlliance éthio-française. Cest un projet. Ce qui me permettrait de rencontrer le public et les artistes éthiopiens. Jaimerais bien aussi que lÉthiopie souvre un peu plus à lart, que le gouvernement y porte un peu plus dintérêt, que les artistes éthiopiens puissent voyager, voir des expositions et y participer.
LNA. Cest une priorité pour vous ?
MBS. Oui, pour moi cest important. Les deux priorités en Éthiopie, cest dabord la construction dun musée dart contemporain, dun musée des arts et civilisations pour bien mettre en valeur le patrimoine et pour le protéger et aussi éventuellement pour accueillir tout ce qui a été pillé par les pays étrangers, Angleterre, etc. Ensuite, il faut immédiatement un musée dart contemporain. Je pense que cest urgent parce quon a les plus grands hôtels dAfrique, on a un très bel aéroport international, on est incontournables à léchelle régionale. Moi, je crois en lÉthiopie mais il faut quelle ait la capacité de rayonner.
Pour que lÉthiopie attire les populations voisines, celles de la côte : Djibouti, Érythrée, Somalie, il lui faut rayonner. LÉthiopie peut être capable de rayonner par ses musées, ses écoles, ses universités. Elle peut aussi vendre sa culture comme matière première. Il ny a pas que le café, les cuirs et peaux. Paris est riche grâce à sa culture ; la France a soixante millions de touristes qui viennent visiter ses musées, ses châteaux, etc.
Si lon créait un musée dart contemporain, il y aurait des bibliothèques dart à côté, des expositions internationales, des biennales
LÉthiopie doit être capable de faire cela, le Sénégal le fait, lAfrique du sud le fait. Pour le cinéma, il y a le Fespaco (Burkina-Faso) ; lÉthiopie pourrait le faire pour les arts plastiques. Il suffit de construire le musée et de prévoir daccueillir des biennales. Si le régime a cette ambition, le pays peut même rayonner au-delà des mers
(puisque notre problème ce sont toujours les côtes). Jy crois, cest cela quand je parle duniversalité ; ce sont mes vux pour lÉthiopie.
LNA. Le problème de lÉthiopie cest que tout y est prioritaire : la lutte contre la pauvreté, contre le sida, etc. Comment inclure de nouvelles priorités ?
MBS. Mais la construction dun musée, cest la construction dun bâtiment, tout le contenu existe, les uvres, les antiquités sont là. Et je pense quon peut amortir très vite le coût de la construction de lentretien et des frais de personnel, en faisant payer des entrées. Et puis, on peut penser au mécénat. Nous avons des riches aussi, il suffit de les éduquer. Et laccueil dexpositions internationales (biennales ou triennales) peut se faire avec la coopération de pays étrangers.
En plus, les artistes ont des choses à dire. On peut faire des expos sur le sida. Il faut donner de limportance aux artistes. Si lÉthiopie veut briller, il faut quelle ait des musées. Elle ne pourra pas rayonner sans diffuser la culture. Cest valable pour la peinture, la littérature, le cinéma, le sport, etc.
Je suis optimiste sur le long terme. Je vois que lÉthiopie qui a eu toutes sortes de problèmes sen est toujours sortie. Je nai jamais oublié mon pays, jy pense tous les jours. Je suis tout ce qui sécrit sur lui. Je suis en fait citoyen du Monde par ma pensée et mon style de vie. Je suis aussi devenu citoyen dhonneur de la ville de Pusan en Corée, après avoir participé à un symposium de sculptures, sur le thème de la liberté, la paix et lunification en Corée. Jai représenté mon pays avec ma sculpture en granit qui est visible en permanence au parc de Pusan, près du cimetière de lONU.
Donc je suis optimiste sur le long terme. Bien sûr, pour certains aujourdhui cest triste ce que nous passons, ce nest pas brillant : le sida, les guerres, le chômage, etc. Mais cest un pays dont lhistoire évolue comme cela. Cest comme un accordéon, il y a des moments où les forces deviennent centrifuges, dautres où elles deviennent centripètes. Des moments où le centre est capable dattirer les autres. Cest pour cela que je dis que la diffusion de la culture est importante ; parce que la culture sadresse aux sens, elle na pas besoin dutiliser des mots somaliens, gouragués ou autres ; cest pourquoi je pense quil faut un musée des arts et civilisations, de toutes les civilisations qui composent ce pays. Et le musée des arts contemporains peut présenter un artiste oromo qui a étudié en allemand, un amhara qui a étudié en français, ou un bilingue tigriniya-espagnol car tous utilisent le même langage qui est celui des sens.