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Ghennet Girma : Membre du PRPE (Parti révolutionnaire du peuple éthiopien), lun des premiers partis politiques de lépoque révolutionnaire, Ghennet Girma milite aujourdhui auprès de lONU pour les droits de lhomme, la libération des prisonniers politiques et sur la question des disparitions. Nous lavons rencontrée, début 1999, pour recueillir son point de vue sur la période révolutionnaire de l'Éthiopie, l'héritage de la révolution et les perspectives politiques contemporaines. [Mise à jour juillet 2002] Ghennet Girma, l'une de cinq enfants du lieutenant Girma Wolde-Giorgis, est, depuis son élection le 8 octobre 2001, la fille du président de la République fédérale démocratique d'Éthiopie. AL.
LNA. Quel est le contexte politique et social de la période pré-révolutionnaire ? La situation est paradoxale. Cest le régime de Haïle Sellassié qui sera le fossoyeur de son propre régime. LEmpereur lui même a introduit léducation moderne en Éthiopie, et cest lavènement dune nouvelle élite instruite à loccidentale qui apporte des nouvelles idées dans la société éthiopienne. Il est impossible dintroduire une formation technique, scientifique, médicale, etc. sans les idées de lépoque qui vont avec. Donc, les universitaires, les lycéens, les gens qui passent à lécole voient très vite et dune façon évidente le grand écart qui existe entre eux et les larges masses défavorisées. Javais vingt-trois ans en 1974, les gens de ma génération se voyaient pionniers de changements à venir et voulaient défendre les intérêts des plus démunis. La jeunesse de ces années-là avait une grande implication politique et une abnégation totale, presque romantique, elle en paya fortement le prix, Et jai perdu beaucoup damis dans ces temps-là. Ces gens voulaient un changement profond dans leur pays. Si le régime de lEmpereur avait essayé de faire des réformes un peu plus tôt ou à temps, on aurait peut être évité les épreuves douloureuses, la révolution se serait déroulée dune autre façon. Du temps de Haïle Sellassié des gens allaient en prison et iI y a eu des morts durant les manifestations, mais les exécutions, la souffrance et les tortures qui suivirent ce mécanisme si bien rôdé de la répression nexistaient pas sous son règne. Cest venu avec les militaires qui, au début, se voulaient partie prenante de la Révolution mais qui se sont vite repliés sur leurs armes pour élimer même les intellectuels qui les ont soutenus. LNA. Votre mouvement, le PRPE, a rompu très rapidement avec les autres courants de la révolution éthiopienne, pourquoi ? La rupture politique au sein des mouvements sest produite autour du choix essentiel : « Soutien ou non au régime militaire ». Le Meison [Mouvement pan-socialiste éthiopien] se revendiquait dun soutien critique ; le PRPE [Parti révolutionnaire du peuple éthiopien] a estimé quon ne pouvait soutenir un régime gouvernant par les armes et qui réprimait comme tout autre dictature militaire. Auparavant déjà, iI y avait des divergences entre ceux qui étaient en Éthiopie et ceux qui étaient à lextérieur du pays. À lintérieur, le mouvement cest radicalisé beaucoup plus vite (revendication, répression, etc.) ; à lextérieur, les étudiants dune génération plus ancienne, et nayant pas vécu les transformations, entretenaient encore des liens avec les ambassades et faisaient partie des festins de lempire en déclin. Les leaders qui étaient obligés de quitter le pays avaient du mal à sorganiser avec ces derniers quils trouvaient très conservateurs et paternalistes. LNA. Pouvez-vous nous livrer un souvenir personnel, pour éclairer lépoque ? LNA. Vingt-cinq années et plusieurs terreurs après, que reste-t-il de la révolution éthiopienne ? Je pense aussi aux acquis des femmes au niveau surtout de la prise de conscience et des exigences que jai exprimées sur leur vie. Dailleurs, toutes les femmes du premier gouvernement, étaient des militantes de notre organisation qui étaient en prison pendant les années de la dictature militaire. Même si elles ont cédé sur le plan politique en acceptant la politique ethnique du gouvernement quelles servaient, iI ny avait de femmes à mettre à ces positions de responsabilité, apparemment, quau sein de cette génération-là. Cette période a eu aussi dautres apports, la reconnaissance de lIslam qui sest manifestée en rendant les fêtes musulmanes jours fériés, suite à des manifestations monstres des musulmans eux-mêmes et de ceux qui les ont soutenus. Cest important pour notre pays et pour la région que cela se soit passé à ce moment-là et non plus tard quand on a dû faire face à lexploitation des intégristes. Il faut simaginer lÉthiopie féodale pour apprécier lampleur de ces changements. LNA. Sur le plan des structures démocratiques, apport ou pas ? LNA. Beaucoup de partis politiques issus de la révolution sont aujourdhui dans lopposition. Quel est le projet de lopposition pour lÉthiopie ? Malheureusement pour nous, cette phase de réconciliation, dapprentissage de la vie commune est indissociable du projet politique. Que ce soit les personnages du régime militaire ou ceux des fronts qui arrivent au pouvoir, iI ny a pas de gens magnanimes, dès quils ont gagné ils ont mis leur politique en place tout seuls afin de dominer totalement. Ce nest pas quune question de forme, cest une question de fond. On aurait souhaité que les élections marchent, pour quon puisse participer, quil ny ait pas une politique de terreur qui vienne encore arracher des vies. Quil sagisse du gouvernement ou de lopposition, iI faut changer la conception du pouvoir ; jusquà maintenant on na connu que lintolérance. Pour moi la réconciliation nationale est un véritable enjeu au-delà de la cuisine interne. LNA. Question ouverte. Que souhaitez-vous ajouter ? |
Sur la révolution éthiopienne, le derg, Menguistu Haïlé-Mariam
Voir notre dossier, « Ethiopia Tikdem ! » (Éthiopie d'abord), 1974, la révolution éthiopienne Autre entretien de Ghennet Girma avec Les nouvelles d'Addis Tous les entretiens concernant l'Éthiopie et les pays voisins |
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