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Somaliland / De la reconstruction d'une nation à sa reconnaissance

Dahir Rayale Kahin, président du Somaliland :
« 97% du peuple somalilandais ne veut plus être réuni à la Somalie. Personne ne peut modifier notre volonté »

Ce petit pays paisible entretient de bonnes relations avec ses voisins. « Avec l’Éthiopie et aussi avec Djibouti », hormis quelques petits problèmes douaniers. Oublié de la communauté internationale mais aussi de l’Afrique, le Somaliland ne reçoit aucune aide bilatérale. « Rien du tout. D’aucun pays. »

Même l’aide du Pam ne lui est pas accessible, malgré les problèmes de sécheresse dans les régions côtières. Seules des organisations internationales aident un peu, à « la réparation d’écoles et d’autres projets mineurs […] La meilleure aide venue de l’étranger [la reconstution de ponts détruits] venait de l’Union européenne. »

 


PROPOS RECUEILLIS PAR
ROBERT WIREN

 

Le président du Somaliland, M. Dahir Rayale Kahin, était vice-président lors du décès il y a six mois du président Egal. Il assume donc la fonction présidentielle conformément à la Constitution. Celle-ci, adoptée en 2001, prévoit que les institutions seront désormais élues, en commençant par les conseils locaux. C'est la première fois que les villes et districts ruraux auront des conseils élus.

Pour les élections locales, prévues le 15 décembre, six partis ont eté enregistrés. À la suite des élections, seuls trois partis, ayant au moins 20% des voix dans quatre régions sur six, pourront aligner un candidat présidentiel et des candidats députés aux consulations prévues pour février/mars 2003. Calendrier indicatif.

Dahir Rayale Kahin, président du Somaliland sur Les nouvelles d'Addis

[Envoyé spécial, Hargeisa, 6 décembre 2002]

Les nouvelles d’Addis. – Monsieur le Président, votre pays doit faire face à deux problèmes majeurs : l’absence de reconnaissance et votre économie affaiblie par l’embargo sur les exportations de bétail, décidé par vos acheteurs traditionnels comme l’Arabie Saoudite…
Dahir Rayale Kahin. – Je pense que la reconnaissance, nous l’avons obtenue en 1960. Malheureusement nous nous sommes unis à nos frères du sud. Mais cette union a échoué après dix ans. Et elle n’a pas été paraphée. Un accord devait être signé entre le Somaliland et la Somalie en 1960 puis ratifié par les deux parlements. Il s’agissait de l’Acte d’union. Cet Acte n’a jamais été signé pendant trente ans. De sorte que notre union a été plutôt un mariage illégal, si l’on peut dire. À présent nous reconstruisons notre nation et nous avons récupéré notre reconnaissance de 1960. Nous avons construit notre pays sans aucune aide de la communauté internationale. Nous avons établi gouvernement, stabilité et paix. Et une entière administration gouvernementale.

L’embargo saoudien : ce n’est pas la première fois qu’ils décident un embargo. On doit en être au quatrième. Chaque fois ils disent qu’il y a des maladies dans notre cheptel. Mais il n’y a pas de maladie. Nous mangeons de la viande tous les jours. Nous devrions être morts s’il y avait des épidémies parmi nos animaux. Mais à présent, leurs journaux écrivent qu’ils sont prêts à lever l’embargo. Nous sommes en contact avec une société internationale, SGS, basée en Suisse et nous envisageons l’obtention d’une certification internationale avec l’aide de cette société. J’espère que prochainement nous surmonterons l’embargo imposé par l’Arabie saoudite.

LNA. – Diriez-vous que cet embargo n’a pas été seulement motivé par un problème sanitaire mais aussi par des arrière-pensées ?
DRK. – Je ne sais pas. Peut-être. Peut-être. Je ne sais pas. En fait, ils disent qu’il y a la Fièvre de la vallée du Rift. La FVR est apparue au sein du Yémen et de l’Arabie saoudite. Elle ne s’est pas manifestée ici. Mais ils ont décidé un embargo pour l’ensemble de la corne de l’Afrique. Pas seulement pour le Somaliland. Même l’OIE (1), à Paris, a réalisé des tests sur nos animaux et l’absence de maladie a été certifiée. Malgré tout, nous devons produire un certificat international accepté par les Saoudiens. Donc la société SGS devrait, je pense, combler ce manque.

LNA. – Concernant le refus de reconnaître officiellement votre pays, la raison selon laquelle les frontières en Afrique sont intouchables semble être un prétexte. En conséquence, selon vous, quelle est la vraie raison qui pousse des dirigeants qui constatent vos efforts, à être si timides et à refuser l’existence du Somaliland et son droit à être reconnu ?
DRK. – Je ne sais pas. Trois pays importants savent que le Somaliland est un pays qui a obtenu son indépendance. Ce sont la France, l’Italie et le Royaume-Uni. Nous avons obtenu l’indépendance des Britanniques. La France était établie à Djibouti et les Français savent que nous avons été indépendants. L’Italie administrait l’autre partie de la Somalie. Les Italiens savent que nous avions un gouvernement. Et nous avons des frontières internationales héritées des puissances coloniales. Nous avons un traité anglo-italien qui fixe la frontière entre nous et la Somalie, un traité anglo-éthiopien et un accord anglo-francais. Tous ces documents ont fixé les frontières du Somaliland. Donc notre dossier est solide.

LNA. – Votre cas ressemble à celui de l’Érythrée…
DRK. – Non, non, nous avons même un meilleur dossier. L’Érythrée n’a pas obtenu son indépendance en 1960 alors que nous l’avons obtenue.

LNA. – Pensez-vous que les pays que vous avez cités et d’autres attendent parce qu’ils ne veulent pas être les premiers à reconnaître votre pays ? Ils attendent simplement qu’un autre prenne une décision.
DRK. – C’est ce qu’ils disent tout le temps, mais je pense que cette excuse ne tient pas debout. J’ai demandé à des Européens venus en visite ici : pourquoi êtes-vous si timides ?

LNA. – Donc la seule solution pour vous est d’attendre qu’ils réalisent que cette situation ne peut durer ?
DRK. – Oui. Mais comme pour chaque nation, le choix repose dans la volonté du peuple. Et 97% du peuple du Somaliland a montré par un référendum qu’il veut être seul et ne plus être désormais réuni à la Somalie. De sorte que personne ne peut modifier notre volonté. Et nous nous dresserons toujours pour obtenir notre reconnaissance.

LNA. – Je comprends cela. Nous avons évoqué à l’instant certains pays européens mais qu’en est-il de vos frères africains ? Certains ont-ils plus de sympathie pour vous ?
DRK. – Nous pouvons citer l’Éthiopie, l’Afrique du Sud et quelques autres. Un jour ils nous reconnaîtront.

LNA. – Où en sont vos relations avec vos voisins ?
DRK. – Nos voisins sont Djibouti, l’Éthiopie et la Somalie avec laquelle nous avons été unifiés pour un temps. Actuellement nous avons de bonnes relations avec l’Éthiopie et aussi avec Djibouti.

LNA. – De bonnes relations ?
DRK. – Oui.

LNA. – Vous n’avez aucun problème commercial ?
DRK. – Nous faisons du commerce, nous faisons des affaires.

LNA. – L’Éthiopie a récemment pris des mesures le long de la frontière pour empêcher certaines marchandises de venir du Somaliland. Est-ce exact ?
DRK. – Oui. Les autorités éthiopiennes ont pris des mesures douanières. Je pense que nous surmonterons ce problème. J’ai envoyé notre ministre du Commerce en Éthiopie et j’espère que tout sera réglé. C’est provisoire. Nombre de marchandises ne passaient jamais par la douane éthiopienne et ils ont voulu répondre à ce problème.

LNA. – Donc les nouvelles mesures éthiopiennes ne devraient pas affecter votre commerce de façon importante ?
DRK. – Elles ont eu un effet. Mais la question sera résolue. Notre ministre s’est rendu en Éthiopie et nos partenaires ont promis de trouver une solution.

LNA. – Recevez-vous une aide bilatérale d’un pays quelconque ?
DRK. – Non. Rien du tout. D’aucun pays.

LNA. – Recevez-vous une assistance des organisations internationales ?
DRK. – Certaines, comme les ONG sont présentes. Par exemple, elles prennent en charge la réparation d’écoles et d’autres projets mineurs. Ce qu’elles font est mieux que rien. Et elles sous-traitent en général avec des ONG locales.

LNA. – Est-ce que l’Union européenne affecte une plus grande part des fonds prévus pour la Somalie à votre pays plutôt qu’au sud ?
DRK. – Je ne pense pas. Les Européens ont reconstruit nos ponts qui avaient été détruits. C’est l’aide la meilleure venue de l’étranger. Et elle venait de l’Union européenne.

LNA. – À propos de la situation dans la corne de l’Afrique. Vous êtes en paix. Mais il pourrait arriver que des tensions extérieures rejaillissent sur votre pays. Avez-vous les moyens de vous défendre puisque votre budget est très modeste ?
DRK. – Nous ferons tout notre possible pour défendre notre sécurité malgré notre potentiel limité.

LNA. – Vous disposez d’une force armée ?
DRK. – Oui, nous avons une armée, une police et des militaires.

LNA. – Est-ce que la sécheresse frappe votre pays comme c’est le cas dans d’autres parties de la Corne ?
DRK. – En effet, il y a une forte sécheresse dans les régions côtières. Le bétail meurt et la population est sous-alimentée. Et malgré cela nous n’avons pas d’aide de la communauté internationale. Même de la part du Programme alimentaire mondial. Nous avons demandé au Pam de faire une évaluation dans les régions côtières où la sécheresse dure depuis trois ans. À plusieurs reprises nous avons eu des sécheresses mais nous n’avons pas reçu d’aide de la communauté internationale.

LNA. – Serez-vous candidat lors de la prochaine élection présidentielle ?
DRK. – Oui, je me présenterai.

LNA. – Votre Constitution étant appliquée, pensez-vous que le président nouvellement élu, vous ou un autre candidat, devra prendre une initiative et envoyer un représentant dans tous les pays africains pour dire : constatez ce qui a eu lieu. Comment pouvez-vous refuser de nous reconnaître ?
DRK. – Même en ce moment nous avons des contacts avec beaucoup de pays africains. Mais nous aurons une politique énergique après les élections afin d’obtenir notre reconnaissance par les divers pays.

LNA. – Avant d’être reconnu, Yasser Arafat avait un représentant à l’ONU. Avez-vous un tel représentant ?
DRK. – Non. Yasser Arafat bénéficiait d’une reconnaissance de facto. Nous ne bénéficions même pas d’une reconnaissance de facto. Donc nous ne pouvons pas venir à l’ONU.

LNA. – Mais lorsque vous avez une représentation, comme celle qui existe en Éthiopie ou dans d’autres pays, n’est-ce pas une reconnaissance de facto ?
DRK. – Oui, certains pays comme l’Éthiopie ont accepté une représentation et nous avons des représentants dans certains pays d’Europe. Même en France nous avons un Consul honoraire. C’est un Français.

LNA. – Merci, monsieur le Président.


(1) OIE : Office international des épizooties.
Lire notre dossier Somaliland

Le Somaliland, un pays ignoré par la communauté internationale


         

Tous les entretiens concernant l'Éthiopie et les pays voisins

Les grands entretiens des Nouvelles d'Addis [politique, culture, développement, société, sport, etc.]


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